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Les
années de jeunesse
1856-1885
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La
psychanalyse -- Section Freud --
Chronologie
Ce texte a été rédigé
grâce à une collaboration de Camille Genton
"Qui veut devenir biographe s’engage
au mensonge, à la dissimulation,
à l’hypocrisie, et même à la dissimulation
de son incompréhension, car la vérité
biographique n’est pas accessible,
et le fût-elle,
on ne pourrait pas s’en servir".
Sigmund Freud
(Lettre à A. Zweig du 31 mai 1936)
igmund Freud est né le
6 mai 1856 à Freiberg en Moravie, une petite ville comptant alors
environ 4500 habitants. Son père, Jacob, et son grand père travaillaient
dans le commerce de la laine et dans l’importation de produits agricoles
venant de Galicie d’où ils étaient originaires.
À l’âge de 16 ans, le
père de Freud, Jakob, épousa en première noce Sally Kanner dont il eut deux fils,
Emanuel (1834-1915) et Philipp (1838-1912). En 1852, Sally mourut et Jakob
se remaria peu après. Tout ce
que l’on sait de sa seconde épouse est qu’elle s’appelait Rebecca et
qu'ils n’eurent pas d’enfant ensemble.
Jacob épousa Amalia
Nathanson, sa troisième femme et future mère de Sigmund. Née à Brody le 18 août
1835, elle était de 20 ans
plus jeune que lui que son conjoint. Amalia était une femme
énergique, vive et qui se pouvait se montrer parfois tyrannique. Jacob
offre plutôt l'image d'un père sympathique, généreux
et sans autorité. Le couple était atypique pour l’époque, du fait de
leur différence d’âge et des mariages précédents du père.
Ils eurent Sigismund (qui
changera son prénom pour Sigmund 22 ans plus tard) un an après leur
mariage. En complément de son prénom allemand Sigismund, on donna à l’enfant
le prénom juif de son grand père Salomon (de Schlomo: le Sage) mort peu avant sa
naissance.
Freud eut
cinq sœurs et
deux frères. Un frère vint au monde avant sa première année, Julius, en
octobre 1857 mais il ne survécut que huit mois. Cet événement semble
s'inscrire en filigrane à plusieurs endroits dans l'oeuvre freudienne. Un autre frère, Alexander
vint dix ans plus tard (le 19 avril 1866). Entre les deux naquirent cinq sœurs
: Anna, le 31 décembre 1858, Regine Debora (Rosa) le 21 mars 1860, Maria (Mitzi)
le 22 mars 1861, Ester Adolfine (Dolfi) le 23 juillet 1862 et Pauline
(Paula) le 3 mai 1864.
Lorsque Freud eut 3 ans,
son père connut des difficultés professionnelles, le machinisme dans la
production textile menaçait l’artisanat. De plus, le chemin de
fer qui jusque-là
garantissait à la ville de Freiberg sa situation stratégique sur le plan du
commerce fut prolongé.
La famille composée alors du couple et de seulement deux enfants (Sigmund
et Anna) prit donc la direction de Leipzig puis quelques mois plus tard de Vienne. Freud avait alors 4 ans.
La légende décrit
Sigmund comme un enfant hardi et bienheureux, brillant à l’école où il
réussit dès l’âge de neuf ans son épreuve d’admission au
Communal-Real-und Obergymnasium de Leopoldstat où il passa ses six
premières années de lycée toujours premier. Ce fut à partir de 1871
que commença sa correspondance avec Eduard Silberstein
avec lequel il
partagea son intérêt pour la pensée de Ludwig Feuerbach. Il lut le manuel
de psychologie empirique de Johann Friedrich Herbart la même année. À 17
ans, il réussit l’examen de maturité avec la mention
"excellent".
Son ami de jeunesse est
Heinrich Braun, lequel s’orientera plus tard vers la politique sociale.
Freud faillit le suivre, hésita à faire son droit. Il approcha le
philosophe Franz Brentano qui accepta de diriger sa thèse en philosophie,
véritable passion secrète de Freud dont on retrouve plusieurs trace tout
au long de ses écrits. C’est finalement
à la lecture de l’essai de Carl Brühl sur "la Nature" que
Freud, vivement impressionné par le texte, se décida finalement à se
consacrer aux études médicales.
En automne 1873,
il s’inscrivit à l’université de Vienne. Il ne fut diplômé que huit ans plus tard.
Après 5 ans d’études
sérieuses, Freud se livra à des recherches personnelles à l’Institut de physiologie
et ne se présenta même pas aux examens de fin d’année. Après 3 ans
de sursis, il passa finalement les 3 épreuves orales en dix mois. Il
profita à ce moment-là de la grande compréhension de ses
parents qui avaient pourtant des difficultés financières constantes. Son père
dut accepter de le voir choisir la voie de la médecine, lui qui aurait
préféré que son fils prenne la relève dans le commerce.
En 1876, Freud a 20 ans.
reud,
ayant donc complété ses études, entreprit son
premier travail scientifique indépendant à l’instigation de son
professeur de zoologie, Carl Claus. Il obtint, à l’université de
Trieste, deux bourses pour ses
recherches sur les anguilles mâles des rivières dont il publia les résultats un an plus tard. Freud évalua la
possibilité que la différentiation sexuelle ne soit pas prédéterminée
sur le plan génétique chez les anguilles. Idée qui fut expérimentalement
confirmée plus tard sans que jamais ni Freud, ni son professeur n’aient
eu conscience de la portée de ces travaux.
