|
|
Cannibalisme
psychique et obésité
par Gabrielle
Rubin |
La psychanalyse
-- Le bouquineur
Gabrielle Rubin (1997). Cannibalisme
psychique et obésité.
Lausanne, Delachaux et Niestlé. 352 pages.
Couverture et endos du livre:
Freud introduisit la notion de cannibalisme psychique dès 1905 en la résumant
ainsi : « Je veux manger cela ou je veux le cracher » ou encore: «
Je veux introduire ceci en moi et exclure cela de moi ». C'est un cas
particulier d'incorporation qui est ici étudié, celui où le sujet a
incorporé (et non intériorisé) son Objet perdu de façon si concrète
qu'il est obligé, sans le savoir, de nourrir cet objet et donc de manger
pour deux. De cette obligation naît une obésité qu'on ne peut réduire
tant que sa cause profonde n'a pas été dévoilée. Les cas cliniques
rapportés montrent qu'il s'agit de deuils (réels ou fantasmatiques)
impossibles à mener à terme. L'Objet dont la perte est niée est parfois
celui du patient et parfois un Objet transgénérationnel, c'est-à-dire
dont le sujet a été chargé par un parent ou un aïeul. Une première
partie donne des éléments théoriques sur le cannibalisme psychique, le
deuil, la transmission transgénérationnelle et la boulimie. La deuxième
partie concerne les implications psychiques du cannibalisme « vrai ».
Enfin, la troisième partie expose la clinique de cas d'incorporation de
l'objet.
Commentaire:
Cannibalisme psychique et
obésité est un livre profondément ancré dans la clinique, comme il
s'en fait somme toute assez peu. L'auteur, Gabrielle Rubin, y soutient une
thèse originale quant à certains cas de surcharge pondérale. Elle
rapporte trois cas d'analyse de patients présentant un problème
d'obésité, dont un qu'elle expose avec suffisamment de détails pour
permettre au lecteur de bien prendre la mesure des idées qu'elle avance.
L'idée principale du
livre est de démontrer que dans ces cas qui ne correspondent aucunement
aux descriptions des troubles alimentaires généralement étudiés
(anorexie et boulimie), un "hôte" est hébergé à l'insu du
sujet de façon si concrète qu'il l'oblige littéralement à manger pour
deux. Cet objet incorporé est le résultat d'un deuil impossible, parfois
provenant d'une génération antérieure, et échappe à la vie psychique
et donc longtemps au travail de l'analyse. L'origine traumatique de cet
état de faits est étudié par l'auteur qui revoit, au passage, les
notions de deuil et d'identification, de même que le phénomène réel du
cannibalisme.
Le livre de Gabrielle Rubin
est très bien fait et l'auteur se montre rigoureuse tant dans ses exposés
cliniques que dans ses développements théoriques.
Le coin du bouquineur
Carte du site |