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Les
trop bonnes mères
par Gabrielle
Rubin |
La psychanalyse
-- Le bouquineur
Gabrielle Rubin (2000). Les
trop bonnes mères.
Paris, L'Harmattan. 158 pages.
Couverture et endos du livre:
Comment une mère peut-elle être trop bonne?
Interroger et remettre en
cause le mythe sacro-saint de la mère admirable n'allait pas de soi, mais
le propre de la psychanalyse n'est-il pas de bousculer les idées reçues?
Or si l'observation nous
montre qu'une mère qui donne tout, qui sacrifie tout pour son enfant sans
rien demander en échange est absolument indispensable pour un nourrisson
et pour un petit enfant, elle nous montre aussi que cette abnégation
absolue doit s'amenuiser au fur et à mesure de la croissance de l'enfant
sous peine de l'empêcher de développer en lui des qualités d'altruisme
et de générosité.
D'un autre côté, si une
mère humaine normale -- tout comme une mère animale d'ailleurs -- est
prête à sacrifier jusqu'à sa vie pour son petit, nulle part on ne voit
un animal devenu adulte se préoccuper du bien-être de ses parents
vieillis; cet amour, cette compassion ne font pas partie de l'inné en
nous, mais ils sont un des acquis les plus précieux de l'humanité.
Il s'agit d'un
apprentissage et si, faute de montrer peu à peu à son enfant que,
contrairement au don sans réciprocité de la relation mère enfant, le
mode de relation des adultes se fonde sur l'échange, une mère
«admirable» ne devra pas s'étonner de voir ses enfants, devenus grands,
ne lui manifester que peu d'attention.
La réciproque est
d'ailleurs vraie, et on peut facilement constater que des mères
exigeantes et peu affectueuses restent bien souvent passionnément aimées
de leurs enfants, comme le montrent de nombreuses biographies dont deux,
celles de Gisèle Halimi, Fritna, et celle de Simenon, Lettre à
ma mère, sont analysées.
Commentaire:
Depuis déjà quelques années Gabrielle Rubin élabore une œuvre qui, tout en s'ancrant solidement dans la pratique clinique, témoigne d'une réflexion théorique originale et novatrice dont le fil rouge concerne probablement la vaste question, fondamentale en psychanalyse, du masochisme.
Elle nous propose ici un livre au titre accrocheur tellement il trouve de résonance dans la vie quotidienne : " Les trop bonnes mères ". L'auteur nous parle avec finesse et intelligence de ces patients, mères trop bonnes ou enfant de telles mères avec qui elle a eu l'occasion de travailler en analyse. D'ailleurs, comme elle nous y a habitué, Gabrielle Rubin étaye régulièrement ses propos sur des exposés de cas et des récits de séances.
Mais, au delà du thème précisément abordé, celui de ces mères qui se sacrifient démesurément pour leurs enfants dans une position masochiste grandiose, c'est justement à une remise en question du masochisme que nous convie l'auteur. Si elle critique l'idée d'un masochisme féminin ( en cela elle n'est pas la seule), c'est pour proposer à la place un concept original, celui de masochisme maternel qui ne manquera pas de soulever bien des discussions animées.
Un livre agréable à lire et qui ouvre de nouveaux horizons à la réflexion.
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