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Le
sadomasochisme ordinaire
par Gabrielle
Rubin |
La psychanalyse
-- Le bouquineur
Gabrielle Rubin (1999). Le
sadomasochisme ordinaire.
Paris, L'Harmattan. 202 pages.
Couverture et endos du livre:
Gabrielle
Rubin
nous décrit le sado-masochisme à travers son expression la plus
quotidienne. On constate ici que ce «sado-masochisme moral» régit
nombre de relations de la vie familiale, professionnelle ou amoureuse. La
psychanalyste va à l'encontre des stéréotypes habituels appliqués au
comportement sado-masochiste et défend l'idée que la passivité n'est
pas la caractéristique première du masochisme. Au contraire -- dit-elle
-- «le masochisme de l'un est capable de contraindre le sadisme de
l'autre». Ainsi la formation d'un tel couple n'est pas due au hasard mais
bien à la conséquence de l'emprise qu'exerce l'un des partenaires sur
l'autre.
La présence du
masochisme de l'un n'est toutefois pas indispensable pour que le sadisme
de l'autre soit réactivé, car le même mécanisme se met en place
lorsqu'une personne ou un groupe se trouvent dans ce que l'auteur nomme
une «position masochiste», c'est-à-dire une position de forte
subordination. Pour qu'une position masochiste s'actualise, il faut
cependant que s'y ajoute la présence d'un sadique avéré qui serve de
modèle d'identification.
En prenant un
exemple extrême, on voit que le sadisme des nazis a pu se donner libre
cours parce qu'on avait préalablement mis les Juif, les Tziganes, les
homosexuels etc. en position d'infériorité; c'est ce qui a permis de réactiver
la pulsion sadique des citoyens ordinaires qui, identifiés aux bourreaux,
sont devenus leurs complices.
Gabrielle Rubin
met en lumière l'importance et la responsabilité des modèles
d'identification, celle notamment des penseurs et des dirigeants mais
aussi celle de chaque individu qui, par un travail psychique sur lui-même,
peut modifier profondément son existence.
Commentaire:
Le sadomasochisme évoque
généralement l'idée sulfureuse de la grande perversion et des pratiques
érotiques inhabituelles. Mais qu'en est-il de ces deux tendances dans la
vie de tous les jours, chez les gens ordinaires? C'est à répondre à
cette question que s'applique Gabrielle Rubin dans ce livre où elle
n'hésite pas à aborder des sujets aussi délicats que l'holocauste pour
montrer combien les aspects sadiques mais aussi masochistes ont joué un
rôle considérable dans le déroulement de cet événement.
Gabrielle Rubin exploite
surtout la thèse de l'emprise exercée, au delà des apparences, par le
masochiste sur le sadique, remettant en question sa passivité. Elle
cherche surtout à démontrer l'importance du sadomasochisme dans la vie
quotidienne, tant au travail que dans la vie familiale ou dans le couple.
Elle en aborde les implications sociales et même politiques dans des
chapitres dignes d'intérêt qui nous sortent de notre cabinet et nous
forcent à prendre un recul face à la société dans laquelle nous
exerçons.
Le psychanalyste sera sans
doute sensible à la place qu'a prise ce concept dans la métapsychologie,
surtout après le virage de 1920 qui a vu l'introduction dans la pensée
freudienne de la pulsion de mort. C'est, pour l'essentiel, par le biais du
masochisme que s'élabore la vie psychique, ce qui a amené Benno
Rosenberg dans son ouvrage classique sur le sujet à parler d'un
masochisme gardien de la vie.
Le livre de Gabrielle
Rubin a l'immense mérite de nous plonger au coeur même de la vie
quotidienne et de montrer comment des concepts tels que le sadomasochisme
permettent de mieux comprendre le cours des événements. Un livre utile
et soigneusement conçu.
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