CONTES
Ces contes reprennent ceux qui nous ont bercés.
La petite fille aux allumettes
LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES
Il faisait terriblement froid; il neigeait depuis le matin; il faisait déjà sombre; le soir approchait; le soir du dernier jour de l'année. Au milieu des rafales, par ce froid glacial, une pauvre petite fille marchait dans la rue; elle n'avait rien sur la tête, elle marchait pieds nus. Lorsqu'elle était sortie de chez elle le matin, elle avait eu de vieilles pantoufles beaucoup trop grandes pour elle. Aussi les perdit-elle lorsqu'elle eut à se sauver devant une file de voitures; les voitures passées, elle chercha après ses chaussures;un méchant gamin s'enfuyait emportant en riant l'une des pantoufles, l'autre avait été entièrement écrasée.
Voilà la malheureuse enfant n'ayant plus rien pour abriter ses pauvres petits petons. Dans son vieux tablier, elle portait des allumettes; elle en tenait à la main un paquet. Mais, ce jour, la veille du nouvel an, tout le monde était affairé; par cet affreux temps, personne ne s'arrêtait pour considérer l'air suppléant de la petite qui faisait pitié. La journée finissait et elle n'avait pas encore vendu un seul paquet d'allumettes. Trembalnte de froid et de faim, elle se traînait de rue en rue.
Des flocons de neige couvraient sa longue chevelure blonde. De toutes les fenêtres, brillaient des lumières, de presque toutes les maisons, sortait une délicieuse odeur, celle de l'oie, qu'on rôtissait pour le repas du soir: c'était la Saint-Sylvestre. Cela, oui, cela lui faisait arrêter ses pas errants.
Enfin, après avoir offert en vain son paquet d'allumettes, l'enfant aperçoit une encoignure entre deux maisons dont l'une dépassait un peu l'autre. Harassée, il s'y blottit, tirant à elle ses petits pieds: mais elle grelotte et frisonne encore plus qu'avant et cependant elle n'ose rentrer chez elle. Elle n'y rapportera pas la plus petite monnaie, et son père la battrait.
L'enfant avait ses petites menottes toutes transies. "Si je prenais une allumettes, se dit-elle, une seule, pour réchauffer mes doigts?". C'est ce qu'elle fit .Quelle flamme merveilleuse c'était. Il sembla tout à coup à la petite fille qu'elle se trouvait devant un grand poêle en fonte décoré d'éléments en cuivre. La petite allait étendre ses doigts pour les réchauffer lorsque la flamme s'éteignit brusquement: le poêle disparut et la petite restait là tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé.
Elle frotta une seconde allumette: la lueur se projetait sur la muraille qui devint transparente. Derrière la table était mise: elle était couverte d'une belle nappe blanche sur laquelle brillait une superbe vaisselle de porcelaine. Au milieu, s'étalait, une magnifique oie rôtie, entourée de compote de pommes: et voilà que la bête se met en mouvement et, avec un couteau et une fourchette fixés sur sa poitrine, vient se présenter devant la pauvre petite. Et puis, plus rien, la flamme s'éteint.
L'enfant prend une troisième allumette, et elle se voit transportée près d'un arbre de Noël splendide. Sur ses branches vertes, brillaient mille bougies de couleurs: de tous côtés, pendait une foule de merveilles.La petite fille étendit la main pour saisir la moins belle: l'allumette s'éteint. L'arbre semble monter vers le ciel et ses bougies deviennent des étoiles: il y en a une qui se détache et qui redescend sur la terre, laissant une traînée de feu. "Voilà quelqu'un qui va mourir "se dit la petite fille. Sa vieille grand-mère, le seul être qui l'avait aimée et chérie et qui était morte il n'y avait pas longtemps, lui avait dit que lorsqu'on voit une étoile qui file, d'un autre côté une âme monte au paradis. Elle frotta encore une allumette: une grande clarté se répandit et, devant l'enfant, se tenait la vieille grand-mère.
Grand-mère, s'écria la petite, Grand-mère, emmène-moi. Oh! Tu vas me quitter quand l'allumette sera éteinte; tu t'évanouiras comme le poêle si chaud, le superbe rôti d'oie, le splendide arbre de Noël. Reste, je te prie ou emporte-moi.
Et l'enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et puis enfin tout le paquet pour voir la bonne grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mère prit la petite dans ses bras et la porta bien haut, dans un lieu où il n'y avait plus de froid, ni de faim, ni de chagrin: c'était devant le trône de Dieu.
Le lendemain matin, cependant, les trouvèrent dans l'encoignure le corps de la petite; ses joues étaient rouges, elle semblait sourire; elle était morte de froid pendant la nuit qui avait apporté à tant d'autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main toute raidie les restes brûlés d'un paquet d'allumettes.
Quelle sottise! Dit un sans-cœur. Comment a-t-elle pu croire que cela la réchaufferait? D'autres versèrent des larmes sur l'enfant; c'est qu'ils ne savaient pas toutes les belles choses qu'elle avait vues pendant la nuit du nouvel an, c'est qu'ils ignoraient que, si elle avait bien souffert, elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicité.
BLANCHE-NEIGE
Cela se passait en plein hiver et les flocons de neige tombaient du ciel comme un duvet léger. Une reine était assise à sa fenêtre encadrée de bois d'ébène et cousait. Tout en tirant l'aiguille, elle regardait voler les flocons blancs. Elle se piqua au doigt et trois gouttes de sang tombèrent sur la neige. Ce rouge sur ce blanc faisait un si bel effet qu'elle se dit: si seulement j'avais un enfant si blanc que la neige, aussi rose que le sang, aussi noir que le bois de ma fenêtre! Peu de temps après, une fille lui naquit; elle était blanche comme neige, rose comme sang et ses cheveux étaient aussi noirs que l'ébène. On l'appela Blanche Neige. Mais la reine mourut en lui donnant le jour. Au bout d'une année, le roi épousa une autre femme.
Elle était très belle mais elle était fière et vaniteuse et ne pouvait souffrir que quelqu'un la surpassât en beauté. Elle possédait un miroir magique. Quand elle s'y regardait en disant: Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays?
Le miroir répondait: Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays.Mais Blanche Neige est encore mille fois plus belle.
La reine en fut épouvantée. Elle devint jaune et verte de jalousie. À partir de là, chaque fois qu'elle apercevait Blanche Neige, son cœur se retournait dans sa poitrine tant elle éprouvait de haine à son égard. La jalousie et l'orgueil croissaient en elle comme mauvaise herbe. Elle en avait perdu le repos le jour et la nuit. Elle fit venir un chasseur et lui dit:
Emmène l'enfant dans la forêt! Je ne veux plus la voir. Tue-la et rapporte-moi comme preuve de sa mort ses poumons et son foie. Le chasseur obéit et conduisit Blanche Neige dans le bois. Mais quand il eut dégainé son poignard pour en percer son cœur innocent, elle se mit à pleurer et dit: O chasseur, laisse-moi la vie. Je m'enfoncerai au plus profond de la forêt et ne rentrerai plus jamais à la maison. Et parce qu'elle était belle le chasseur eût pitié d'elle et dit:
Sauve-toi pauvre enfant les bêtes de la forêt auront tôt fait de te dévorer, songeait-il. Et malgré tout, il se sentait soulagé de ne pas avoir dû la tuer. Un marcassin passait justement. Il le tua de son poignard, prit ses poumons et son foie et les apporta à la reine comme preuve de la mort de Blanche Neige. Le cuisinier reçut ordre de les apprêter et la méchante femme les mangea, s'imaginant qu'ils avaient appartenu à Blanche Neige.
