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Les
ombres de l'angoisse
La peur
d'être vivant
par Christian
Jeanclaude |
La psychanalyse
-- Le bouquineur
Christian Jeanclaude (2005). Les
ombres de l'angoisse. La
peur d'être vivant,
Bruxelles, De Boeck Université. 154 pages.
Couverture et endos du livre:
Après son livre Freud et la question
de l'angoisse (De Boeck, 2003), dans lequel le rôle capital de cet
affect comme motif essentiel des conduites humaines est mis à jour,
l'auteur élargit dans Les ombres de l'angoisse l'exploration de
cet affect en repérant cette fois-ci les effets de l'angoisse dans
la fabrication de symptômes et les impasses vitales ainsi créées
qui se traduisent par une peur d'être vivant.
Les ombres de l'angoisse sont pour
l'essentiel des désirs camouflés (inconscients, donc dans
l'ombre) qui s'expriment sous la forme de symptômes.
La fuite vers les ombres est une
impasse quant au mouvement vital d'une personne: cette vaine tentative d'échapper
au désir (s'organiser une vie immobile pour n'avoir rien à savoir de
son désir) dans l'espoir de se soustraire à l'angoisse est un marché de
dupe. Il s'agit en effet de s'interroger sur le prix exorbitant à payer
pour ce leurre qui n'est ni plus ni moins qu'un renoncement à être.
Renoncer à soi-même pour une illusion de tranquillité souvent au
mépris de l'évidence (par exemple des symptômes très invalidants mais
le plus souvent une aliénation qui, sans être spectaculaire, n'en est
pas moins mortifère)! Étrange conduite que de préférer être
«mort» plutôt que vivant!
Cette peur inconsciente d'exister
semble facilitée dans notre monde apeurant de compétition sévère où
seul le commerce (y compris des personnes!) et la passion perverse pour
l'argent semblent être l'unique référence d'organisation de notre
société. Où précisément la tendance spontanée de l'être humain à
l'aliénation -- la fuite devant l'angoisse, donc la
névrose, est la pente «naturelle» de l'homme -- est
exploitée au profit de cette machine insensée à fabriquer du
vide qu'est le cycle production-consommation.
Des formes d'angoisse de plus en plus
paralysantes s'éprouvent dans notre monde technologique.
Au lieu de nier cette angoisse, ne
serait-il pas plus intelligent de l'entendre et d'en traduire le message?
Ce livre intéressera les psychanalystes,
psychiatres, psychologues et psychothérapeutes, ainsi que tous les
professionnels de la relation. Écrit dans un style efficace et d'une
lecture aisée, ce livre s'adresse également à un public plus large, qui
se sent concerné par les débats de société.
Commentaire:
Christian Jeanclaude avait
créé une surprise (agréable faut-il le rappeler) en publiant Freud et la question
de l'angoisse en 2003. Il offre maintenant au lecteur un livre qui
constitue une sorte de suite à cette oeuvre théorique. Dans Les
ombres de l'angoisse, l'auteur s'attache plus directement à la
question clinique du rôle de l'angoisse dans la formation des symptômes,
ou plus précisément, des destins de l'angoisse dans la vie quotidienne.
Il n'hésite pas à confronter sa pensée aux divers aspects de la
réalité clinique et à la vie quotidienne. Le résultat de l'exercice
est intéressant et riche d'enseignements.
L'écriture de Christian
Jeanclaude est simple, efficace et agréable, laissant surtout s'exprimer
ses idées sans les artifices souvent trompeurs d'un style hermétique. Il
est difficile de prévoir le sort que réservera l'avenir aux idées qu'il
a élaborées. L'angoisse est un sujet complexe sur lequel tous ne
s'entendent pas. Il est douteux de penser qu'un auteur pourra faire
l'unanimité. Jusqu'ici, l'accueil réservé aux travaux de Christian
Jeanclaude est toutefois plutôt favorable.
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