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Lacan: autoportrait

  La psychanalyse -- Textes -- Lacan  : autoportrait.

Ce texte est inédit

Lacan  : autoportrait.

 

Eliane Pons

 

Résumé

A partir des propos tenus par Lacan sur lui même, l'auteur propose un autoportrait de l'homme qui s'est considéré comme le continuateur de Freud. Les facettes de cet autoportrait le font apparaître comme ce qu'il a été, à savoir un maître, mais aussi sous les traits de personnages qu'il aurait aimé être, un poète, ou qu'il se serait efforcé d'être... une femme ! Ce qu'il a dit de lui confirme en grande partie les légendes tissées autour de sa personne. L'auteur met les propos de ce psychanalyste en rapport avec les deux diagnostics qu'il a posé à son sujet, le premier évoquant la psychose et le second l'hystérie.

 

oilà maintenant vingt cinq ans que Lacan est mort (13 avril 1901-9 septembre 1981). Les ouvrages et articles de vulgarisation ne manquent pas où la vie publique et privée du continuateur de Freud ont été commentées par le menu. L'historienne E Roudinesco (1993)1 nous laisse entrevoir dans son analyse du parcours personnel et théorique de Lacan un homme brillant, qui aimait les femmes, les soirées mondaines où l'on danse et se déguise, la vitesse, le modernisme, le changement. François Roustang (1986)2 a dit de lui qu'il ne pouvait "dans sa façon de s'habiller et jusqu'aux formes que prenait son discours être comparé à nul autre". Il est apparu comme un "chaman" voire un "martyr" aux yeux de Catherine Clément (1981)3. Il a été un "clown magnifique" pour L. Althusser (1981)4, un "gourou" pour P. Guyomard (1989)5 un " pitre " selon F. Weyergans (1973)6. On peut aussi le voir avec les yeux de ses filles Judith (1991)7 et Sybille (1994)8 ou bien à travers le regard de celui qui se dit avoir été adopté par lui (G. Haddad 2002)9. Qu'a dit Lacan qui puisse accréditer ces jugements, ces points de vue, ces légendes ? Nous disposons pour cela de la partie publiée de son œuvre, notamment du Séminaire, où Lacan s'est mis en scène pendant vingt huit ans, qui fut le lieu par excellence des constructions lacaniennes au titre desquelles figure Lacan lui-même. Nous savons que l'emploi du " je " ne suffit pas " a faire être " 10 comme il dit et qu'il parle aussi bien de lui et de ses goûts dans des énoncés indirects comme par exemple : "ce monstre de l'accoutumance ce démon de l'habitude" 11. C'est donc les mécanismes identificatoires qui concernent les formations du moi et qui impliquent le narcissisme qui vont occuper le devant de la scène de cet autoportrait.

   Lacan nous a légué une œuvre particulière que l'on peut considérer aussi d'un point de vue littéraire. Littéraire parce qu'elle a, hormis les formules, graphes et schémas qui émaillent certains de ses textes, une structure de fiction. Littéraire aussi car Lacan a fait appel aux poètes et romanciers pour élaborer sa théorie : que l'on songe ici aux seuls Poe, Claudel, Shakespeare, Joyce. Les quelques centaines d'écrivains, philosophes, essayistes, recensés par Lecuru (1994) 12 dans son index des noms propres cités par Lacan, l'inventaire que fait E. Roudinesco (2005) 13 dans son article " La liste de Lacan, inventaire des choses disparues ", des noms d'auteurs des quelques centaines de milliers d'ouvrages des six bibliothèques que Lacan possédait dans ses différents lieux de travail nous donnent une idée de l'ampleur de sa culture. A eux seuls, ces chiffres montrent l'importance de sa pulsion épistémophilique, son goût pour la possession et le fait de collectionner. Sa passion du livre était manifeste : Lacan exhortait ses élèves à lire plus qu'à suivre son Séminaire. Il lui arrivait de gémir lorsqu'il n'avait pas le livre désiré en temps voulu. Dans son Séminaire " Le désir et son interprétation " (1958-1958) il dit qu'un ami lui a procuré le livre de Jones après lequel il "gémissait dans son perfectionnisme" 14 Il leur faisait subir un sort tout à fait spécial : il les triturait par le menu, en extrayait le suc pour en nourrir son Séminaire ou ses textes. Il se décrit ainsi face au bouquin de Litton Strakey sur la reine Victoria paru sous la forme d'un Pinguin book : " pour en faire quelque chose qui entre dans mon discours, il faudrait que je le triture, que je l'essore, que j'en sorte un jus, et je n'en ai pas le temps " 15. Lacan était très ambivalent par rapport à ses propres textes. Il ne se retournait jamais sur ce qu'il avait proféré " sans tremblement " 16. Il avait peur de se relire mais il adorait être lu. Ainsi aux journées d'études organisées par son École en 1975 il se dit " heureux comme un poisson dans l'eau " parce que " tout le monde disait des choses qui prouvaient qu'on l'avait lu " 17. Ce qui le ravissait, c'était de constater qu'il existait bien en tant que texte pour ses disciples.