La pauvre petite elle, était au milieu des bois toute seule. Sa peur était si grande qu'elle regardait toutes les feuilles de la forêt sans savoir ce qu'elle avait devenir. Elle se mit à courir sur les cailloux pointus et à travers les épines. Les bêtes sauvages bondissaient autour d'elle, mais ne lui faisaient aucun mal. Elle courut jusqu'au soir, aussi longtemps que ses jambes purent la supporter. Elle aperçut alors une petite maisonnette et y pénétra pour s'y reposer. Dans la maisonnette, tout était minuscule, gracieux et propre. On y voyait une petite table couverte d'une nappe blanche avec sept petites assiettes, sept petites cuillers, sept petites fourchettes et sept petits couteaux et sept petits gobelets. Contre le mur, il y avait sept petits lits alignés les uns à côté des autres et recouverts de draps tout blancs. Blanche Neige avait si faim et si soif qu'elle prit dans chaque assiette un peu de légumes et de pain et but une goutte de vin dans chaque gobelet.: car elle ne voulait pas manger la portion toute entière de l'un des convives. Fatiguée, elle voulut ensuite aller se coucher. Mais aucun des lits ne lui convenait; l'un était trop long, l'autre trop court. Elle les essaya tous. Le septième enfin fut à sa tailel. Elle s'y allongea, se confia à Dieu et s'y endormit. Quand la nuit, fut complètement tombée, les propriétaires de la maison arrivèrent. C'était sept nains, qui dans la montagne, travaillaient à la mine.Ils allumèrent leurs sept petites lampes, et quand la lumière illumina la pièce, ils virent que quelqu'un était venu, car tout n'était plus tel qu'ils l'avaient laissé.
Le premier dit: Qui s'est assis sur ma chaise?
Le deuxième dit:Qui a mangé dans ma petite assiette?
Le troisième: Qui a pris mon pain?
Le quatrième: Qui a mangé de mes légumes?
Le cinquième: Qui s'est servi de ma fourchette?
Le sixième: Qui a coupé avec mon couteau?
Le septième: Qui a bu dans mon gobelet?
Le premier en se retournant vit que son lit avait été dérangé. Qui a touché à mon lit?dit-il. Les autres s'approchèrent en courant et chacun sécria: Dans le mien aussi, quelqu'un s'est couché! Mais le septième, quand il regarda son lit, il y vit que Blanche Neige endormie. Il appela les autres qui vinrent bien vite et poussèrent des cris étonnés. Ils prirent leurs sept petites lampes et éclairèrent le visage de Blanche Neige. Seigneur Dieu! Seigneur Dieu!s'écrièrent-ils, que cette enfant est jolie. Ils en eurent tant de joie, qu'ils ne la réveillèrent pas et la laissèrent dormir dans le petit lit. Le septième des nains coucha avec ses compagnons, une heure chacun et la nuit passa ainsi. Au matin, blanche Neige s'éveilla. Quand elle vit les sept nains, elle s'effraya. Mais ils la regardaient avec amitié et posaient déjà des questions: comment t'appelles-tu?
Je m'appelle Blanche Neige répondit-elle. Comment es-tu venue jusqu'à nous? Elle leur raconta que sa belle-mère avait voulu la faire tuer, mais que le chasseur lui avait laisé la vie sauve et qu'elle avait ensuite couru tout le jour jusqu'à ce qu'elle trouvât cette petite maison. Les nains lui dirent: Si tu veux t'occuper de notre ménage, faire à manger, faire les lits, laver, coudre et tricoter, si tu tiens tout en ordre et en propreté, tu pourras rester avec nous et tu ne manqueras de rien. D'accord, d'accord de tout mon cœur, dit Blanche Neige. Et elle resta auprès d'eux.
Elle s'occupait de la maison. Le matin, les nains partaient pour la montagne où ils arrachaient le fer et l'or; le soir ils s'en revenaient et il fallait que leur repas fut prêt. Toute la journée, la jeune fille restait seule; les bons nains l'avaient mise en garde: méfie-toi de ta belle-mère! Elle saura bientôt que tu es ici; ne laisse entrer personne.
La reine cependant, après avoir mangé les poumons et le foie de Blanche Neige, s'imaginait qu'elle était redevenue la plus belle de toutes. Elle se mit devant son miroir et demanda:
Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays?
Le miroir répondit:
Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais par de là les Monts d'aurain, auprès des gentils nains, Blanche Neige est mille fois plus belle.
La reine fut bouleversée, elle savait que le miroir ne pouvait mentir. Elle comprit que le chasseur l'avait trompée et que Blanche Neige était toujours en vie. Elle se creusa la tête pour trouver un nouveau moyen de la tuer car aussi longtemps qu'elle ne serait pas la plus belle au pays, elle savait que la jalousie ne lui laisserait aucun repos. Ayant finalement découvert un stratagème, elle se farda le visage et s'habilla comme une vieille marchande ambulante. Elle était méconnaissable. Ainsi déguisée, elle franchit les sept montagnes derrière lesquelles vivaient les sept nains.
Elle frappa à la porte et dit: J'ai du beau, du bon à vendre, à vendre!Blanche Neige regarda par la fenêtre et dit: bonjour Chère Madame qu'avez-vous à vendre? De la belle, de la bonne marchandise, répondit-elle, des corselets de toutes les couleurs. Elle lui en montra un tressé de soie multricolore."Je peux bien laisser entrer cette honnête femme" se dit Blanche Neige. Elle déverrouilla la porte et acheta le joli corselet. Enfant! dit la vieille. Comme tu t'y prends! Viens, je vais te l'ajuster comme il faut. Blanche Neige était sans méfiance. Elle se laissa passer le nouveau cofrselet. Mais la vieille serra rapidement et si fort que la jeune fille perdit le souffle et tomba comme morte. Et maintenant, tu as fini d'être la plus belle dit la vieille en s'enfuyant. Le soir, peu de temps après. les nains, rentrèrent à la maison. Quel effroi fut le leur quand ils virent Blanche Neige étendue sur le sol immobile et comme sans vie. Ils la soulevèrent et virent que son corselet la serrait trop. Ils en coupèrent vite le cordonnet. La jeune fille commença à respirer doucement et, peu à peu, elle revint à elle. Quand les nains apprirent ce qui s'était passé,il dirent: La vieille marchande n'était nulle autre que cette méchante reine. Garde-toi et ne laisse entrer personne quand nous ne serons pas là. La méchante femme, elle, dès son retour au château , s'était placée devant son miroir et avait demandé:
Miroir, miroir joli, Qui est la plus belle au pays?
Ne nouvelle fois le miroir avait répondu:Madame la reine vous êtes la plus belle ici. Mais par delà les monts d'airain, auprès des gentils nains, Blanche Neige est mille fois plus belle.
Quand la reine entendit ces mots, elle en fut si bouleversée qu'elle sentit son cœur étouffer. Elle comprit que Blanche Neige avait recouvré la vie. Eh bien! Dit-elle. Je vais trouver quelque moyen qui te fera disparaître à tout jamais. Par un tour de magie qu'elle connaissait, elle empoisonna un peigne. Elle se déguisa à nouveau et prit l'aspect d'une autre vieille femme. Elle franchit ainsi les sept montagnes en direction de la maison des sept nains, frappa à la porte et cria:- Bonne marchandise à vendre! Blanche Neige regarda par la fenêtre et dit: Passez votre chemin, je n'ai pas le droit d'ouvrir à personne. Mais tu peux bien regarder dit la vieille en lui montrant le peigne empoisonné. Je vais te peigner joliment. La pauvare Blanche Neige ne se douta de rien et laissa faire la vieille; à peine le peinge eut-il touché ses cheveux que l e peigne agit et que la jeune fille tomba sans connaissance. Et voilà! dit la méchante femme, c'en est fait de toi, prodige de beauté! Et elle s'en alla. Par bonheur le soir arriva vite et les sept nains rentrèrent à la maison. Quand ils virent Blanche Neige étendue comme morte sur le sol, ils songèrent aussitôt à la marâtre, cherchèrent et trouvèrent le peigne empoisonné. Dès qu'ils l'eurent retiré de ses cheveux, Blanche Neige revint à e le et elle leur raconta ce qui s'était passé. Ils lui demandèrent une fois de plus d'être sur ses gardes et de n'ouvrir à personne. Rentrée chez elle, la reine s'était placée devant son miroir et avait demandé:
Miroir, miroir Joli, qui est la plus belle au pays?
