par Réal Labbé
Longévité et stabilité sont les mots les plus appropriés pour décrire Hervé Lapointe. Il y a trois semaines, le défenseur du Caron et Guay de Pont-Rouge disputait son 300e match dans le circuit senior majeur provincial, toujours avec la même équipe.
« Je suis le seul à avoir joué autant de matchs avec une seule équipe. Cette saison , il y a deux autres joueurs, Bruno Guay du Caron et Guay aussi Frédéric Vermette, du Garaga de Saint-Georges, qui ont atteint cette marque, mais ils l’ont fait dans des clubs différents. C’est une marque dont je suis très fier.»
Le défenseur de 30 ans a vécu toute l’histoire de hockey semi-pro comme on la connaît depuis que la ligue est devenue provinciale. Et même un peu avant. Et dire qu’il a bien falli ne jamais remettre l’uniforme après un séjour malheureux dans la Ligue East Coast !
« J’ai joué quatre belles saisons avec les Harfangs de Beauport ( LHJMQ ), où je m’était beaucoup plu. Après mon séjour chez les Juniors, je suis allé dans la East Coast et le dernier mois a été particulièrement difficile alors que j’ai fait trois équipes. C’est à Érié que j’avais terminé. Dans tout les sens du mot, car j’avais décidé que le hockey de compétition était bel et bien fini pour moi.»
Jusqu’à ce qu’il reçoive un appel du directeur général Michel Godin de Pont-Rouge, l’invitant à joindre les rangs de son équipe senior. « Je ne voulais absolument pas, mais il a fini par me convaincre d’aller à un entraînement. Après la séance, ma décision était prise : le hockey, c’était bel et bien fini.»
Jusqu’à ce qu’il reçoive un autre appel de Godin. « Il m’a convaincu de disputer le premier match de la saison. On jouait contre Bécancour et, en partant les 12 joueurs sur la patinoire jettent les gangs et c’est la mêlée qui s’en suit. Après le match, ma décision était prise : le hockey c’était bel et bien fini.»
Jusqu’à ce qu’il reçoive un autre appel de Godin …« Michel est un gars très tenace et très convaincant, et je l’en remercie d’ailleurs, et je suis retourné avec l’équipe. J’ai eu la piqûre et je suis à Pont-Rouge depuis neuf ans. Il n’y a que Mike Brault qui ait plus d’ancienneté que moi car il en est à sa 10e saison.»
Lapointe a vu passer des joueurs et il a surtout vu la ligue s’améliorer d’année en année. « Au début, j’étais le seul à avoir joué dans le hockey junior majeur, souligne-t-il. Maintenant il y a même des joueurs qui ont évolué dans la Ligue nationale !
« Si tu n’as pas joué dans du hockey de gros calibre, c’est vraiment difficile de suivre. Dans les premiers temps, chaque équipe avait sept ou huit toughs qui ne savaient pas patiner. Maintenant les joueurs sont gros, robustes et ils peuvent tenir leur bout, à part quelques exceptions. C’est tout à l’avantage des dirigeants d’équipe.»
« Je suis fier»
Pendant tout ce temp, Lapointe a tenu le coup et il tient encore son bout. « Je suis fier parce que j’ai été capable de m’adapter, même si le calibre a progressé régulièrement, dit-il. Surtout que ce n’est pas facile avec le travail et ma famille. Il faut être capable de gérer toutes ces occupations et le joueur doit être en bonne forme pour être en mesure de suivre. Il n’est pas question de se la couler douce, même pas pendant une période. Ce qui fait ma force, c’est que je donne tout ce que j’ai à chaque présence.»
Depuis qu’il a disputé son premier match dans le hockey semi-pro, il ne reste que Brault dans la même équipe. Et dans le reste de la ligue, il n’y a plus beaucoup de joueurs de l’époque qui y sont encore. Une seule main serait suffisante pour les compter. Il y aurait même des doigts de trop !
« Ça prouve que la ligue évolue énormément. Même chez nous, à Pont-Rouge, il n’y a pas beaucoup de joueurs qui étaient là du temps où Mario Marois était notre entraîneur. Et ça ne fait que quatre ans. J’ai remarqué cette progression à travers la ligue, au fil des ans, non seulement au niveau des joueurs, mais aussi dans l’amélioration des structures administratives, autant des équipes que de la ligue elle-même.»
Le défenseur n’est pas encore prêt pour la retraite. « Mais quand viendra le temps, quand je verrai que je tire de la patte,il n’y a personne qui va me tasser, je le ferai moi-même.»
À moins que Michel Godin ait d’autres plans….
Source : Le Soleil