   Littéraire son œuvre l'est aussi par sa forme, notamment par l'emploi qu'il a fait de la rhétorique et cela dans les trois acceptations qu'en donne le Petit Robert ; comme art de bien parler, comme moyen d'expression et de persuasion, comme éloquence déclamatoire. Au point que, dans sa " Première lettre adressée par Jacques Alain Miller à l'opinion éclairée" datée du 3 septembre 2001, 18, le gendre de Lacan s'est indigné que le nom de Lacan n'ai pas été cité dans la somme que constitue " L' Histoire de la rhétorique dans l'Europe moderne " dirigé par Marc Fumaroli et parue aux PUF en 1999. Mais sa prose, qui se donne pour objet de décrire l'expérience analytique, diffère sur un point essentiel par rapport à tous les poèmes, romans, ou fictions jusque là publiés car elle est, comme celle de Freud, contrainte par un objectif : celui de rendre le lecteur sensible à l'inconscient. L'inconscient et le langage ont des structures affines : de ce point de vue, il y a un inconscient du texte, cela vaut aussi pour les textes de Lacan. Lacan lui-même nous a fait part d'un lapsus orthographique dans " Encore " : il a écrit à une femme "tu ne sauras jamais combien je t'ai aimé-é au lieu de ée-" 19. Mais il est hors de question d'espérer lire dans ses texte un quelconque message codé. Il est par contre possible de relever les signifiants qui insistent et de repérer les réseaux dans lesquels ils s'insèrent.

   Lacan nous a fait part de ce qu'il a été, un maître adulé par certains, contesté par d'autres, mais aussi et surtout un lecteur : " Je suis celui qui a lu Freud " a-t-il déclaré en 1966 à Pierre Daix 20 qui l'interviewait pour Les Lettres Françaises. On ne peut qu'être sensible à l'accent messianique du " Je suis celui " qui fait allusion à la figure du Christ. Cette allusion s'est précisée au cours de son séminaire " le Sinthome " où il se reconnaît artiste au même titre que Joyce. Ainsi a t-il dit parlant de lui à la séance du 9 décembre 1976 : " Je pars de ma condition qui est celle d'apporter à l'homme ce que l'Écriture énonce comme non pas une aide à lui mais une aide contre lui. De cette condition j'essaye de me repérer" 21.De même il déclarait à la séance du 13 janvier de cette même année que " C'est pas Dieu qui a commis ce truc qu'on appelle l'univers. On impute à Dieu ce qui est l'affaire de l'artiste... ". Il a déclaré plus ouvertement ce qu'il aurait aimé être : un poète, du texte, une femme.

Un maître :

   Lacan s'est reconnu dans la figure du maître : "... lisez Salomon, c'est le maître des maîtres, c'est le senti-maître un type dans mon genre " 22 . Salomon, le fils et successeur de David, célèbre pour sa sagesse et pour avoir amené la puissance d'Israël à son apogée ! Songeons ici à son fameux " Je fonde " par lequel il établit le 21 juin 1964 l'École Française de Psychanalyse. Deux signifiants sont mis en évidence : le "je fonde" - "Je fonde aussi seul que je l'ai toujours été dans ma relation à la cause psychanalytique - l'École Française de Psychanalyse" 23 et le "Je pose" qui inaugure le fonctionnement interne de l'École. Placés en début de l'article pour l'un, en début de phrase pour l'autre, ces deux verbes dénotent l'aspect solennel que Lacan veut conférer à cet acte. Lacan a été un maître qui ne ménageait guère son public. Voici comment il lui arrive de traiter un de ses auditeurs qui lui avait rendu visite après une séance de son séminaire : "Il y a un type qui est venu me voir à la suite de ça, un de mes élèves, quelqu'un qui avait suivi le séminaire sur l'angoisse... je l'ai enguelé; je l'ai même foutu dehors avec des mots injurieux... Vous voyez comment sont les choses. Les choses sont faites de drôleries" 24. Lacan est un maître qui use et abuse de l'ironie. Il ricane à l'instar de Joyce lorsqu'il parle de son héros Stephen ; il " jaspine " 25 selon sa propre expression. Il aime railler, " persifler " 26 au propre comme au figuré "je crois qu'il faut parfois faire le compte de l'ironie dans ce que je dis" dit-il à un psychanalyste belge (monsieur Jorion) qui lui posait une question 27 . Il prend par exemple une voix de fausset pour répondre à une étudiante, et use, comme il sait le faire, de sa voix aiguë pour dire à l'assemblée des étudiants réunie à Vincennes "qu'il est libéral comme tout le monde" 28.