Comme la fois précédente, le miroir répondit:
Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais par dela des monts d'airin, auprès des gentils petits nains, Blanche Neige est mille fois plus belle. Quand la reine entendit cela, elle se mit à trembler de colère. Il faut que Blanche Neige meure!s'écria-t-elle, dussé-je en périr moi-même! Elle se rendit dans une chambre seule et isolée où personne n'allait jamais et y prépara une pomme empoisonnée. Extérieurement, elle semblait belle, blanche et rouge, si bien qu'elle faisait envie à quiconque la voyait; mais il suffisait d'en manger un tout petit morceau pour mourir. Quand tout fut prêt, le reine se farda le visa et se déguisa en paysanne. Ainsi transformée, elle franchit les sept montagnes pour aller chez les sept nains. Elle frappa à la porte. Blanche Neige se pencha à la fenêtre et dit: Je n'ai pas le droit de laisser entrer quiconque ici; les sept nains me l'ont interdit. D'accord, dit la paysanne, j'arriverai bien à vendre mes pommes ailleurs; mais je vais t'en offrir une. Non! Dit Blanche Neige, je n'ai pas le droit d'accepter quoi que ce soit. Aurais-tu peur d'être empoisonnée? Demanda la vieille. Regarde: je partage la pomme en deux; tu mangeras la partie qui est rouge, moi, celle, qui est blanche. La pomme avait été traitée avec tant d'art que seule la moitié avait été empoisonnée. Blanche Neige regarda le fruit avec envie et quand elle vit que la paysanne en mangeait, elle ne put résister plus longtemps. Elle tendit la main et prit la partie empoisonnée de la pomme. A peine y eut-elle mis les dents qu'elle tomba morte sur le sol. La reine la regarda de ses yeux méchants, ricana et dit: Blanche Neige, rose comme sang et noir comme ébène. Cette foi-ci, les nains ne pourront plus te réveiller. Et quand elle fut chez-elle, elle demanda au miroir:
Miroir , miroir joli, qui est la plus belle au pays?
Celui-ci répondit enfin: Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays.
Et son cœur jaloux trouva le repos, pour autant qu'un cœur jaloux puisse le trouver. Quand, au soir, les petits nains arrivèrent chez eux, ils trouvèrent Blanche Neige étendue sur le sol sans souffle. Ils la soulevèrent, cherchèrent s'il y avait quelque chose d'empoisonné. Défirent son corselet, coiffèrent ses cheveux, la lavèrent avec de l'eau et du vin. Mais rien n'y fit; la chère enfant était morte, et morte elle restait. Ils la placèrent sur une civière, s'assirent tous les sept autour d'elle et pleurèrent trois jours durant. Puis ils se préparèrent à l'enterrer. Mais elle était restée fraîche comme un être vivant et ses jolies joues étaient roses comme auparavant. Ils dirent : Nous n e pouvons la mettre dans la terre noire. Ils fabriquèrent un cercueil de verre transparent où on pourrait la voir de tous les côtés, l'installèrent et écrivirent dessus son nom en lettres d'or, en ajoutant qu'elle était fille de roi. Ils portèrent le cercueil en haut de la montagne, et l'un d'eux, sans cesse monta la garde auprès de lui. Longtemps Blanche Neige resta ainsi dans son cercueil aussi jolie. Il arriva qu'un jour un prince qui chevauchait par la forêt s'arrêta à la maison des nains pour y passer la nuit. Il vit le cercueil au sommet de la montagne, et la jolie Blanche Neige. Il dit aux nains; Laissez-moi le cercueil; je vous en donnerez ce que vous en voudrez.
Mais le nains répondirent : Nous ne vous le donnerons pas pour tout l'or du monde. Alors il dit»: alors donnez-le moi pour rien; car je ne pourrai plus vivre sans voir Blanche Neige; je veux lui rendre honneur et respect comme à ma bien-aimée. Quand ils entendirent ces mots, les bons petits nains furent saisis de compassion et ils lui donnèrent le cercueil. Le prince le fit emporter sur les épaules de ses serviteurs. Comme ils allaient ainsi, l'un d'eux buta sur une souche. La secousse fit glisser hors de la gorge de Blanche Neige le morceau de pomme empoisonnée qu'elle avait mangé. Bientôt après, elle ouvrit les yeux, souleva le couvercle du cercueil et se leva. Elle était de nouveau vivante! Seigneur, où suis-je? demanda-t-elle? Auprès de moi, répondit le prince plein d'allégresse. Il lui raconta ce qui s'était passé, ajoutant: Je t'aime plus que tout au monde; viens avec moi, tu deviendras ma femme. Blanche Neige accepta. Elle l'accompagna et leurs noces furent célébrées avec magnificence et grandeur. La méchante reine, belle-mère de Blanche Neige, avait également été invitée au mariage. Après avoir revêtu ses plus beaux atours, elle prit place devant le miroir et demanda:
Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays?
Le miroir répondit:
Madame la reine vous êtes la plus belle ici. Mais la jeune souveraine est mille fois plus belle. La vieille femme proféra un affreux juron et elle eut si peur, si peur qu'elle en perdit la tête.
Il était une fois un roi et une reine. Chaque jour, il se disaient: Ah! si seulement nous avions un enfant. Mais, d'enfant, point. Un jour que la reine était au bain une grenouille bondit hors de l'eau et lui dit:"ton vœu sera exaucé. Avant qu'une année ne soit écoulée, tu auras mis au monde une fillette. Ce que la grenouille avait prédit arriva. La reine donna le jour à une fille. Elle était si belle que le roi ne se sentait plus de joie. Il organisa une grande fête. Il ne se contenta pas d'y inviter ses parents, ses amis et ses connaissances, mais aussi des fées afin qu'elles puissent être favorables à l'enfant. Il y en avait treize dans son royaume. Mais comme il ne possédait que douze assiettes d'or pour leur servir le repas ,l'une d'elles ne fut pas invitée. La fête fut magnifique. Alors qu'elle touchait à sa fin, les fées offrirent à l'enfant de fabuleux cadeaux: l'une la vertu, l'autre la beauté, la troisième la richesse ainsi de suite, tout ce qui est désirable au monde. Comme onze des fées venaient d'agir ainsi, la treizième surgit tout à coup coup. Elle voulait se venger de ne pas avoir été invitée. Sans saluer quiconque, elle s'écria d'une forte voix: La fille du roi, dans sa quinzième année, se piquera à un fuseau et tombera raide morte. Puis elle quitta la salle. Tout le monde fut fort effrayé. La douzième des fées, celle qui n'avait pas encore formé son vœu s'avança alors. Comme elle ne pouvait pas annuler le mauvais sort, mais seulement le rendre moins dangereux, elle dit: Ce ne sera pas une mort véritable, seulement un sommeil de cent années dans lequel sera plongée la fille du roi.
Le roi qui aurait bien voulu protéger son enfant adoré du mauvais sort ordonna que tous les fuseaux fussent brûlés dans le royaume. Cependant tous les dons que lui avaient donnés les fées s'épanouissaient chez la jeune fille.
