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Hesnard et l'école
psychiatrique de Bordeaux
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La psychanalyse --
Les grands personnages -- de la
psychanalyse française -- Angelo Hesnard
Le texte qui suit est une collaboration de Geneviève Lombard, psychanalyste membre du
Quatrième groupe.
Hesnard, Freud et l'École Psychiatrique de
Bordeaux.
e
nest pas en 1909 et dans la bibliographie de la thèse de Hesnard que le nom de
Freud apparaît pour la première fois à Bordeaux. C'est lannée même où Freud
invente le mot de psycho-analyse dans "LHérédité et lÉtiologie des
Névroses", en 1896. Or, à qui s'adresse cet article? À Charcot et aux élèves de
Charcot, nommément, voici lenvoi: "Je madresse spécialement aux
disciples de J.M. Charcot pour faire valoir quelques objections contre la théorie
étiologique des névroses qui nous a été transmise par notre maître...". Dans cet
article donc, Freud cherche le dialogue avec les héritiers de Charcot en tant quil
en fait partie.
Il va être entendu la même année à Bordeaux.
Un étudiant en médecine, Jean Texier, qui est l'élève du Professeur Pitres, soutient
une thèse*: "Contribution à lÉtude de LÉtiologie de
lHystérie" et Texier indique dans la 3° partie de son introduction
ceci: "Nous avons ensuite indiqué la théorie toute nouvelle de M. Freud, théorie
qui fait le sujet de notre étude.". Cette "nouveauté " va bien
entendu être rejetée "Lexpérience sexuelle précoce manque dans un
grand nombre de cas, tandis que la cause prédisposante et la cause occasionnelle font
rarement défaut. Lexpérience sexuelle précoce nest donc pas la cause
spécifique de lhystérie..etc". Cette prise en considération va continuer (en
même temps que va continuer - mais avec des nuances - le rejet de limportance du
sexuel comme cause ). Pas dans les thèses car je nen ai trouvé quune entre
celle de Texier et celle de Hesnard, une thèse de 1907 du docteur Gaston Pierre André
Baril qui cite Freud dans un travail intitulé "Le Sens Génésique chez les
Tuberculeux" (un germe de psycho-somatique ?). Cette lecture de Freud et cette
discussion des idées freudiennes va continuer , côté professeurs. On en a une preuve
éclatante dans le livre que Pitres et Régis publient en 1902 "Les Obsessions et les
Impulsions" (Octave Doin Paris 1902, Bibliothèque internationale de Psychologie
Expérimentale normale et pathologique). Pour la petite histoire, ils sont allés quelques
années plus tôt, en 1897, au XII° Congrès International de médecine de Moscou où
ils ont fait leur célèbre rapport intitulé "Sémiologie des Obsessions et
des Idées Fixes et à Moscou, dautres aussi parlent de Freud. Donc dans leur
livre, on trouve plus de 15 références à Freud, parfois des pages entières. Les textes
freudiens auxquels ils se réfèrent sont larticle "Obsessions et Phobies"
paru le 30 janvier 1895 dans la Revue de Neurologie et "La Névrose
dAngoisse" de 1895. Dans le chapitre de synthèse, cest la place de la
sexualité comme cause qui va se discuter:
- "Freud, dont nous avons eu si souvent
loccasion de citer et dutiliser les intéressantes recherches sur la
symptomatologie des états obsédants, Freud sest efforcé dintroduire dans la
science une notion nouvelle sur l'étiologie de ces états. Daprès lui, la névrose
anxieuse avec ses symptômes essentiels: les phobies et les obsessions, reconnaîtrait
pour cause principale, sinon exclusive, laccumulation incomplètement satisfaite de
lexcitation génésique..(on disait ainsi...). Certains auteurs partagent sur ce
point les idées de Freud: Tschisch (à Moscou justement), Gattell et, en France,
Tournier. Dautres auteurs ont abouti à des conclusions différentes : Lowenfeld
Hartenberg. Nous ne croyons pas, nous non plus, à lorigine exclusivement sexuelle
des actes obsédants ".
Voila donc ce qui senseigne à Bordeaux au
début du siècle et l'état de la discussion des thèses freudiennes, quand Hesnard
arrive. On peut dire quil y a à la fois une réelle prise en considération de
limportance de Freud en tant quil est encore dans l'héritage de Charcot
mais une méconnaissance radicale de la nouveauté de ses découvertes. Bien que depuis
1896 Freud ait élaboré la théorie du fantasme et de la sexualité infantile, les
discussions autour du sexuel (à ce Congrès comme dans ce texte) tournent toujours autour
des données liées à l'observable : "les obsessions débutent, dans
plus de la moitié des cas, dans l'enfance ou l'adolescence avant la fin de la quinzième
année, à un âge par conséquent où les pratiques visées par la théorie de Freud ne
sauraient être incriminées".(Pitres et Régis, texte cité). Le malentendu va donc
grandissant.
Angelo Hesnard soutient en 19O9 sa thèse
"Les Troubles de la Personnalité dans les États dasthénie Psychique".
Dans cette thèse où lui aussi cite Freud (le texte sur la Névrose dAngoisse), il
garde le souci de sinscrire dans la double descendance de Charcot (côté
psychiatrie, côté psychologie). Il y est toujours "le fils" de Régis quant à
la méthode de psychothérapie: "Une indication principale présidera à toute cette
direction mentale: le devoir pour le malade de se refuser à l'introspection, de se
distraire de ses sentiments, de sextérioriser..." Heureusement il ne
s'arrêtera pas là. (Mais cette histoire est mieux connue a partir de l'article de
Ferenczi "La Psychanalyse vue par l' École Psychiatrique de Bordeaux" 1915).
Chargé par Régis d'entrer en relation avec Freud, il va d'abord lui écrire... puis
publier avec Régis le célèbre article de lEncéphale en Avril, Mai,
Juin1913 "La Doctrine de Freud et de son École" Revue Générale
Bibliographique et Critique. Cest un article très passionnant, très exhaustif,
très documenté, avec un index bibliographique très important. Toute luvre
publiée de Freud y est prise en compte, aussi bien les uvres cliniques que le Witz
ou le Léonard de Vinci, ou la Gradiva. On cherche à traduire vraiment tous les textes
dont on dispose, on sent la présence dun véritable germaniste, le frère
dAngelo, quil remercie en ces termes "les traductions, en nombre
considérable, que nous avons dû faire des travaux de Freud et de ses élèves, sont dues
à notre éminent parent, ami et collaborateur, M.O. Hesnard, agrégé de
lUniversité, professeur au lycée Charlemagne ..." Certaines de leurs
inventions de traductions nous surprennent: ils utilisent ladjectif freudique, ils
écrivent affekt avec un k, désignant peut-être un "intraduisible" dans la
nouveauté des concepts freudiens. En tous cas, ils réfléchissent aux idées à partir
de leur effort de traduction et cest très important. On sait que deux
conférences accompagnent cette publication le 13 mars et le 17 avril 1913, à l'hôpital
St André... et que lensemble va donner le premier livre sur la psychanalyse publié
en France: "La Psycho-analyse des Névroses et des Psychoses", Alcan 1913.
Geneviève Lombard
*La thèse de Texier a été sortie de l' oubli par
Gérard Bazalgette.
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