   Lacan avouait ne " pouvoir dialoguer qu'avec quelqu'un qu'il avait fabriqué à le comprendre au niveau où il parle " 29. Est-ce à dire, dans un certain sens, avec quelqu'un qu'il aurait fabriqué à son image ? L'image qu'il donnait à voir en tous cas n'évoquait pas toujours la gentillesse (cf. ses diatribes avec les analystes anglo-saxons)malgré que Lacan se soit prétendu "gentil" : "J'ai gentiment (gentil comme je le suis toujours)..." 30. Gentils, ses élèves le sont aussi, par antiphrase, comme le laisse penser cette appréciation faite dans " Interview à la Radio Télévision Belge " (1966) "Mes élèves sont bien gentils, ils en rient sous cape... J'engendre des esprits bienveillants (hum)" 31. Voici une série de conseils qu'il donne à ses élèves sur la façon dont ils doivent se comporter en tant qu'analystes : "Il n'y a pas un seul discours où le semblant ne mène le jeu. Alors soyez plus détendus, plus naturels, quand vous recevez quelqu'un qui vient vous demander une analyse. Ne vous sentez pas si obligés de vous pousser au col. Même comme bouffons vous êtes justifiés d'être. Vous n'avez qu'a regarder ma télévision. Je suis un clown. Prenez exemple là dessus et ne m'imitez pas ! Le sérieux qui m'anime c'est la série que vous constituez. Vous ne pouvez pas à la fois en être et l'être" 32.

   Il s'étonnait toujours que son public soit si nombreux et le regrettait. Il s'est exclamé à la Conférence de presse du 29 octobre 1974 donnée au centre culturel français : "Ce qui m'étonne le plus, c'est d'en avoir encore autant à mes côtés, parce que je ne peux pas dire que j'aie rien fait pour les retenir. Je ne suis pas agrippé à leurs basques. Je ne redoute pas du tout que les gens partent. Au contraire, ça me soulage quand ils s'en vont"33. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'aime pas que ses élèves le suivent envers et contre tout. Leur fidélité l'ennuie mais il se contredit dans un autre texte ou il dit qu'il apprécie le "soutien et la fidélité" d'un certain nombre de gens 34.

   On ne saurait s'étonner que le maître ne soit pas toujours déférent par rapport au fondateur de la psychanalyse. La relation de Lacan à Freud a suffisamment été explorée par P. Julien (1990)35, J. Nassif (2004) 36, E. Porge (2004) 37, Lecuru (1994) pour que nous ne nous attardions pas sur le sujet. Nous mettrons seulement l'accent sur un aspect révélateur de son attitude. Lacan ne cesse de faire l'éloge de Freud - son retour en est déjà un - et certains passages de ses textes sonnent indubitablement comme des chants d'amour, notamment celui-ci : " Qui a interrogé aussi intrépidement que ce clinicien attaché au terre à terre de la souffrance la vie sur son sens, et non pour dire qu'elle n'en a pas, façon commode de s'en laver les mains, mais quelle n'en a qu'un, où le désir est porté par la mort ? Homme de désir qu'il a suivi contre son gré dans les chemins ou il se mire dans le sentir, le dominer et le savoir, mais dont il a su dévoiler lui seul, comme un initié aux défunts mystères, le signifiant sans pair : ce phallus dont le recevoir et le donner sont pour le névrosé également impossible... " 38. Cela ne l'empêchait pas de le mettre à l'épreuve, voire de lui jouer un mauvais tour en lui glissant " une peau de banane sous le pied pour voir comment il s'en est débrouillé "39 à propos, par exemple, de la théorisation qu'il fait au sujet du réel du symbolique et de l'imaginaire. Ce retour à Freud peut apparaître comme le détour obligé pour fonder une nouvelle approche qui soit au plus prés de l'objet dont elle prétend rendre compte et servir de prétexte à un remaniement de la théorie et de la pratique analytique. Bref, comme un exercice où l'élève supplante le maître. Lacan le dit lui-même sans ambages dans son " Ouverture à la section clinique " en 1977 : " Si j'ai parlé de retour à Freud c'est pour qu'on se convainque d'à quel point c'est boiteux....L'inconscient n'est pas de Freud il faut bien que je le dise il est de Lacan " 40.

Un poète :

   Lacan s'est en effet reconnu et présenté en 1956 sous la figure du poète espagnol Gongora : " ..le Gongora de la psychanalyse, à ce qu'on dit pour vous servir " 41. A ce nom propre a été attaché, par dérivation, le sens de préciosité, de recherche au niveau du style, par extension, l'expression d'un certain maniérisme, tous traits qui concernent Lacan.