Elle était si belle, si vertueuse, si gentille et si raisonnable que tous ceux qui la voyaient l'aimaient. Il advint que le jour de sa quinzième année, le roi et la reine quittèrent leur demeure. La jeune fille resta seule au château. Elle s'y promena partout visitant les salles et les chambres à sa fantaisie. Finalement, elle entra dans une vieille tour. Elle escalada l'étroit escalier en colimaçon et parvint à une petite porte. Dans la serrure, il y avait une clé rouillée. Elle la tourna. Une vieille femme filant son lin avec application, était assise dans une petite chambre. Bonjour, grand-mère dit la jeune fille. Que fais-tu là? Je file, dit l a vieille en branlant la tête. Qu'est-ce donc cette chose que tu fais bondir si joyeusement demanda la jeune fille? Elle s'empara du fusil et voulut filer à son tour. A peine l'eut-elle touché que le mauvais sort s'accomplit: elle se piqua au doigt. A l'instant même, elle s'affaissa sur un lit qui se trouva là et sombra dans un profond sommeil. Et ce sommeil se répandit sur l'ensemble du château. Le roi et la reine qui venaient juste de revenir et pénétraient dans la grande salle du palais, s'endormirent. Et avec eux, toute la Cour. Les chevaux s'endormirent dans leurs écuries, les chiens dans la cour, les pigeons sur les toits les mouches contre les murs. Même le feu qui brûlait dans l'âtre s'endormit et le rôti s'arrêta de rôtir. Le cuisinier qui était en train de tirer les cheveux du marmiton parce qu'il avait manqué un plat, le lâcha et s'endormit. Et le vent cessa de souffler. Nulle feuille ne bougea plus sur les arbres devant le château. Tout autour du palais, une haie d'épines se mit à pousser, qui chaque jour devint plus haute et plus touffue. Bientôt, elle cerna complètement le château, jusqu'à ce qu'on n'en vît plus rien, même pas le drapeau sur le toit. Dans le pays, la légende de la Belle au Bois Dormant, c'est ainsi que fut nommée la fille du roi, se répandait. De temps en temps, des fils de roi s'approchaient du château et tentaient d'y pénétrer à travers l'épaisse muraille d'épines. Mais ils n'y parvenaient pas. Les épines se tenaient entre elles comme par des mains. Les jeunes princes y restaient accrochés, sans pouvoir se détacher et mouraient là d'une mort cruelle. Au bout de longues, longues années, le fils d'un roi passa par le pays. Un vieillard lui raconta l'histoire de la haie d'épines. Derrière elle, il devait y avoir un château , dans lequel dormait depuis cent ans la merveilleuse fille du roi, appelée La Belle au Bois Dormant. Avec elle, dormaient le roi, la reine et toute la cour. Le vieil homme avait aussi appris de son grand-père que de nombreux princes étaient déjà venus qui avaient tentés de forcer la haie d'épines; mais ils y étaient restés accrochés et y étaient morts d'une triste mort.. Le jeune dit alors: Je n'ai peur de rien, je vais y aller. Je veux voir la Belle au Bois Dormant. Le bon vieillard voulu l'en empêcher, mais il eut beau faire, le prince ne l'écouta pas. Or, les cent années étaient justement écoulées et le jour était venu où la Belle au Bois Dormant devait se réveiller. Lorsque le fils du roi s'approcha de la haie d'épines, il vit de magnifiques fleurs qui s'écartaient d'elles-mêmes sur son passage et lui laissaient le chemin. Derrière lui, elles lui refermaient une haie. Dans le château, il vit les chevaux et les chiens de chasse tachetés qui dormaient. Sur le toit, les pigeons se tenaient la tête sous l'aile. Et lorsqu'il pénétra dans le palais, il vit les mouches qui dormaient contre les murs. Le cuisinier dans la cuisine, avait encore la main levée comme s'il voulait attraper le marmiton et la bonne était assise devant une poule noire qu'elle allait plumer. En haut, sur les marches du trône, le roi et la reine étaient endormis. Le prince poursuivit son chemin et le silence était si profond qu'il entendait son propre souffle. Enfin, il arriva à la tour et poussa la porte de la petite chambre où dormait la Belle au Bois Dormant. Elle était là si jolie qu'il ne put en détourner le regard. Il se pencha sur elle et lui donna un baiser. Alors, la Belle au Bois Dormant s'éveilla, ouvrit les yeux et le regarda en souriant. Ils sortirent tous deux et le roi s'éveilla à son tour et la reine et toute la Cour. Et tout le monde se regardait avec de grands yeux. Dans les écuries, les chevaux se dressaient sur leurs pattes et s'ébrouaient les chiens de chasse bondirent en remuant la queue. Sur le toit, les pigeons sortirent la tête de sous leurs ailes, regardèrent autour d'eux et s'envolèrent vers la campagne. Les mouches, sur les murs reprirent leur mouvement; dans la cuisine, le feu s'alluma flamba et cuisit le repas. Le rôti se mit à rissoler; le cuisinier donna une gifle au marmiton et la bonne se mit à plumer la poule.
Le mariage du prince et de la Belle au Bois Dormant fut célébré avec un faste exceptionnel. Et il vécurent heureux jusqu'à la fin de leurs jours.
LA PRINCESSE AU PETIT POIS
Il était une fois un prince qui voulait épouser une princesse, mais une vraie princesse. Il fit le tour de la terre pour en trouver une, mais il y avait toujours quelque chose qui clochait Des princesse il n'en manquait pas mais étaient-elles de vraies princesses? C'était difficile à apprécier toujours une chose ou l'autre ne lui semblait pas parfaite. Il rentra chez lui tout triste, il aurait tant aimé avoir une vraie princesse.
Un soir, par un temps affreux, éclairs et tonnerre, cascade de pluie que c'en était effrayant, on frappa à la porte de la ville et le roi lui-même alla ouvrir.
C'était une princesse qui était là dehors. Mais grands dieux, de quoi avait-elle l'air dans cette pluie, par ce temps ! L'eau coulait de ses cheveux et de ses vêtements, entrait par la pointe de ses chaussures et ressortait par le talon… et elle prétendait être une véritable princesse.
Nous allons bien voir cela, pensait la vieille reine, mais elle ne dit rien. Elle alla dans la chambre à coucher, retira la literie et mit un petit pois au fond du lit; elle prit ensuite 20 matelas qu'elle empila sur le petit pois et, par dessus elle mit encore 20 édredons en plume d'eider. C'est la-dessus que la princesse devait coucher cette nuit-là.
Au matin, on lui demanda comment elle avait dormi.
Affreusement mal, répondit-elle, je n'ai presque pas fermé l'œil de la nuit. Dieu sait ce qu'il y avait dans ce lit. J'étais couchée sur quelque chose de si dur que j'en si des bleus et des noirs sur tout le corps! C'est terrible.
Alors ils reconnurent que c'était une vraie princesse, puisque à travers les vingt matelas et les vingt édredons en plume d'eider, elle avait senti le petit pois. Une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d'une authentique princesse.
Le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d'avoir une vraie princesse et le petit pois fut exposé dans le cabinet des trésors d'art, où on peut encore le voir si personne ne l'a emporté.
Et ceci est une vraie histoire.
LE PETIT POUCET
Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous des garçons; l'aîné n'avait que dix ans;et le plus jeune n'en avait que sept. On s'étonnera que le bûcheron ait eu tant d'enfants en si peu de temps; mais que sa femme allait vite en besogne et n'en avait pas moins de deux à lafois.
Ils étaient fort pauvres et leurs sept enfants les importunaient beaucoup, parce qu'aucun d'eux ne pouvait gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot: prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était fort petit, et quand il vint au monde, il n'était guère plus gros que le pouce, ce qui fit qu'on l'appela le Petit Poucet.
Ce pauvre enfant était le souffre douleur de la maison et on lui donnait toujours tort. Cependant il était le plus fin et le plus avisé de tous ses frères, et, s'il parlait peu, il écoutait beaucoup.
