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Les fondements théoriques

1886-1900

La psychanalyse -- Section Freud -- Chronologie 

Ce texte a été rédigé grâce à une collaboration de Camille Genton

1886, Freud a 30 ans

 

reud ouvrit son cabinet privé au 7 Rathausstrasse. Alors spécialisé en neuropathologie, il utilisait les méthodes les plus répandues à l’époque: électrothérapie, massages, hydrothérapie. Trois après midi par semaine, il travaillait comme neurologue à la clinique de pédiatrie du Professeur Max Kassowitz, un épisode de sa vie souvent méconnu qui le plaça en contact avec de nombreux enfants dont il pu faire l'observation.

   Freud épousa Martha Bernays le 14 septembre 1886, après quatre années de fiançailles durant lesquelles Freud avait énormément travaillé sans entrevoir véritablement d’issue à ses difficultés financières. Heureusement pour le couple, une tante de la fiancée leur permit de fonder leur foyer en leur offrant une confortable somme d’argent.

   Martha était née près d’Hambourg, issue d’une famille juive allemande très cultivée. Son grand père, Chacham Isaac Bernays, était grand rabbin de la communauté de Hambourg. Deux de ses oncles étaient aussi des personnages connus. Le premier, Jacob, enseignait le grec à l’université de Bonn et certains de ces travaux sur Aristote furent publiés et attirèrent l’attention. Le second, Michael enseignait l’histoire de la littérature allemande à Munich où Louis II de Bavière avait fondé une chair spécialement pour lui.

   Le père de Martha, Berman, était arrivé à Vienne en 1868 où il mourut 10 ans plus tard en laissant sa famille sans ressources. Sa mère, Emmeline, était d’origine scandinave, juive orthodoxe. Elle décida de repartir pour Hambourg à la mort de son mari, imposant ainsi à Martha et à Sigmund une intolérable séparation qui dura les quatre années de leurs fiançailles.

   Ce mariage marqua donc la fin des années difficiles pour Freud qui pu vivre dorénavant auprès de sa bien aimée. Un an plus tard, leur premier enfant vint au monde, Mathilde, dont le prénom fut choisi en l’honneur de la femme de Joseph Breuer. Freud et sa femme auront encore cinq autres enfants: Jean-Martin reçut le prénom de Charcot, il naquit le 7 décembre 1889. Olivier, le troisième, reçut le prénom de Cromwell, il vint au monde le 19 février 1891. Ernst ensuite reçut le prénom de von Brücke, il naquit le 6 avril 1892. La seconde fille, Sophie (la sagesse), naquit le 12 avril 1893 et la dernière, Anna, 2 ans plus tard, le 3 décembre 1895. Anna, qui eut le destin particulier de veiller sur son illustre père et de continuer son oeuvre, fut prénommée ainsi en l'honneur d'une patiente de Freud, Anna Lichtheim. Eut-elle été garçon qu'elle eut reçu le prénom de Wilhelm, en honneur à Fliess, grand ami de Freud à l'époque et dont nous aurons à préciser le rôle dans l'élaboration de la psychanalyse.

   En 1888, un an et demi après avoir ouvert son cabinet, Freud put entièrement subvenir aux besoins de sa famille et semblait assuré de son avenir professionnel. Cependant, il n’était pas satisfait par son exercice médical, les promesses de guérisons des manuels de médecine n’aboutissaient généralement à rien et il décida alors d’utiliser l’hypnose qui commençait à se populariser. Freud se rendit à Nancy afin de perfectionner ses techniques d’hypnose chez Auguste Ambroise Liébault, fondateur de l’école de Nancy, haut lieu de la thérapie dynamique et chez Hippolyte Bernheim . Mais les résultats ne furent pas concluants, Freud trouvant révoltant les reproches adressés aux patients résistants à l'effet qu'ils s'autosuggestionnaient.

   C’est alors que Joseph Breuer devint un personnage clé dans la vie de Freud bien qu’ils étaient amis déjà depuis plusieurs années. Breuer avait toujours soutenu Freud et ils avaient pour habitude de mettre tous leurs intérêts scientifiques en commun.