   En tous cas ces deux strophes du sonnet "Hiatus irrationalis" écrit en 1922 et réédité en 1977 dans le numéro 121 du Magazine littéraire, montre que son choix de Gongora de la psychanalyse est judicieux :

"Mais, sitôt que tout verbe a péri dans ma gorge,
Choses, que vous naissiez du sang ou de la forge,
Nature,-je me perds au flux d'un élément : Celui qui couve en moi, le même vous soulève,
Formes, que coule en vous la sueur ou la sève, C'est le feu qui me fait votre immortel amant".

Mais il a aussi récusé cette identité d'homme de lettres dans son introduction, en 1968, au numéro un de la revue " Scilicet ".

Du texte :

   Plus qu'a un poète, Lacan s'est identifié à du texte. Ainsi écrit -il dans la préface de l'édition anglaise des " Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse ": " Je ne suis pas un poète mais un poème. Et qui s'écrit, malgré qu'il ait l'air d'être sujet " 42. Car, en effet, comme il le dit au début de son poème de 1922, la gorge, organe de la parole, se perd dans la nature comme le sujet. Le texte reste. Erik Porge (2005) 43 interprète cette déclaration en faisant remarquer que le poète est engendré par ses œuvres et que " la poésie doit sa qualité à l'effacement du nom propre ". Lacan partageait cette idée et prenait comme une punition le fait que l'on parle de lui et non de ses textes : " quand je m'oublie au point de p'oublier, c'est à dire de tout-blier- il y a du tout là dedans - je mérite d'écoper que ce soit de moi dont on parle, et pas du tout de mon livre " 44. Lacan n'était pas d'ailleurs " spécialement fier " de son nom 45 . Le jeu de mots qu'il fait à propos de son nom de famille à la fin de la séance du 10 février 1976 de son Séminaire " Le sinthome " porte la marque de la dérision : " Vous devez en avoir votre claque, et même votre jaclaque, puisqu'aussi bien j'y ajouterai un han !qui sera l'expression de soulagement que j'éprouve a avoir parcouru aujourd'hui ce chemin. Je réduis ainsi mon nom propre au nom le plus commun " 46. L'homophonie fait entendre la claque (le coup donné ou reçu mais aussi les applaudissements du public : la claque). De même l'homonyme que Jacques Lacan se donne dans ce même séminaire, ce " Jules Lacue " dont la prononciation en langue anglaise évoque selon lui " la queue " témoigne bien du fait qu'il se moque de lui-même. Lacan ironisait au sujet de son nom et désirait en même temps qu'il passe à la postérité. En effet, Lacan a considéré que son nom, rejeté de l'ordre symbolique par l'équipe dirigeante de l'Association psychanalytique Internationale, ne pouvait que réapparaître dans le réel. C'est pourquoi il lui est apparu " impossible " de retirer sa signature dans la revue qu'il a fondée, " Scilicet " et qui ne publiait que des textes anonymes. Le réel de l'écriture a là pour fonction de faire que ce nom devienne une trace ineffaçable où se lit le désir de persister.

   Lacan aurait-il aimé avoir un nom plus prestigieux ? Le fait qu'il associe sa tâche à la tâche divine nous fait répondre oui, oui aussi lorsqu'il souhaite que son nom s'efface derrière l'écriture. Car l'écriture apparaît comme une manifestation de la puissance divine. En effet, certaines de ses associations établissent un lien entre sa personne, Dieu et l'écriture. Dès 72-73 dans son Séminaire " Encore " Lacan a dit son désir d'amener les gens " à la première des lettres , celle à laquelle il se limite, le lettre A -d'ailleurs la Bible ne commence qu'a la lettre B, elle a laissé la lettre A pour que je m'en charge "47. Lorsqu' il dit à la page 97 de ce même texte se ranger " du coté du baroque ", ce n'est pas pour faire allusion au style artistique du même nom, mais à " la petite histoire du Christ ". Sa passion pour les lettres nous ramène de l'écriture à l'Écriture comme le laisse à penser cette déclaration quelques années plus tard : " Que la lumière soit et la lumière fût il est proprement incroyable que cela fasse d'abord son entrée dans l'Écriture " 48. Être un texte c'est dans son imaginaire posséder un corps immortel. A " l'être succède la lettre " comme il le dit dans son interview à la Radio Télévision Belge le 14 décembre 1966 49. Comme le corps, l'écriture est assimilée à du réel. Dans son Séminaire RSI Lacan pose la question : " Le réel peut-il se supporter d'une écriture ? " Et répond : " Mais oui et je dirai plus - de réel il n'est pas d'autre idée sensible que celle que donne l'écriture, le trait écrit " 50 . Utiliser ses textes c'est un peu comme donner une nouvelle extension à son corps. Lacan se réjouissait par exemple que ses élèves puissent prolonger son dire.