Freud considéra même ces recherches comme un échec et choisit de quitter l’Institut de
Zoologie pour celui de Physiologie où il passa 6 années (de 1876 à
1882) sous la direction de Ernst Wilhelm von
Brücke, éminent
représentant de l’école anti-vitaliste en physiologie dirigée par
Hermann Helmholtz et Emile Du Bois-Reymond.
Brücke s’était fixé
comme objectif de prouver que toutes les manifestations de la vie pouvaient
s’expliquer par l’action des forces physico-chimiques. Freud publia d’importants
travaux à cette époque*, ce qui pouvait laisser présager qu’il
commençait une importante carrière dans ce domaine. Il y renonça
toutefois lorsqu’il tomba amoureux de Martha Bernays dont il fera plus tard son
épouse.
Une fois fiancé, en juin 1882,
Freud dû songer à assurer son indépendance financière. Une promotion à
l’Institut de Physiologie se faisant trop tarder, il dut se préparer à
ouvrir son cabinet médical privé. Il passa les trois premières années à
l’hôpital Générale de Vienne tout en continuant ses recherches
scientifiques jusqu’au terme de sa formation clinique. Travaillant d'abord
dans le service du Docteur Hermann
Nothnagel, Freud devint l'assistant de Theodor
Meynert dès 1883.
Freud commença à étudier
les propriétés de la cocaïne en
avril 1884. Il organisa une pathogénésie de la substance puis
rédigea une monographie dans laquelle il démontra les propriétés
analgésiques de la drogue. Freud attendait beaucoup de l’impact éventuel
que ce travail pouvait avoir sur la société médicale de l’époque.
Malheureusement pour lui, la reconnaissance revint à son ami d’étude
Carl Koller qui découvrit au même moment l’action anesthésiante de la
cocaïne sur l’œil. Du jour au lendemain, Koller se fit une réputation
internationale car, grâce à cette découverte, les interventions
chirurgicales en ophtalmologie devenaient possibles. Freud fut très déçu
d’avoir négligé cet aspect de la recherche et de voir le succès
ainsi lui échapper.
La cocaïne lui apporta
une seconde déception. Son ami et maître Ernst von Fleischl-Marxow,
rencontré sept ans auparavant dans le laboratoire de zoologie, prenait
beaucoup de morphine car il souffrait d’une infection contractée sur un
cadavre lors d’une dissection. Freud pensa le désintoxiquer de la
morphine par la cocaïne, ne sachant pas à l’époque que la cocaïne
pouvait entraîner les mêmes effets de dépendance que la morphine. Il
provoqua chez lui une forte intoxication. Deux ans plus tard, il sera
accusé publiquement d’avoir lâché un nouveau fléau sur l’humanité.
Le 21 janvier 1885,
Freud posa sa candidature pour enseigner, en qualité de Privatdozent
(équivalent de Maître de conférence en France), à l’université de
Vienne. Cette charge était la plus haute qu’un jeune médecin pouvait
alors se fixer. Il fut nommé 6 mois plus tard grâce à l’appui de son
ancien professeur Ernst von Brücke ainsi que de ses professeurs du moment,
Hermann Nothnagel et Theodor Meynert (anatomiste du cerveau et psychiatre)
dont il était l’assistant. Ce poste lui assurait une réputation
établie et une importante clientèle.
À la même époque, un
second événement marqua un tournant inattendu dans la vie de Freud. Il
posa sa candidature à la faculté de médecine qui attribuait annuellement
une bourse de voyage en l’honneur du jubilé de l’université. Freud fut
cette fois encore nommé grâce à l’intervention énergique de son ami
Joseph Breuer.
Dans le cadre de ses
consultations privées, Breuer avait en charge une patiente entrée plus
tard dans la littérature médicale sous le nom d’"Anna O."
(dont on sait aujourd’hui qu’il s'agissait de Bertha
Pappenheim, célèbre militante en faveur des droits de la femme). Breuer confia à
Freud que lorsque sa patiente se trouva en état d’hypnose, elle se
souvint de tous les détails de la situation originelle dans laquelle ses
symptômes hystériques étaient apparus. Elle libéra à ce moment-là ses
affects jadis réprimés, ce qui fit disparaître ses symptômes. Freud fut
très impressionné par ce cas.
Il se rendit à Paris
dès l’obtention de sa bourse, en 1885, et y séjourna plusieurs
mois. Il
travaillait à la Salpêtrière où enseignait Jean-Martin Charcot, le plus
célèbre neuropathologiste de l’époque. Charcot avait réussi déjà à
cette époque à donner sa place dans le milieu scientifique médical à une
certaine forme de névrose la plus répandue à l’époque. Il avait
démontré aussi que les manifestations sous hypnose avaient un caractère
de réalité et avait introduit un ordre de classification clinique à la
symptomatologie hystérique. En démontrant que les symptômes hystériques
pouvaient être produits sous hypnose, il indiquait la voie pour l’étude
de leur genèse.
Freud tenta de rapporter
à Charcot le cas d’Anna O. mais ce dernier n’y prêta pas une attention
particulière.
À son retour à Vienne,
Freud traduisit "Les leçons du Mardi" de Jean-Martin Charcot et
le 15 octobre 1886, il donna une conférence sur l’hystérie
masculine à la Société des médecins de Vienne. L’accueil fut
hostile, on estima que Freud attribuait à Charcot la paternité de notions
déjà connues à Vienne.
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* "Sur l’origine des racines
nerveuses postérieures de la moelle épinière de l’Ammocète",
1876.
"Paralysies cérébrales
infantiles", 1897.
"Contribution à la conception des
aphasies", 1891.
»»»Les fondements théoriques, 1886-1900

Les années
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