par Réal Labbé
Guillaume Besse s'est vite adapté à la réalité québécoise. Non seulement ne lui reste-t-il presque aucune trace de son accent français, mais il y a des gens qui le prennent pour un Gaspésien !
«C'est vrai, j'ai pris pas mal toutes les expressions utilisées ici et pour plusieurs, mon accent ressemble à celui que l'on entend en Gaspésie», signale l'attaquant de 6" et 200 livres. À son arrivée au Québec, alors qu'il n'était âgé que de 15 ans, celui qui porte maintenant les couleurs du Caron et Guay de Pont-Rouge de la Ligue de hockey senior majeur du Québec a tout entendu les remarques que l'on réserve aux hockeyeurs étrangers.
«Particulièrement chez les bantam où les remarques étaient vraiment cruelles alors qu'on me traitait de voleur de job et de tous les quolibets qui vont avec. Je m'étais préparé à cet accueil et, heureusement, ça n'a pas duré bien longtemps.
«Il y a un joueur cette saison qui a voulu me dire la même chose et je lui ai répliqué que j'avais entendu ces remarques quand j'avais 15 ans et qu'il aurait avantage à trouver des arguments nouveaux. »
Depuis, Besse s'est parfaitement intégré à son nouveau milieu, même s’il est retourné pendant quatre saisons dans son pays d'origine pour y évoluer avec l'équipe de sa ville natale, Rouen, et en même temps pour faire partie de la formation bleu, blanc, rouge lors des Jeux olympiques de Salt Lake City.
«Une expérience extraordinaire qui m'a permis de côtoyer les joueurs de la Ligue nationale et de constater qu'ils étaient des gens très terre à terre. J'ai mangé à côté de Wayne Gretzky et lui, comme les autres de l'équipe canadienne, ont démontré beaucoup de respect envers les autres athlètes. C'est une expérience qu'il faut vivre une fois dans sa vie. »
S'il y a un regret au sujet des Olympiques, c'est de ne pas avoir joué contre les puissances du hockey. «Nous étions dans le groupe de la Suisse, de l'Ukraine et de la Biélorussie. On menait contre la Suisse, puis finalement nous avons fait match nul. Une victoire nous aurait donné plus de marge de manœuvre car nous avons ensuite perdu 3-1 contre la Biélorussie. J'aurais aimé affronter les grosses cylindrées du tournoi. Après notre élimination, les gars avaient la tête ailleurs et ils ont commencé à profiter des activités du village olympique. »
Enfant unique, Besse, qui aura 28 ans le 26 janvier, a joué son hockey mineur à Rouen, où son père était le président. «Nous avons fait plusieurs échanges avec le Québec, dont les participations au tournoi pee-wee, et des amis proches m'ont mis dans la tête d'aller jouer au Québec.»
C’est ainsi qu'il s'est retrouvé avec le bantam AA de l'Express Rive-Sud et Jeannot Gilbert. Ce qui, l'année suivante, lui a ouvert les portes du midget AAA et des Gouverneurs de Sainte-Foy. Repêché par Sherbrooke (LHJMQ) en première ronde, il choisit plutôt le hockey collégial afin de réaliser son plan d'aller à l'université. Il a évolué deux ans avec les Faucons de Lévis-Lauzon.
«J'ai eu une bourse pour aller à Clarkson et, à ma troisième saison, j'ai eu un différend avec mon entraîneur. Il n'avait pas aimé que je quitte l'équipe quelque temps pour participer aux Championnats du monde avec l'équipe de France. C'est pourquoi j'ai complété mes études à l'Université Concordia. »
Mais il n'était pas satisfait. «Je n'allais nulle part, autant dans mes études que dans mon hockey, et c'est alors que j'ai repris contact avec mon ancien club de Rouen, qui m'a offert un contrat. J'y ai passé quatre ans et ce furent quatre saisons extraordinaires, avec deux titres de champion de France, deux championnats du monde et une participation aux Jeux olympiques.»
DE RETOUR
Besse est de retour au Québec et il s'est trouvé une place dans le hockey semi-pro avec le Caron et Guay. «J'ai un peu tourné le dos à l'équipe de France et je ne sais pas si on va encore faire appel à moi, surtout que j'ai refusé trois ou quatre de leurs invitations. Mon avenir regarde surtout vers le Québec. »
Il est né en France, mais son pays d'adoption, comme il le dit, c'est le Québec. «Il me manque ma citoyenneté canadienne pour que je me sente à 100% Québécois.» Une citoyenneté qu'il a bien failli avoir si son père, chirurgien, avait pu s'établir au Québec quand lui-même est venu au pays pour y jouer au hockey. «Dans le temps il devait passer plein de tests et refaire des études pour obtenir la permission de poursuivre sa pratique ici et ça ne lui tentait pas de tout recommencer. »
Source : Le Soleil