Une femme :

   Un an et demi avant sa mort il disait dans une séance en date du 11 mars 1980 : " Me voilà l'homme couvert de lettres... Ces lettres, je les ai prises au sérieux. Je veux dire : je les ai prises une par une, comme il se fait des femmes, et j'ai fait ma liste. Je suis venu à bout de ce tas " 51. Est ce à dire qu'il a embrassé toutes les lettres de l'alphabet ? On voit que dans cette expression les lettres (qui forment une seconde peau) sont substituées aux femmes. Lacan aimait il les femmes ? Si oui, c'est paradoxalement en tant que femme. Car l'amour est pour lui une capacité dont seules les femmes sont capables. Il n'est qu'a le lire dans " Une pratique de bavardage ". : " C'est quand un homme est femme qu'il aime... c'est au titre d'homme qu'il désire... " 52. Que Lacan eut aimé être une femme ne fait aucun doute. Il l'a dit en toutes lettres : " Comme, malgré que je m'y efforce, c'est un fait que je ne suis pas femme, je ne sais pas ce qu'il en est de ce qu'une femme connaît d'un homme " 53. Le trait identificatoire le plus patent à une figure féminine est repérable dans l'emploi qu'il fait de l'adjectif " égaré " et du substantif " égarement ". Pour Lacan, les femmes sont des êtres égarés qui " ...ne savent pas ce qu'elles disent... c'est toute la différence entre elles et moi "54 . Il dit par exemple dans un de ses séminaires "Les formations de l'inconscient" : "qu'une vraie femme a toujours l'air égarée " 55. Or c'est ce même mot qu'il emploie à son propos lorsqu'il atteint la limite de son savoir et qu'il ne sait plus quoi articuler : ainsi au Congrès de L'École Freudienne de Paris tenu à Rome en 1974 : "Enfin je m'égare!" 56 Dans " L'Étourdit " (1973) il ne se souvient plus bien qui, de Karen Horney et Helen Deutch, a dit quoi au sujet de la féminité. Il constate "Mais je m'égare a revenir au temps où ceci je l'ai mâché..." 57.

   Lacan leur reproche de ne pas dire en quoi consiste leur jouissance - cette fameuse jouissance supplémentaire dont il les crédite - : " Nos collègues, les dames analystes ne nous disent... pas tout ! C'est tout à fait frappant, elles n'ont pas fait avancer d'un bout la question de la sexualité féminine. Il doit bien y avoir à ça une raison interne liée à la structure de l'appareil de jouissance " 58. Et quelques pages plus loin : " depuis le temps qu'on les supplie, qu'on les supplie à genoux d'essayer de nous dire leur jouissance, eh bien motus" . Lacan aurait aimé être comme les femmes, c'est-à-dire être " pas tout(e) " dans la fonction phallique, c'est-à-dire limité(e) dans sa jouissance . Il aurait pu ainsi dire en quoi consiste cette jouissance supplémentaire, être le dépositaire d'un savoir qui lui est resté caché.

   Mais surtout être une femme lui aurait permis " d'ex sister ", entendez d'être plus proche de Dieu. Car Dieu, dont le principal prédicat est l'être et à qui rien ne saurait manquer " est la femme rendue toute " 59. Et selon Lacan la jouissance féminine ménage une possibilité d'accès à l'être. C'est tout du moins ce que son association entre femme et Dieu nous laisse supposer : " C'est en tant que sa jouissance est radicalement Autre que la femme a davantage rapport avec Dieu " 60. Être femme lui aurait permis, dans son imaginaire, de réaliser son souhait d'être Autre de son vivant. C'est en ce sens que nous comprenons ces mots prononcés quelques semaines avant sa mort : " S'il arrive que je m'en aille, dites vous que c'est afin d'être Autre enfin " 61.

 

   Lacan a aussi parlé de lui comme d'un personnage d'humeur changeante à la fois gai et triste. Ses élèves en savent quelque chose : "Un jour que je serai bien luné, je vous montrerai..." leur dit-il 62 Lorsqu'il est de bonne humeur il le dit : "il y a là une tout petite chose, dont je n'ai fait la découverte que tout à fait récemment et que je vous communique comme ça parce que je suis de bonne humeur... "63.