   Freud décida, face à ses échecs thérapeutiques répétés, d’utiliser la méthode "cathartique" que Breuer avait inauguré avec le cas d’Anna O. Freud connut dès lors des succès surprenant qu’il publia avec Breuer en même temps que la biographie clinique d’Anna O. dans "Études sur l’hystérie" en 1895. Ce livre fut le point de départ de la psychanalyse. On y trouve déjà l’idée freudienne de défense du sujet contre une représentation "insupportable". Le terme de "Talking cure", proposé par Anna O., est pour la première fois utilisé.

   Cependant, Breuer n’avait appliqué sa méthode qu’à une seule patiente, et d'ailleurs un peu malgré lui, alors que Freud en avait fait la méthode exclusive de traitement dans sa clientèle privée. Aussi, Freud découvrit que la formation des symptômes psycho-névrotiques trouvait le plus souvent son origine dans le domaine sexuel. Breuer accueillit cette idée avec une certaine réticence, qui commença d'éloigner les deux hommes. C’est également à ce moment-là que Freud conçut la notion de "transfert" après réflexion sur l’interruption brutale du traitement d’Anna O. par Breuer.

   Le cas d'Anna O. fait partie des mythes fondateurs de la psychanalyse. Nous savons toutefois depuis les rigoureux travaux de Henri F. Ellenberger puis de Albrecht Hirschmüller que les différents récits du cas rapportés par Breuer, Freud ou les nombreux biographes freudiens contiennent plusieurs inexactitudes. La guérison de la patiente (qui conserva longtemps des symptômes), la nature du traitement (elle reçut du chloral et de la morphine) et les récits fantaisistes des manifestations transférentielles de la patiente, sont autant de points qui furent remis en question.

   Dans un autre ordre d'idée, rencontré pour la première fois en 1887, Wilhelm Fliess a joué un rôle essentiel dans l'élaboration de la pensée freudienne au cours des années 1890. Cet oto-rhino-laryngologiste berlinois prit beaucoup d’importance dans la vie de Freud à cette époque. Passionné de biologie générale, Fliess s’était fait  connaître pour avoir découvert le rôle de la périodicité dans la vie organique ainsi qu’une théorie de la bisexualité. Cet homme captivant, à l'esprit parfois assez fantaisiste, impressionnait beaucoup Freud. Ce qui découlait de sa théorie de la bisexualité était que l’organisme et la vie psychique contenaient des éléments des sexes opposés.

   Les deux amis échangèrent de nombreuses lettres, celles de Freud furent conservées et sauvées de la destruction par Marie Bonaparte . Elles furent publiées au cours des années cinquante sous le nom de "Naissance de la psychanalyse". Ces lettres sont d'une grande importance car elles permettent de suivre dans le détail le cheminement de Freud au moment même où il élabore les bases de sa pensée.

   C'est d'ailleurs à Fliess que Freud soumet, en septembre 1895, son projet d’une psychologie, un manuscrit fondamental qui nous montre Freud au travail, essayant de théoriser sa conception du psychisme sans qu'il ne soit contraint à la prudence propre à un texte voué à la publication. On retrouve dans le projet un grand nombre de notions qui seront théorisées plus tard.

1896, Freud a 40 ans

La deuxième moitié de la dernière décennie du dix-neuvième siècle est probablement la période la plus importante de l'histoire de la psychanalyse. Après de brillantes études et un début de carrière prometteur mais somme toute assez banal, Freud avait commencé à s'intéresser, à la fin des années quatre-vingt, à l'importance des facteurs sexuels dans la psychopathologie, ce que plusieurs autres praticiens de l'époque avaient déjà remarqué. Le génie de Freud sera de passer de la sexualité au domaine de la psychosexualité et de la pathologie à la vie psychique dans son ensemble.

   Dans "l’Hérédité et l’étiologie des névroses", publié en français en 1896 dans la Revue Neurologique, Freud affirma: "l’expérience de la passivité sexuelle avant la puberté, telle est donc l’étiologie spécifique de l’hystérie", le terme de psychanalyse est employé dans ce texte pour la première fois.

   En avril 1896, Freud donna une conférence sur l’étiologie de l’hystérie à l’Association pour la Neurologie et la Psychiatrie de Vienne. Il y présenta sa "théorie de la séduction" qu’il abandonna un an après. Richard von Krafft-Ebing qualifia son approche de "conte de fée scientifique". Sa position doctrinale était alors centrée sur la théorie du noyau pathogène constitué dans l’enfance par un trauma sexuel réel résultant de la séduction par un adulte. Le symptôme devenait la conséquence du refoulement des représentations "insupportables" constituant ce noyau. Le traitement consistait à ramener le refoulé à la conscience afin de faire disparaître le symptôme.

