Comme son idole Nilan
par Réal Labbé
Robustesse et intensité sur la patinoire ne se traduisent pas nécessairement par bourru et pas sociable dans la vie de tous les jours. Louis-Philippe Charbonneau, du Caron et Guay de Pont-Rouge, en est un bon exemple.
« Il y a des gens, effectivement, qui hésitent à nous parler, explique l'attaquant du Caron et Guay, qui n'est tout de même pas reconnu comme un goon. Mon jeu se passe dans un endroit restreint par des bandes, une patinoire, et quand je sors de là, c'est fini. Je suis très abordable, j'aime quand le monde me parle et je n'entretiens aucune agressivité envers qui que ce soit. Et c'est la même chose pour les hommes forts, peu importe le calibre de l'équipe. »
Le préjugé est tellement fort que plusieurs personnes sont surprises qu'un Chris Nilan ou un John Ferguson puissent leur parler. Tant qu'à parler de Nilan, faisons-le avec Charbonneau, puisqu'il a eu la chance de l'avoir comme entraîneur à Chesapeake, dans la ligue East Coast.
« Quand je revenais à Montréal pour la saison estivale, la première question que l'on me posait quand je disais que Nilan était mon entraîneur c'était : comment est-il en dehors de la glace ? À cause de ses agissements pendant un match de hockey, plusieurs pensaient qu'il a la même conduite dans la vraie vie. Quand je leur répondais que c'était une personne très aimable, ils semblaient rassurés. »
Il aurait pu ajouter que l'ancien joueur du Canadien ne manquait jamais une occasion de visiter des enfants dans les hôpitaux et il n'y a pas beaucoup de monde qui le savait. Charbonneau a un peu la même philosophie que son idole. « J'aime bien donner de mon temps pour certaines causes. Quand je jouais pour les Royaux (Sorel), l'équipe avait un emplacement au Festival de la gibelotte et j'y passais beaucoup de temps, histoire de bien faire connaître notre équipe et d'amener du monde au Colisée. Je voulais en même temps m'informer sur les gens et l'histoire de leur région. »
Cet automne, avant qu'il ne passe à Pont-Rouge, lui et sa copine Natacha Leclerc ont organisé une collecte de nourriture pour les personnes démunies. « À nos matchs, j'ai aussi rencontré un petit garçon de six ans, Kevin Léveillé, et j'étais devenu comme son idole. Quand il est décédé, j'en ai été beaucoup affecté. Pendant deux ans, j'ai porté ses initiales sur mon casque protecteur. Ses parents n'ont plus manqué un match des Royaux depuis que j'ai connu leur petit. »
Après son midget AA à Rosemont, le joueur de 28 ans est allé à Buckingham dans le junior A, en 1992-93. Il a été invité par les Olympiques de Hull (LHJMQ) à compléter la saison avec eux. Échangé à Victoriaville la saison suivante, il est retourné à Hull comme joueur de 20 ans.
« Ma meilleure saison sans contredit. J'avais connu des séries du tonnerre et nous avions remporté la coupe Memorial. Robert Mongrain, l'entraîneur, avait réussi à me faire produire comme c'était pas possible. »
Heureux à Pont-rouge
Ignoré au repêchage de la Ligue nationale, Charbonneau est invité à un essai de 25 matchs avec les As de Cornwall (LAH). « À mesure que les gars de l'Avalanche redescendaient, il y avait moins de place pour moi et je me suis retrouvé dans la East Coast. » Une ligue où il a fait quelques équipes, dont un séjour de deux ans à Chesapeake.
« Chris Nilan était l'entraîneur quand je suis arrivé. Il était mon idole, alors imaginez que la première année, je buvais littéralement ses paroles. C'était un très bon entraîneur, car il avait appris de Jacques Lemaire au New Jersey. Il était intense et nous demandait de l'être sur la patinoire. Si on faisait ce qu'il disait, il nous faisait jouer souvent. »
Revenu à Sorel dans la Ligue de hockey semi-pro, où Nathan Morin lui avait dit qu'il pouvait avoir encore des chances de remonter dans le pro, Charbonneau a effectivement reçu une offre de St. Louis pour évoluer dans la Ligue américaine. « C'est bien pour dire, je reviens au Québec et j'ai une offre, ce qui ne m'était pas arrivé pendant mes années dans la ligue East Coast. Malheureusement une blessure m'a empêché d'accepter l'invitation. »
Aujourd'hui il est très heureux d'être avec Pont-Rouge. « J'ai été accepté tout de suite par les gars. Je n'ai jamais senti que je n'avais pas ma place. »
|