La face gaie:

   Lacan s'est dépeint comme un personnage gai : il l'a dit à son allocution prononcée au " Discours de clôture des Journées sur les psychoses chez l'enfant " (1966) "Chacun sait que je suis gai, gamin même on dit : je m'amuse. Il m'arrive sans cesse dans mes textes de me livrer à des plaisanteries qui ne sont pas du goût des universitaires. C'est vrai, je ne suis pas triste" 64 Il aime ce qui est drôle ou plutôt ce qu'il trouve drôle; il dit souvent de ses propres constructions ou de celle des autres : "vous verrez c'est amusant". Ce qui est "amusant" est valorisé dans son discours et susceptible, à ce titre, de retenir l'intérêt de ses élèves. Il s'amuse, se contorsionne même : "Vous savez l'histoire folle, celle qui fait quant à moi le délire de mon admiration? Je me mets en huit par terre quand je lis Saint Thomas. Parce que c'est rudement bien foutu" 65. Se mettre en huit c'est, en multipliant par deux le chiffre de la formule usuelle, accroître la distorsion que l'on veut faire subir au corps. Cette expression valorisée évoque l'image d'un clown. Lacan a d'ailleurs un "sac a malices" 66 duquel il retire des bonnes surprises pour lui. Notamment des mots. M. Benabou, L. Cornaz, D. de Liège, Y. Pelissier, 2002 ont relevé à ce propos quelques 789 néologismes dans ses textes 67 .

   Il fait rire en poussant des rugissements contre ses boucs émissaires : "... j'étais venu ici avec un discours fait de rugissements, alors je tempère" 68. Il dit par exemple à propos de son enseignement, devant un parterre de psychiatres : "j'intellectualise parait-il ouais... une scène de ménage par exemple voilà un procédé d'intellectualisation qui est bien connu (rires)" 69. Il se moque de ses contemporains, notamment de ses confrères anglo-saxons, pour le plus grand plaisir d'une partie de son auditoire. "Le contexte de bagarre" dans lequel "il pousse tout ça" 70 plaît à son public. Il draine les foules. Lors de sa conférence de Presse le 29 Octobre au Centre Culturel Français (1974) 71 il dit devant un parterre où se pressent les journalistes :

"Il y a une espèce de curiosité autour de moi. C'est loufoque mais c'est comme ça"
Me X : "Mais c'est motivé cette loufoquerie?"
Lacan : "Motivé par la mienne probablement; mais moi naturellement je ne suis pas au courant" .

   Conscient d'être une star de la psychanalyse, Lacan jouait volontiers le rôle que l'on attendait de lui : celui de créer l'événement. Ainsi, pressenti pour aller parler à Nice, il dit : " les organisateurs, ce qu'ils voulaient, c'était l'attroupement. Et il y a toujours de l'attroupement pour regarder un phénomène. Moi je n'allais pas leur dire - vous savez je ne suis pas un phénomène ! C'aurait été de la Verneinung " 72.

   Ce "clown magnifique" selon l'expression de L. Althusser, qui est aussi un " self-made man " se préoccupait de l'effet qu'il produisait au cours de ses " one man show ". Lui qui aime ce qui est amusant constate qu'il amuse, qu'il est même tourné en dérision, mais cela ne semble pas le gêner outre mesure : "Je dis ça depuis longtemps et ça a fait rigoler" 73. François Roustang (1986) qui a suivi son enseignement dit que son Séminaire était devenu un spectacle au fil des ans. Lacan aime être lu et être vu. Le rendez-vous du mercredi n'introduisait pas le public à un rituel où gestes et paroles étaient codifiés : Lacan allait, venait, tenait la vedette, persiflait, discutait, attendait de son public qu'il s'anime et lui pose des questions. Il aimait être en représentation. Il critiquait les théories de la communication mais utilisait les médias : presse, radio, télévision.

   Mais faire le pitre, amuser son entourage, n'est qu'une partie d'une subjectivité qui se présente aussi sous le masque du clown triste.

La face triste :