   Son exposé sur les théories de Charcot à son retour de Paris, dix ans auparavant, avait beaucoup nuit à la réputation de Freud. Depuis, Meynert lui refusait l’accès à son laboratoire et à l’hôpital général, son ancien professeur Scholz refusait de mettre à sa disposition le matériel nécessaire pour ses conférences. De plus, son intérêt récent pour les questions d’ordre sexuel attirait beaucoup de méfiance à son égard et le vide ne tarda pas à se faire rapidement autour de lui. On ne lui envoyait plus de patients et les difficultés financières ne tardèrent pas à réapparaître.

   Le cours des événements allait bientôt changer radicalement. Vers 1895, Freud avait commencé peu à peu un travail d'auto-analyse en s'interrogeant sur ses propres productions psychiques à la lumière de ce qu'il mettait à jour chez ses patients. Aussi, lorsque le 23 octobre 1896 mourut le père de Freud, celui-ci porta une attention particulière au contenu de ses rêves. Au fil des mois qui suivirent, Freud présenta divers symptômes révélant la présence d'une importante angoisse. C'est alors qu'il se livra à une intensification de son travail d'auto-analyse qui dura du 22 juin au 14 novembre 1897. Ces quelques mois lui permettront de soulager ses angoisses et, surtout, de poser les pierres d'assises de toute la psychanalyse: l'abandon de la théorie de la séduction (disant que l'abus sexuel réel de l'enfance est à la source de toute névrose) et l'élaboration du complexe d'Oedipe.

   C’est dans une lettre à Wilhelm Fliess que Freud en fait cas en premier, au travers de son interprétation de la pièce de Sophocle "Œdipe roi", il écrivit: "Chaque auditeur fut un jour en germe, en imagination, Œdipe". La théorie de l’Œdipe fut, à l’origine, développée au sujet des enfants mâles et son application mutatis mutandis au développement de la petite fille fera couler beaucoup d'encre.

   L'auto-analyse, en tant que moment fondateur de la psychanalyse, a été l'objet de plusieurs études et interprétations. Presque tous s'entendent sur l'importance du rôle de Fliess en tant que support du transfert et sur l'utilisation de la correspondance comme lieu de rencontre. À partir de ses sentiments passionnels éprouvés envers Fliess et au moyen de l'interprétation par Freud de ses propres rêves (ce qui deviendra la base du livre de 1900 sur les rêves), le père de la psychanalyse opéra une coupure épistémologique majeure en mettant en évidence l'importance de l'inconscient non seulement dans la psychopathologie mais dans l'ensemble de la vie psychique. Désormais, l'homme ne pouvait plus se prétendre maître de lui-même.

   Il s’intéressa ensuite aux rêves. Il avait remarqué que ses patients lui parlaient souvent de leurs rêves et que ceux-ci semblaient avoir une relation étroite avec leurs symptômes. Dans une autre lettre à Wilhelm Fliess en 1896, Freud employa pour la première fois le terme d’"appareil psychique" et ses trois composants: conscient, préconscient, inconscient.

   Parallèlement à son auto-analyse, Freud  abandonna la technique "cathartique" ainsi que  l’hypnose et la suggestion et inaugura la technique de la libre association et de son pendant chez l'analyste, l'attention en égal suspens. 

   En juillet 1899, Freud termina "L’interprétation des rêves", peut-être son livre le plus important. Portant à la fois le fruit de son auto-analyse et les fondements théoriques de la psychanalyse, ce livre occupe une place toute particulière dans l'histoire de la psychanalyse et dans celle de l'étude du psychisme humain.

   Avec la publication de "L’interprétation des rêves", les fondements théoriques de la psychanalyse étaient enfin posés et cette jeune science allait pouvoir se développer.

Principales oeuvres de Freud publiées pendant cette période

1891: Contribution à la conception des aphasies
1895: Études sur l'hystérie.
1895: Projet d'une psychologie (Esquisse d'une psychologie scientifique)
1900: L'interprétation des rêves

»»»La maturité, 1900-1916

 

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