«Je suis celui qui frappe dedans la vie»
par Sylvain Neveu et Michel Lacas
Octobre
2003- Le début de saison de la Ligue de hockey senior majeur du Québec
était tout récemment le théâtre d’un exploit qui mérite largement d’être
souligné. Le 11 septembre dernier, lorsqu’il a posé les patins sur la
glace du centre récréatif Joé-Juneau, l’homme de fer,
Mike « Iron man » Brault, comptant à sa fiche de combats plus de 500
confrontations depuis qu’il a joint dans les rangs du hockey senior majeur,
endossait officiellement l’uniforme des représentants de Pont-Rouge pour
une dixième année consécutive.
Comme plusieurs milliers de hockeyeurs, le nom de Mike Brault ne franchira
pas la porte du prestigieux Temple de la Renommée du Hockey, mais force
est d’admettre qu’éventuellement, au terme de sa carrière active, il entrera
dans la légende du hockey
senior québécois. Issu de la première cuvée des bagarreurs de la décennie
90, celui qui représenta, pendant plusieurs saisons, l’homme à vaincre,
continue allègrement de se présenter au combat, joute après joute, contre
ces armoires à glace qui nous arrivent maintenant d’un peu partout.
UN LASALLOIS D’ORIGINE.
Mike
naquit à Ville LaSalle, au cours de l’année 1969. Il habita ce secteur,
situé au Sud de Montréal, que très peu de temps car, dès l’âge de 4 ans,
la famille Brault déménagea à Québec dans le quartier d’ Ancienne-Lorette.
Ce fut d’ailleurs dans cette banlieue de la Vieille Capitale, qu’il s’agrippa
au dossier d’une chaise de bois et qu’il donna ses premiers coups de patins
lors d’une école de hockey, à l’aréna du quartier. Il évolua ensuite au
sein de l’organisation du hockey mineur de la ville de St-Foy.
À ce sujet, l’homme, sourire en coin, me mentionna qu’il gravit les
échelons dans les catégories CC, avant d’atteindre le niveau senior majeur.
Ce dernier commentaire nous décrit bien le profil d’homme dont il est
doté : déterminé et persévérant.
LA LIGUE DE HOCKEY SENIOR DE LA MAURICIE.
Ce fut en endossant l’uniforme des Sphynx de St-Marc-des-Carrières,
de la défunte Ligue de hockey senior de la Mauricie, l’alma mater
de la concession de Pont-Rouge, que le célèbre # 19 fit ses débuts dans
cette catégorie. Le nom de Brault, un solide redresseur de torts fraîchement
arrivé, qui ne reculait devant personne, circula très rapidement dans
la hiérarchie des « bulldozers » sur patins.
« Lorsque j’évoluais dans cette ligue, on avait le droit de participer
à trois combats avant d’être expulsé. Je me souviens particulièrement
de ces nombreuses confrontations m’opposant à Martin
Roux. Ce n’est pas mêlant, s’exclama-t-il! On se battait trois fois
l’un contre l’autre en chacune des occasions que nos équipes s’affrontaient.
A l’époque,
Denis Paul était la vedette incontestée de la Ligue et son nom tapissait
les feuilles de pointages. Par la suite l’équipe fut vendue en fin de
saison 1993-94 et, peu de temps après, transférée à Pont-Rouge. Dès la
saison 1994-95 j’ai commencé à évoluer au centre récréatif Joé-Juneau.
» poursuivit-il.
Sous
le régime du nouveau propriétaire, Michel
Godin, la concession implanta de nouvelles structures en mettant sur
pied un organisme à but non-lucratif afin d’assurer la gestion de l’équipe.
Le club de golf, le Grand Portneuf, devint alors le commanditaire
majeur et ce, pour les six premières années de vie. À Pont-Rouge, « Iron
man » évolua dans la Ligue senior de la Mauricie lors de sa première saison.
Dans un amphithéâtre d’une capacité de 1,500 personnes, contenant 1,005
sièges, notre invité continua d’attirer les foules et il se bâtit une
solide renommée à une plus grande échelle à partir de la saison 1995-96,
lors de l’entrée en scène de la nouvelle LHSPQ. Formée d’une association
des deux ligues majeures: la Ligue senior majeure du Québec (Montréal
et Cantons de l’Est) et la Ligue senior de la Mauricie, cette fusion permit
ultérieurement aux amateurs de hockey de plus de 30 villes du Québec d’observer
le phénomène Brault à l’œuvre au cours des huit saisons subséquentes.