   Les mots abondent pour dire sa plainte, sa fatigue, sa souffrance, son accablement. Lacan se plaint qu'on ne sache pas lui poser de questions, qu'on ne le comprenne pas 74. Mais il dit aussi que ce qu'il dit n'est pas fait pour être compris mais pour qu'on s'en serve. La préparation de son séminaire lui cause du tracas "..on ne peut pas savoir à quel point ça me tracasse ces histoires que j'ai appelées en leur temps "ronds de ficelle" 75. Il dit éprouver du remords, être en proie à des scrupules lorsqu'il ne lit pas tout ce qui a été publié sur le sujet qu'il traite 76. Les réponses aux questions qu'il pose concernant les noeuds et l'inconscient le font gémir : "Je ne peux pas me plaindre de n'avoir pas de réponse, au sens où le mot "réponse" veut dire foisonnement. Je ne peux pas m'en plaindre, je dirai même plus - j'en gémis" 77. Il travaille beaucoup, fait d'intenses efforts, "s'échine" même. Ce passionné de l'étude donne souvent l'impression de "se tuer à la tâche" d'être un bourreau de travail dont il serait aussi la victime. Il travaille dans des conditions torturantes : la lettre qu'il écrit à Serge Leclaire le 10 novembre 1963 à Guitrancourt a des accents pathétiques : "J'y poursuis un travail, depuis plus d'un an soutenu dans les conditions torturantes qui sont maintenant le su de tous" 78. On peut se demander si, dans sa tâche de formateur, Lacan n'a pas vécu une passion au sens où le Christ a vécu la sienne. Il ne connaît pas de repos : "je me suis échiné pendant ces pseudo-vacances sur le sophiste. Je dois être trop sophiste, probablement, pour que ça m'intéresse. Il doit y avoir quelque chose à quoi je suis bouché" 79. Et encore : " L'époque prétendument réservée aux vacances, je l'ai passée à m'épuiser à essayer de mettre en fonction un autre type de nœud borroméen. " 80. Lacan fait en tous cas un " effort pour se dépêtrer de ce qui est fondamental pour la pensée " à savoir ce qu'il appelle " l'imbécillité typique " 81. A la veille de sa mort il s'épuise encore au travail mais en se moquant gentiment (?) de lui : les mathèmes lui coûtent des veilles, dit-il, mais "il faut croire que ça m'amuse"82. Voilà à quoi aboutit le jeu de mots sur "sa muse"...

   Lacan se fait horreur. Il a dit à propos des journées d'études qui s'étaient tenues à Bordeaux en 1968 : "La civilisation y rappelai-je en prémisse c'est l'égout. Il faut dire sans doute que j'étais las de la poubelle à laquelle j'ai rivé mon sort. On sait que je ne suis pas le seul à, pour partage, l'avouer. L'avouer ou, prononcé à l'ancienne, l'avoir..." 83. La poubelle qui rappelle l'ordure et le déchet, fut, pendant des années sa compagne imaginaire. Ses publications ne sont pour lui que "poubellication". Ce qu'il écrit le 11.X.1976 sur la page de garde du numéro spécial d' " Ornicar ? " consacré à la scission de 1953 indique bien l'horreur que lui inspire ce qu'il fait : "..tout ce qui est publié ici, notamment de ma plume me fait horreur. Au point que j'ai cru l'avoir oublié. Ne plus vouloir y penser n'est pas l'oubli hélas!" 84. Il fait part de son malaise, de sa crainte d'avoir commis l'irréparable à son public à la séance de clôture du congrès qui s'est tenu en 1976 à propos de son enseignement en ces termes : "Ça m'est venu sur le tard, cette espèce de poussée, comme ca, si tant est qu'elle existe. Mais enfin ça n'en a pas moins l'effet que je ne peux plus me souffrir. Voilà. Je voudrais bien limiter les dégâts que j'ai faits - malgré tout on n'est pas un très grand nombre; dans les 800... - je voudrais bien limiter les dégâts que j'ai faits en somme dans ce champ limité, ce petit bout de réel." 85. Il se dit accablé et se sentir responsable du bafouillage de ses élèves 86.

 

   Lacan vu par lui-même nous laisse entrevoir ce que fut son parcours. Un parcours où il a tenu la vedette mais qui a mal fini. Pour Lacan, en effet, devenir analyste est une façon de mal finir : "Un analysand qui veut à la fin de son analyse devenir analyste c'est le signe que cela se termine mal" 87. Et encore : " Mon succès n'a aucune connotation de réussite à mes yeux " 88.

   Son autoportrait est révélateur de son style. Celui de Lacan ne fut pas comparable à celui de Freud malgré qu'il se soit identifié à lui, comme en témoigne quelques traits, par exemple le fameux cigare tordu qu'il fumait lors de ses conférences, ou qui apparaît sur certaines de ses photos. Ce cigare peut être rapproché de ce qu'il dit de Freud ce "quelqu'un d'un peu tordu" 89. On imagine en effet mal Freud commenter " Hamlet " comme l'a fait Lacan dans son Séminaire " Le désir et son interprétation " (1958), en disant : "Ce texte, c'est à tomber à la renverse, à mordre le tapis, à se rouler par terre, c'est inimaginable" 90. Lacan le reconnaît d'ailleurs 91.