Il vin une année très fâcheuse et la famine fut si grande que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit le cœur serré de douleur:
" tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car tandis qu'ils s'amuseront à fagoter, nous n 'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils nous voient.
Ah! dit la bûcheronne, pourrais-tu mener perdre toi-même tes enfants? Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir; elle était pauvre, mais elle était leur mère.
Cependant ayant considéré ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit et, alla se coucher en pleurant.
Le petit poucet ouï tout ce qu'ils dirent, car ayant entendu de dedans son lit, qu'ils parlaient d'affaires, il s'était levé doucement et s'était glissé sous l'escabelle de son p ère, pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit point du reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire. Il se leva de bon matin et alla au bord d'un ruisseau où il emplit ses poches de cailloux blancs, et ensuite revint à la maison.
On partit et l e Petit poucet ne dévoila rien de ce qu'il savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt fort épaisse où à dix pas de distance on ne se voyait pas l'un l'autre. Le bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser des broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère les voyant occupés, s'éloignèrent d'eux insensiblement et puis s'enfuirent tout à coup dans un petit sentier détourné.
Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force. Le Petit Poucet l es laissait crier sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchand il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit donc:
" Ne craignez point mes frères; mon père et ma mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis`; suivez-moi seulement."
Ils le suivirent et il les mena jusqu'à leur maison, par le même chemin qu'ils étaient venus dans la forêt. Ils n'osèrent d'abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte, pour écouter ce que disaient leur père et leur mère.
Dans le moment que le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez eux, l e seigneur du village leur envoya dix écus, qu'il leur devait il y a longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien. Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya sur l'heure sa femme à la boucherie. Comme il y avait longtemps qu'elle n 'avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu'ils furent rassasiés, la bûcheronne dit:
Hélas, où sont nos pauvres enfants? Ils feraient bonne chère de ce qu'il nous reste là. Mais aussi Guillaume, c'est toi qui les as voulu perdre; j'avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt? Hélas mon dieu! Les loups les ont peut-être déjà mangés tu es bien inhumain d'avoir perdu ainsi tes enfants.
Le bûcheron s'impatienta à la fin; car elle redit plus de vingt fois qu'ils s'en repentiraient et, qu'elle l'avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait.
La bûcheronne était tout en pleurs.
"Hélas, où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants?
Elle le dit une fois si haut, que les enfants, qui étaient dehors, l'ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble:
"Nous voilà, nous voilà"
Elle courut bien vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant:
"Que je suis aise de vous revoir mes chers enfants! Vous êtes bien las et vous avez bien faim; et toi Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille."
Ce Pierrot était son fils aîné, qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau et qu'elle était un peu rousse.
Ils se mirent à table et, mangèrent d'un appétit qui faisait plaisir au père et à la mère, à qui ils racontèrent la peur qu'ils avaient eue dans la forêt, en parlant presque tous ensemble. Ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent. Mais lorsque l 'argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore; et pour ne pas manquer leur coup de les mener bien plus loin que la première fois.
Ils ne purent parler de cela si secrètement qu'ils ne fussent entendus par le Petit Poucet qui fit son compte de sortir d'affaires comme il l'avait déjà fait; mais quoiqu'il se fut levé de grand matin pour aller ramasser de petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque la bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu'il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux, en rejetant par miettes le long des chemins où ils passeraient; il le serra donc dans sa poche.
Le père et la mère les menèrent dans l'endroit de la forêt le plus épais et le plus obscur; et dès qu'ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant, et les laissèrent là. Le Petit Poucet ne s'en chagrina pas beaucoup, parce qu'il croyait retrouver rapidement son chemin, par le moyen de son pain qu'il avait semé partout où il avait passé; mais il en fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette; l es oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé.
Les voilà bien affligés; car p lus ils marchaient, plus ils s'égaraient et s'enfonçaient dans la forêt. La nuit vint et, il s'éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils croyaient n'entendre de tous côtés que les hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n'osaient presque se parler, ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu'aux os; ils glissaient à chaque pas, et tombaient dans la boue, d'où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.
Le Petit Poucet grimpa au haut d'un arbre pour voir s'il ne découvrirait rien; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite leur comme d'une chandelle, mais qui était bien loin par delà de la forêt. Il descendit de l'arbre, et lorsqu'il fut à terre, il ne vit plus rien. Cela le désola. Cependant ayant marché quelque temps avec ses frères, du côté qu'il avait vu la lumière, il la revit en sortant du bois.
Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs; car souvent ils la perdaient de vue; ce qui leur arrivait chaque fois qu'il descendait dans quelque fond. Ils heurtèrent à la porte, une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu'ils voulaient. Le Petit Poucet lui dit qu'ils étaient de pauvres enfants qui s'étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient à coucher par charité. Cette femme les voyant tous si jolis se mit à pleurer et leur dit»:
"Hélas mes pauvres enfants, où êtes-vous venus? Savez-vous bien que c'est bien ici la maison d'un Ogre qui mange les petits enfants?
"Hélas Madame, lui répondit le Petit Poucet, qui tremblait de toutes ses forces, aussi bien que ses frères, que ferons-nous? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit si vous ne voulez p as nous retirer chez vous, et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange; peut-être qu'il aura pitié de nous si vous voulez bien l'en prier.
La femme de l'Ogre, qui crut qu'elle put les cacher à son mari jusqu'au lendemain matin, les laissa entrer, et les mena se chauffer auprès d'un bon feu; car il y avait un mouton tout entier à la broche, pour le souper de l'Ogre.
Comme ils commencèrent à se chauffer,ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte: c'était l'Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous son lit, et alla ouvrir la porte. L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il flairait à droite et à gauche disant qu'il sentait la chair fraîche.
"Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens d'habiller que vous sentez"
Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n'entends pas. En disant cela,il se leva de table et alla tout droit au lit.
Ah! dit-il comment tu peux me tromper maudite femme! Je ne sais à quoi i l tient que je ne te mange aussi: bien t'en prend d'être une vieille bête. Voilà du gibier qui me vient bien à propos pour traiter trois ogres de mes amis qui doivent me venir voir ces jours-ci.
Il les tira de dessous le lit, l'un après l'autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux, en lui demandant pardon, mais ils avaient affaire au plus cruel de tous les ogres, qui, bien loin d'avoir de la pitié, les dévorait des yeux et disait à sa femme que ce seraient là de friands morceaux, lorsqu'elle leur aurait fait une bonne sauce.
Il alla prendre un grand couteau; et en approchant de ces pauvres enfants, il l'aiguisait sur une longue pierre qu'il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme dit:
"Que voulez-vous faire à l'heure qu'il est? N'aurez-vous pas assez de temps demain? Tais-toi petit, reprit l'ogre, ils en seront plus mortifiés.
Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme: voilà un veau, deux moutons et la moitié d'un cochon.
Tu as raison, dit l'ogre, donne-leur bien à souper afin qu'ils ne maigrissent pas, et on va l es mener à coucher.
La bonne femme fut ravie de joie, et leur porta bien à souper; mais ils ne purent manger tant ils étaient saisis de peur. Puis l'ogre se remit à boire, ravi d'avoir de quoi si bien régaler ses amis. Il but une douzaine de coups de plus qu'à l'ordinaire: ce qui lui donna un peu dans la tête, et l'obligea de s'aller coucher. L'Ogre avait sept filles qui n'étaient encore que des enfants. Ces petites ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair fraîche, comme leur père, mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu et une fort grand bouche, avec de longues dents aiguës et fort éloignées l'une de l'autre. Elles n'étaient pas encore fort méchantes; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient dejà les petits enfants pour en sucer le sang.