Bon an mal an, celui qui réside maintenant à St-Catherine-de-la-Jacques-Cartier,
poursuivit son ascension parmi les bagarreurs les plus intimidants du
hockey senior. Il atteignit même le niveau d’homme à battre, en établissant
un standard de respectabilité pour ses pairs. Ne reculant devant personne,
Brault, blessé ou non, se présenterait à chacune des rencontres de sa
formation afin de remplir le rôle que l’on attendait de lui. Au fil du
temps on lui a attribué les qualificatifs suivants qui sont de posséder
un excellent système cardiovasculaire, une bonne mâchoire et d’être le
premier belligérant à foncer sur son opposant. Mike Brault c’est le synonyme
d’une bonne génétique! La nature en a voulu ainsi car il ne se défile
pas pour mentionner que l’entraînement et le gymnase ne font pas vraiment
partie de son mode de vie, sauf dans ses préludes d’un valeureux combat
sur le ring.
EL PASO, LA WPHL ET LA COUPE BOLTON.
En fin de saison 1996-97, dans des circonstances dignes d’un scénario
hollywoodien, les Buzzards
de El Paso, une équipe d’expansion du Texas affiliée à la Western
Professionnal Hockey League, se tourna vers
le réputé enforcer du Québec afin de remédier aux stratégies
d’intimidation dont le club était victime à chacune des rencontres disputée
au cours du calendrier régulier.
Par
ailleurs, « Iron Mike » participa, en une occasion, au tournoi de la coupe
Bolton. La présentation de cet événement d’envergure, symbolisant la suprématie
du hockey senior canadien, eut lieu en Ontario. L’équipe représentative
avait pour nom :
les Chiefs de Laval. Ainsi, M. Bob Berger, l’architecte de cette édition
nouvellement arrivée à Ville Laval, lança quelques SOS à certains joueurs
dont un en particulier à M. Mike Brault. L’histoire nous raconte que Brault,
ainsi que son équipe d’adoption, les Chiefs, préconisèrent un style intimidant,
à un point tel qu’ils se firent disqualifier par le comité organisateur
lors de la ronde demi-finale. Brault, comédien à ses heures, flanqua la
trouille à plusieurs de ses opposants en personnifiant un des frères Hanson,
personnage vedette du film culte "Lancer frappé-Slap shot"
enfilant une monture de lunettes ornées de ruban adhésif. Il campa ainsi
le rôle d’intimidateur tout au long de la période de d’échauffement. Il
eut également le temps de jeter les gants, et de livrer un furieux combat,
face à un réputé matamore de 220 livres.
Tout en conversant avec l’ individu coopératif et accessible qu’est
Mike Brault, un homme qui assista à la naissance du hockey senior provincial
version 90, la conversation coulait à flot et les souvenirs ressassés
ne manquèrent pas. Nous lui avons demandé qui furent les opposants, issus
de ce long registre, qui lui ont procurés des moments inoubliables. Après
un court moment d’hésitation, voyons ce qu’il nous livra comme confidences
:
«
Écoute, il y en a plusieurs c’est certain. Par contre, pour un joueur
comme moi, le fait d’avoir eu à affronter les frères Roberge demeure quelque
chose de bien particulier. Moi je n’ai jamais joué dans les rangs junior
majeur, eux l’ont fait! Ils ont même évolué dans la Ligue nationale! Il
y a à peine quelques années je surveillais, avec intérêt,
Mario Roberge, à la télévision. Par la suite, lorsqu’il s’est joint
à la ligue, nous avons jeté les gants souvent l’un contre l’autre. Je
dois dire qu’à force de me battre contre lui, j’ai appris quelques trucs.
Il en demeure un joueur de mon gabarit et j’ai toujours trouvé que tu
en apprenais davantage en observant un gars de ta grandeur, comparativement
à un autre qui mesure six pouces de plus par exemple. Au début c’était
un peu plus difficile de l’affronter. On n’y allait pas toujours de gaieté
de cœur! Mais le public paye pour voir cela, alors il faut bien leur en
donner. Par contre, dans nos derniers combats, je m’en sortais assez bien.