On les avait fait coucher de bonne heure et elles étaient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une couronne d'or sur la tête. Il y avait dans la même chambre un autre lit de la même grandeur; ce fut dans ce lit que la femme de l'ogre mit coucher les sept petits garçons; après quoi elle alla coucher auprès de son mari.
Le Petit Poucet qui avait remarqué que les filles de l'ogre avaient des couronnes d'or sur la tête et qui craignait qu'il ne prit à l'ogre quelque remord de ne les avoir pas égorgés le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant le s bonnets de ses frères et l e sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l'ogre, après leur avoir ôté leur couronne d'or, qu'il mit sur la tête de ses frères et sur la sienne afin que l'ogre les prît pour ses filles et ses filles pour les garçons qu'il voulait égorger. La chose réussit comme il l'avait pensée; car l'ogre s'étant réveillé sur le minuit, eut regret d'avoir différé au lendemain ce qu'il pouvait exécuter la veille. Il se jeta donc brusquement hors du lit et prenant son grand couteau:
Allons voir, dit-il voir comment se portent nos petits drôles, n'en faisons pas à deux fois.
Il monta donc à tâtons dans la chambre de ses filles, et s'approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous, excepté le Petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu'il sentit la main de l'ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celle de tous ses frères. L'ogre qui sentit les couronnes d'or:
Vraiment, dit-il, j'allais faire là un bel ouvrage; je vois bien que je bus trop hier soir.
Il alla ensuite au lit de ses filles, où ayant senti les bonnets des petits garçons:
Ah! les voilà dit-il nos gaillards; travaillons hardiment.
En disant ces mots, il coupa sans balancer la gorge à ses sept filles. Fort content de cette expédition, il alla se recoucher auprès de sa femme. aussitôt que le Petit Poucet entendit ronfler l'ogre, il réveilla ses frères et leur dit de s'habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant et sans savoir où ils allaient.
L'ogre s'étant réveillé dit à sa femme:
Va-t-en là-haut habiller ces petits drôles d'hier au soir.
L'ogresse fut fort étonné de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu'il entendait qu'elle les habillât, et croyant qu'il lui ordonnait de les aller vêtir, elle monta en haut où elle fut bien surprise lorsqu'elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang.
Elle commença par s'évanouir L'ogre craignant que sa femme ne fut trop longtemps à faire la besogne dont il l'avait chargée, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu'il vit cet affreux spectable.
Ah! Qu'ai-je fait? S'écria-t-il. Ils me le paieront les malheureux, et tout à l'heure.
Il jeta aussitôt une potée d'eau dans le nez de sa femme; et, l'ayant fait revenir:
"Donne-moi vite mes bottes de sept lieux, lui dit-il afin que j'aille les attraper."
Il se mit en campagne et après avoir couru bien loin de tous les côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient ces pauvres enfants, qui n'étaient plus qu'à cent pas du logis de leur père. Ils virent l'ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu'il aurait fait le moindre ruisseau. Le Petit Poucet qui vit un rocher creux proche du lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères et s'y fourra aussi, regardant toujours ce que l'ogre deviendrait. L'Ogre qui se trouvait fort las du long chemin qu'il avait fait inutilement ( car les bottes de sept lieux fatiguent fort leur homme), voulut se reposer; et par hasard, il alla s'asseoir sur la roche où les petits garçons s'étaient cachés.
Comme il n'en pouvait plus de fatigue, il s'endormit après s'être reposé quelque temps, et vint à ronfler si effroyablement, que les pauvres enfants n'eurent pas moins de peur que quand il tenait son long couteau pour leur couper la gorge. Le Petit Poucet en eut pas moins de peur, et dit à ses frères de s'enfuir promptement à la maison pendant que l'ogre dormait bien fort et qu'ils ne se missent point en peine de lui. Ils crurent son conseil et gagnèrent vite la maison.
Le Petit Poucet, s'étant approché de l'ogre, lui tira doucement ses bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient fort grandes et fort larges; mais comme elles étaient fées, elles avaient le don de s'agrandir et de se rapetisser selon la jambe de celui qui les chaussait; de sorte qu'elles se retrouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles avaient été faites pour lui.
Il alla droit à la maison de l'ogre où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées.
"Votre mari lui dit le Petit Poucet est en grand danger; car il a été pris par une troupe de voleurs qui o ont juré de le tuer s'il ne donne pas tout son or et tout son argent. Dans le moment qu'ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m'a aperçu et m'a prié de vous venir avertir de l'état où il est et de vous dire de lui donner tout ce qu'il a de vaillant sans en retenir, parce qu'autrement, ils le tueront sans miséricorde. Comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse se s bottes de sept lieux que voilà,. pour faire diligence, et aussi pour que vous ne croyiez pas que je sois un affronteur.
La bonne femme fort effrayée, lui donna tout ce qu'elle avait; car cet homme ne laissait pas d'être un bon mari quoiqu'il mangeât les petits enfants.. Le Petit Poucet, étant donc chargé de toutes les richesses de l'ogre, s'en vint au logis de son père où il fut reçu avec bien de la joie.
Toute la famille fut heureuse pour toujours.
LA PRINCESSE GRENOUILLE
Adapté du : Folklore russe.
Tiré du livre: Mille ans de Contes.
Il était une fois un roi qui avait trois fils. Un jour, il leur dit:
- Mes fils, il est temps de vous marier. Voici pour chacun de vous un arc et une flèche. Vous allez tirer dans une direction différente et vous prendrez pour femme celle qui ramassera votre flèche.
Chacun tira sa flèche puis alla voir où elle était tombée. Celle du fils aîné était tombée dans le jardin d'un général et la fille du général l'avait ramassée. Alors le fils aîné lui demanda de l'épouser. La flèche du deuxième fils était tombée dans la cour d'un marchand et la fille du marchand l'avait ramassée. Alors le deuxième fils lui demanda de l'épouser. La flèche du fils cadet était tombée très loin, dans un marécage. Longtemps il la chercha en se disant : "Hélas, ma flèche est tombée dans un marécage. Comment trouver une femme ici ? " Tout à coup, il entendit une petite voix qui disait ;
- Prince Ivan, voici ta flèche.
Il regarda tout autour de lui: personne.
- Prince Ivan, regarde à tes pieds, dit la petite voix.
Il regarda par terre et vit une grenouille qui tenait la flèche dans sa bouche.
- Merci, petite grenouille, d'avoir trouvé ma flèche, lui dit-il.
- Je suis très heureuse de t'avoir rendu ce service, répondit doucement la grenouille, et j'espère que je serai une bonne épouse pour toi.
- Quoi, s'écria le prince Ivan, tu crois que je vais t'épouser ? La petite grenouille le regarda avec des yeux si brillants qu'on aurait dit qu'ils étaient pleins de larmes. Elle lui dit ; - C'est moi qui ai trouvé ta flèche et tu ne veux pas m'épouser?
Alors le prince Ivan prit la grenouille et retourna au palais. Les trois fils revinrent devant le roi et chacun raconta comment il avait retrouvé sa flèche. Puis les deux aînés présentèrent leurs fiancées qui firent de belles révérences au roi. Quand vint son tour, Ivan sortit la grenouille de sa poche et dit:
- C'est elle qui a trouvé ma flèche.
- Alors mon fils, il faut que tu l'épouses, répondit gravement le roi.
- C'est justice, dit le frère aîné.
- C'est justice, dit le deuxième frère.
Ivan pleura beaucoup mais on célébra ses noces avec la grenouille. Pour que personne ne marche sur elle, un serviteur la tenait sur un plateau.
Quelques temps après, le roi dit à ses fils:
- Je veux savoir laquelle de mes belles-filles est la plus habile. Demandez à vos épouses de tisser un tapis.
Maintenant qu'elles étaient princesses, la fille du général et la fille du marchand ne voulaient plus travailler. Elles commandèrent :
- Nourrice, tisse un tapis pour le roi !
Maintenant qu'elles étaient au service d'une princesse, les nourrices ne voulaient plus se fatiguer à tisser. Elles commandèrent :
- Servante, tisse un tapis pour le roi !
Alors les servantes se dépêchèrent de tisser un tapis, mais elles n'étaient pas très habiles.
En entendant l'ordre du roi, Ivan se sentit très triste et rentra chez lui en pleurant. La petite grenouille s'avança à sa rencontre en sautillant.
- Oh ! Mon gentil prince, pourquoi pleures- tu ? demanda-t-elle.
- Les épouses de mes frères vont tisser de beaux tapis pour le roi mon père, mais toi, tu ne sais pas tisser, dit Ivan en soupirant.
- J'ai promis d'être une bonne épouse pour toi et je ferai tout ce qu'une bonne épouse doit faire, répondit la grenouille. Va te coucher et dors tranquille, je m'occupe de tout.
Pendant qu'Ivan dormait, la princesse quitta sa peau de grenouille et se transforma aussitôt en une belle jeune fille. Elle ouvrit la fenêtre et vit une araignée qui tissait sa toile dans l'embrasure. Elle demanda:" Araignée de la nuit,
S'il te plaît, donne- moi
Un peu de ton fil de soie. "
Et l'araignée lui donna du fil de soie. Puis elle dit à la lune :
" Lune de printemps
S'il te plaît, donne-moi
un rayon d'argent. "
Et la lune lui donna un rayond'argent.Puis la princesse-grenouille prit des fleurs dans un vase et avec tout cela elle tissa un tapis. Quand le prince Ivan se réveilla, il trouva la grenouille assise sur un coffret. Elle lui dit :
- Mon gentil prince, ce que tu m'as demandé est dans ce coffret. Attends que tes frères aient offert leur cadeau au roi pour lui offrir le tien. Le roi fit appeler ses fils et l'aîné présenta le tapis que lui envoyait son épouse.
- Peuh ! dit le roi, les servantes de mon palais en font autant.
Le deuxième fils présenta le tapis offert par son épouse.
- Peuh ! dit le roi, les servantes de mon palais en font autant.
Alors, Ivan s'avança, ouvrit le coffret et déplia le tapis tissé par la grenouille. Tous les courtisans assemblés poussèrent des oh ! et des ah ! le tapis était doux comme de la soie et brillait tellement que toute la salle était illuminée d'argent. Son dessin représentait un merveilleux jardin rempli de toutes sortes de fleurs, si belles qu'à les voir on croyait sentir le parfum des nuits d'été. Le roi fut ravi de ce cadeau et il dit à Ivan:
- Je te remercie. Je serai heureux de voir danser ta femme au grand banquet qui aura lieu demain soir.
Et il ajouta, pour ses autres fils :
- Vos épouses sont invitées elles aussi.
Ivan rentra chez lui encore plus triste que la fois précédente. Il dit à la grenouille :
- Demain soir, il y a un banquet où danseront les belles-filles du roi. Les épouses de mes frères vont danser mais toi, qu'est-ce que tu vas faire ? Tu va sautiller en faisant couac ! couac ! et moi, je vais mourir de honte.
- Demain tu partiras seul au banquet, répondit la grenouille. J'arriverai au bout d'une heure. Ne t'inquiète pas, le roi sera aussi content de ma danse que de mon tapis.
Quand Ivan arriva au banquet, ses belles-soeurs se cachèrent pour rire : " Hi ! Hi ! Il n'a pas osé amener sa grenouille!"
Pendant ce temps, la grenouille avait repris son apparence de jeune fille, et se préparait, seule dans sa chambre. Elle se coiffa, se fit belle puis partit pour la salle de banquet. Dès qu'elle entra, tous les regards se portèrent sur elle et il se fit un grand silence. En un instant, Ivan comprit qu'il s'agissait de sa femme, mais déjà tous les courtisans, les comtes, les ducs, les princes, se précipitaient pour lui offrir leur bras et Ivan eut bien du mal à parvenir jusqu'à elle. Enfin il réussit à la prendre par la main pour la conduire à table.
Les belles-soeurs étaient muettes d'étonnement. Elles se dirent :
"Nous nous sommes trompées, ce n'est pas un grenouille, c'est une magicienne! "Elles observèrent tout ce que faisait la princesse et la virent des os dans sa manche droite et verser du vin dans sa manche gauche. Alors, elles firent la même chose. À la fin du banquet, quand le roi demanda aux épouses des fils aînés d'ouvrir le bal, elles refusèrent en disant :
- Nous laissons l'honneur de commencer à l'épouse d'Ivan, car elles voulaient observer ses gestes.
Alors la princesse se leva et se mit à danser avec Ivan, aussi légère qu'une plume. Quand elle agitait sa manche droite, on voyait des oiseaux. Quand elle agitait sa manche gauche, on voyait des paysages de montagnes ruisselantes de cascades. Les autres belles-filles se mirent à danser, en imitant ses gestes; mais quand elles agitèrent leur manche droite, elles lancèrent les os sur la tête des invités, et quand elles agitèrent leur manche gauche, elles les inondèrent de vin. Tout à coup, ping ! le roi reçut un os de dinde sur le nez, et splatch ! du vin dans les yeux ! Alors il se mit très en colère et frappa dans ses mains pour arrêter la danse :
- Ça suffit, ça suffit ! vous deux, allez vous asseoir ! dit-il aux épouses de ses fils aînés.
Le bal dura longtemps car tous les invités voulaient danser avec la princesse. Pendant ce temps, Ivan rentra chez lui, trouva la peau de grenouille et la brûla. Quand la princesse arriva, elle se mit à chercher la peau mais il lui dit :
- Tu ne la trouveras pas, je l'ai brûlée ! Maintenant, tu es ma femme pour toujours. Il la prit dans ses bras et cette nuit-là, ils dormirent ensemble.
Au petit matin, la princesse dit à Ivan :
- Tu as été trop impatient. Cette nuit, j'ai été ta femme mais je ne peux pas rester près de toi. Adieu ! Si tu m'aimes, cherche-moi dans le trentième royaume. Et elle disparut.
Alors Ivan partit à sa recherche. Pendant des mois, il marcha, marcha, demandant partout : "Connaissez-vous le chemin du trentième royaume ? " mais, personne ne pouvait lui répondre. Un soir, alors qu'il était bien fatigué, il vit au bord du chemin une maisonnette montée sur des pattes de poule, le devant tourné vers la forêt, le dos vers la route. Il lui dit :
- Petite maison, petite maison ! Tourne-toi comme ta mère t'avait placée: le devant vers la route, le dos vers la forêt. Alors la maison se tourna vers lui, la porte s'ouvrit et une vieille femme sortit.
- Bonsoir, grand-mère, dit Ivan. J'ai marché toute la journée et je suis bien fatigué. Pourrais-tu me donner un morceau de pain et un coin pour dormir ?
- Entre mon enfant, entre ! répondit la vieille. Ivan entra, sans ce méfier. Il ne savait pas qu'il était chez Baba-Yaga, la terrible sorcière ! Il mangea et dit à la vieille :
- Merci, bonne grand-mère. Dis-moi, toi qui as vécu longtemps, peut-être as-tu entendu parler du trentième royaume ?
- Que veux-tu aller faire dans le trentième royaume demanda Baba-Yaga, en plissant ses petits yeux.
- Je veux retrouver ma femme. C'est là qu'elle a disparu.
- Alors tu es le prince Ivan, reprit Baba-Yaga. Intéressant, très intéressant ...
- Comment sais-tu mon nom ? demanda Ivan, étonné.