» ajouta-t-il candidement.
« Nathan
Morin en est un autre qui allait à la guerre et avec qui je me suis
battu chaque fois que l’on se croisait sur la patinoire. Il n’était pas
le plus grand, mais il y mettait du cœur. Nous avons fait de bons combats
« open » ensemble, lui et moi. » enchaîna-t-il.
LA BOXE AMATEUR.
Si les adeptes de hockey senior ont pu assister à ces populaires
gala de boxe amateur, qui n’ont rien à voir avec la direction de la LHSMQ,
soit dit en passant, mais qui mettent aux prises des joueurs ayant évolués
au sein de leur ligue, ils le doivent en grande partie à l’innovateur
qu’est Mike Brault.
« C’était il y a 5 ans, au Centre Lacroix-Dutil à St-Georges-de-Beauce.
J’avais affronté Christian
Leblanc et je l’avais emporté par knock out devant près de
3,300 spectateurs. La formule a plu aux amateurs et c’est à partir de
là que ça s’est poursuivi. Par la suite, j’ai remis les gants 2 à 3 fois
par été afin de participer à ces cartes de boxe. Par contre, j’ai vécu
une amère déception à Laval, au cours de l’été 2002, lorsque l’on a accordé
la victoire à Jimmy
Burns. Je l’avais atteint solidement à quelques reprises et j’avais
marqué suffisemment de points pour mériter la victoire. Sur le coup, j’étais
très déçu, mais j’ai tourné la page depuis car, dans mon cœur, je sais
que c’est moi qui a gagné!» nous dira celui qui compte 12 combats en banque
jusqu’à présent à titre de boxeur amateur et qui, selon l’auteur de ces
lignes, ne fermerait pas la porte à un éventuel combat revanche contre
Jimmy
Burns. Alors, avis aux intéressés!
TOUJOURS DEBOUT, JE SUIS CELUI QUI…
D’autre part, plus on apprend à connaître ce légendaire joueur senior;
plus il projette l’image d’un individu franc et direct dans ses propos.
Nous en avons profité pour lui demander de nous livrer ses impressions
sur l’évolution du hockey senior majeur au Québec. Il nous livra alors
une réponse spontanée, à l’image des célèbres hockeyeurs québécois tel
que les Guy Lafleur, Guy Carbonneau et Stéphane Richer :
« Je pense qu’il y suffisamment de talents québécois afin de donner
la chance aux joueurs de chez-nous de pouvoir évoluer dans un niveau compétitif
, et cela, devant leurs parents et amis. Selon moi, on dépasse les bornes
et cela n’a plus de bon sens! La ligue devrait tout simplement mettre
une limite! » précisa-t-il, sur ton qui ne laissait aucune équivoque.
Au
moment d’écrire ces lignes, Mike « Iron man » Brault travaille pour l’entreprise
familiale, le bar salon Le Satellite, à St-Catherine–de-la-Jacques-Cartier.
C’est le rendez-vous du coin où l’on y présente des événements d’envergure
sportive. Mike est âgé actuellement de 34 ans et il continue de remplir
son rôle, comme il le fait si bien depuis 10 ans déjà au sein d’une même
organisation; Le Caron
et Guay de Pont-Rouge. Depuis qu’il a joint les rangs senior à St-Marc-des-Carrières,
« Iron Mike » ne s’est jamais éloigné de son but légitime, soit de remporter
la victoire aux points et aux poings, mais toujours avec la même conviction
profonde de soulever les émotions de son public et cela, il le fait tellement
de conviction depuis maintenant 10 ans.
Persévérant vous dites? Eh comment donc!
Comme le disait si bien l’immortel chanteur rocker au cœur
tendre, Gerry Boulet : Toujours vivant, je suis celui qui regarde en avant!…
Toujours debout, je suis celui qui va jusqu’au bout!
Mike Brault, lâches pas ça! Tu en as fait déplacer des foules et
tu demeures toujours, plus de 10 années plus tard, une grande attraction
pour les adeptes du hockey senior majeur!
Salut.
Source : L'ÉDITORIAL DE LA LHSMQ 2003-04
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