- J'ai entendu parler de ton histoire. Ta femme est prisonnière de Katcheï l'immortel, le maître du trentième royaume. Pour la retrouver, tu devras marcher longtemps encore, jusqu'à la mer. Au milieu de la mer, il y a une île, c'est le royaume de Katcheï.
- Je vais y aller et je tuerai ce brigand, s'écria Ivan.
- Laisse-moi parler, prince Ivan, dit Baba-Yaga. Tu ne pourras pas tuer Katcheï, ni par le fer, ni par le feu. Il est immortel, mais moi, je sais où est caché sa mort. Écoute-moi bien. Sur le plus haut sommet de l'île, il y a un chêne ; sous le chêne est enterré un coffre. Dans le coffre, il y a un lapin, dans le lapin, une cane. La cane porte un oeuf dans son ventre. Dans l'oeuf il y a la mort de Katcheï. Détruis l'oeuf et tu détruiras Katcheï. Alors, moi, Baba-Yaga, je serai vengée de mon pire ennemi ! Et la sorcière, au lieu de dévorer Ivan ou de le changer en pierre, le laissa partir, pour qu'il cherche la mort de Katcheï.
Il marcha longtemps et enfin arriva au bord de la mer. De petits poissons s'amusaient à sauter au milieu des vagues ; l'un d'eux sauta trop haut : il tomba sur le sable et se mit à se tortiller, sans pouvoir regagner la mer. Ivan l'attrapa et dit :
- Tu tombes bien. J'avais très faim, je vais te manger !
- Non, je t'en prie, ne fais pas de mal à mon fils, dit un gros poisson en sortant la tête hors de l'eau. Remets-le dans la mer et je te rendrai service. Alors Ivan rendit le poisson à son père. Puis il se mit à marcher, tout le long de la plage, cherchant une barque ou un pont, un moyen d'accéder à l'île. Mais il ne trouvait rien.
- Tu veux traverser la mer ? dit une voix.
C'était le gros poisson.
- Oui, dit Ivan. Est-ce que tu peux m'aider ?
- Grimpe sur mon dos, répondit le poisson.
C'est ainsi qu'Ivan traversa la mer, arriva sur l'île et commença à gravir la montagne. Il avait toujours très faim. Tout à coup, il entendit un bruit dans un buisson : c'étaient deux petits loups qui jouaient. " Ma foi, se dit Ivan, c'est mieux que rien. " Il tira son poignard pour les égorger mais une voix cria :
- Non, non !
À cent mètres de lui, une louve le regardait d'un air suppliant.
- Je t'en prie, dit-elle, ne tue pas mes petits et moi je te rendrai service. Alors Ivan rendit les petits loups à leur mère. Il continuait à gravir la montagne quand deux boules de fourrure roulèrent à ses pieds : c'était deux oursons. Il leva son poignard mais une voix cria :
- Non, non !
Du haut d'un rocher, la mère ours l'appelait :
- Je t'en prie, ne tue pas mes petits et moi je te rendrai service. Alors il rendit les petits ours à leur mère et continua son chemin. Là-haut, dans le ciel, planaient deux aigles, un gros et un petit. Comme le petit se posait sur un arbre, Ivan prit son fusil et le visa. Mais la maman aigle s'écriait :
- Non, je t'en prie, ne tue pas mon petit et moi je te rendrai service ! Alors Ivan abaissa son fusil et reprit sa marche.
Enfin, il arriva en haut de la montagne. Le chêne se dressait au milieu d'un amas de rochers. Comment creuser pour trouver le coffre ? Ivan essaya de bouger les rochers mais il ne les déplaça pas d'un centimètre. C'est alors qu'arriva l'ourse. D'un coup de patte, elle déracina le chêne et souleva les rochers. Ivan trouva le coffre mais quand il l'ouvrit, frrrt ! le lapin s'échappa et se mit à dévaler la montagne. Ivan s'élança à sa poursuite en courant de toutes ses forces. Peine perdue, le lapin disparut dans la forêt et Ivan dut s'arrêter, à bout de souffle. Mais quelques instants plus tard, il vit la louve sortir de la forêt et venir vers lui, tenant dans sa gueule le lapin. Vite, il lui ouvrit le ventre... et la cane s'envola à tire-d'aile ! Désespéré, impuissant, Ivan regardait vers le ciel quand tout à coup, il vit un éclair noir fondre sur la cane : c'était l'aigle. Il lui apporta la cane. Ivan la posa à terre, s'agenouilla, prit le poignard et lui ouvrit le ventre : l'oeuf était dedans...
C'est alors qu'une ombre se dressa devant le jeune prince. Il releva la tête et vit un homme tout habillé de noir, très pâle, qui le regardait fixement.
- Ne touche pas cet oeuf, dit l'homme d'une voix pressante, surtout ne le touche pas !
- Tu es Katcheï ! s'écria Ivan.
- Oui, dit l'homme. Je dormais dans mon palais mais mon corps a tremblé dès que tu as ouvert le coffre. Tu veux ta femme ? Je vais te la rendre. Je te donne aussi toutes les princesses qui sont prisonnières dans mon palais et toutes mes richesses, mais donne-moi l'oeuf. Ivan prit l'oeuf et demanda :
- Où est ton palais ?
- De l'autre côté de la montagne. Donne-moi l'oeuf, bientôt tu seras riche, répondit Katcheï.
Tout doucement, il s'approchait d'Ivan et tendait ses mains tremblantes pour s'emparer de l'oeuf. Alors Ivan brisa l'oeuf contre un rocher. Katcheï poussa un grand cri ; il s'écroula par terre et aussitôt, son corps fut réduit en poussière.
Ivan passa de l'autre côté de la montagne et pénétra dans le palais d'or et d'argent du magicien. Là, il trouva beaucoup de princesses que Katcheï avait faites prisonnières mais il ne les regarda pas. Il chercha dans toutes les chambres jusqu'à ce qu'il retrouve sa femme. Alors il l'embrassa et la fit monter dans le chariot volant du magicien. Ivan et son épouse retournèrent chez eux et ne se quittèrent plus jamais.
LA PETITE SERVANTE
Il y avait une fois une pauvre servante qui était active et propre; elle balayait tous les jours la maison et poussait l es ordures dans la rue devant la porte. «un matin, en se mettant à l'ouvrage, elle trouva une lettre par terre; comme elle ne savait pas lire, elle posa son balai dans un coin, et porta la lettre à ses maîtres: c'était une invitation de la part des nains magiques, qui la priaient d'être marraine d'un de leurs enfants. Elle ne savait que décider. Enfin après beaucoup d'hésitations, comme on lui dit qu'il était dangereux de refuser, elle accepta. Trois nains vinrent la chercher et la conduisirent dans une caverne de la montagne, où ils demeuraient. Tout y était d'une extrême politesse, mais si joli et si mignon qu'on ne saurait dire combien. L'accouchée était dans un lit d'ébène incrusté de perles, avec des couvertures brodées d'or; le berceau de l'enfant . était en ivoire et sa baignoire en or massif. Après le baptême, la servante voulut retourner tout de suite chez ses maîtres, mais les nains la prièrent de rester instamment trois jours avec eux. Elle l es passa en joie et en fête, car ces petits êtres lui faisaient le plus charmant accueil. Au bout de trois jours, comme elle voulut absolument s'en retourner, ils lui remplirent ses poches d'or et la conduisirent jusqu'à la sortie de leur souterrain. En arrivant chez ses maîtres, elle se remit à son travail ordinaire et repris son balai au coin même où elle l'avait laissé. Mais il sortit de la maison des étrangers qui lui demandèrent qui elle était et ce qu'elle voulait. Elle appris alors qu'elle n'était pas restée trois jours, comme elle le croyait, mais dix ans entiers chez les nains, et que pendant ce temps-là ses maîtres étaient morts.
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