   Que peut-on penser, après l'avoir entendu, des deux diagnostics qu'il a posé dans l'année 1976 à son sujet ? Le premier évoque la psychose : "La psychose est un essai de rigueur. En ce sens, je dirais que je suis psychotique. Je suis psychotique pour la seule raison que j'ai toujours essayé d'être rigoureux" 92. Ce diagnostic nous semble plutôt participer d'une argumentation qui consiste à faire jouer la folie en sa faveur. Si la folie, selon la définition qu'en donne S. Zizek (2004), se caractérise de la manière dont un individu se rattache au " grand Autre ", il est compréhensible que Lacan se soit considéré comme un " psychotique " dans la mesure où, écrit Zizek : " il n'était pas possible d'intégrer son discours dans le champ du grand Autre "93.

   Le second diagnostic pose l'existence d'une structure névrotique : "Puisque je suis sur la voie des confidences, je vais quand même vous en dire un petit bout de plus : je suis le seul névrosé à avoir compris qu'il n'y a d'ego que du névrosé" 94. Il précisera ce diagnostic l'année suivante, en 1977 dans son séminaire " L'insu que sait de l'une-bevue s'aile à mourre " : "En fin de compte je suis un hystérique parfait, c'est à dire sans symptômes" 95. Il y met aussitôt un bémol. Car il lui arrive de faire des erreurs de genre. Comme par exemple, celle qu'il évoque quelques secondes auparavant, où il s'entend dire dans un restaurant : " Mademoiselle en est réduit à ne manger que des écrevisses à la nage ". Son goût pour la raillerie et la dérision, la provocation, le spectacle, ses coups d'éclats, mais aussi son insatisfaction et ses moments d'abattement confirment ce dernier diagnostic. Le portrait que Lacan fait de lui corrobore les légendes tissées autour de sa personne. Cela ne saurait nous faire oublier l'importance de ce psychanalyste dans son siècle 96, ni le fait que le Lacan de la conversation mondaine se double d'un Lacan du mathème que nous n'avons pas fini d'explorer... comme le montre bien J.C. Milner (1994) dans son ouvrage " L'œuvre claire " 97

 

Notes bibliographiques

1 Roudinesco, E., 1993. Jacques Lacan. Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée. Paris : Fayard. 

2 Roustang, F., 1986. Lacan, de l'équivoque à l'impasse. Paris : Ed de Minuit.

3 Clément, C., 1981. Vies et légendes de Jacques Lacan. Paris : Grasset.

4 Dans " Vies et légendes de J. Lacan ", C. Clément rapporte une partie de l'intervention que Louis Althusser fit à une séance de travail.

5 Guyomard, P., 1989. Lacan. Encyclopédie Universalis, 13, 400-403.

6 Weyergans, F., 1973. Le pitre. Paris : Gallimard.

7 Miller, J., 1991. Album Jacques Lacan : Visages de mon père. Paris : Seuil

8 Lacan, S., 1994. Un père. Paris : Gallimard.

9 Haddad, G., 2002. Le jour ou Lacan m'a adopté. Paris : Hachette.

10 Lacan, J., 1972_1973. Le Séminaire, Encore, Paris, Seuil, 1975, p 108.

11 Lacan, J., 1958-1959. Le désir et son interprétation. Ornicar ? 24, p. 29 .

12 Lecuru, D., 1994. Thésaurus Lacan, Vol.1. Citations d'auteurs et publications dans l'ensemble de l'œuvre écrite. Paris, EPEL.

13 Roudinesco , E., 2005. La liste de Lacan, Inventaire de choses disparues, in Lacan & la littérature, 181-196, Houilles, Ed Manucius.

14 Lacan, J., 1958-1959. Le désir et son interprétation. Ornicar ? 25, p. 13.

15 Lacan, J. , 1975. Le Séminaire, RSI. Séance du 11 fev 75, Ornicar ? 1975, 4, 93-100, p 93.

16 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op.cit, p 30.

17 Lacan, J., 1975. RSI, séance du 15 avril 1975, Ornicar ?, 1975, 5, 47-56, p. 53.

18 Miller, J.A. , 2001 Première lettre adressée par Jacques Alain Miller à l'opinion éclairée, Paris, Atelier de psychanalyse appliquée 4 septembre 2001 pp. 10-11.

19 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op . cit. p. 27.

20 Lacan, J., 1966. Entretien avec Pierre Daix. Les Lettres françaises, 26, 11.

21 Lacan, J., 1975-1976. Le séminaire, Le sinthome.Paris : Seuil, 2005, p.31.

22 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op. cit. p. 104.

23 Lacan, J., 1964. Fondation de l'EFP par Jacques Lacan. In : L'excommunication. Supplément au numéro 8 d'Ornicar ?, Paris : Lyse, 1977, 149-152.

24 Lacan, J., 1974. Conférence de presse du 29 octobre au Centre Culturel Français. Lettres de l'Ecole Freudienne, 1975, 16, 6 -26.

25 Lacan, J., 1975-1976. Le sinthome, op. cit. séance du 16 décembre 76, Ornicar ? 76, 7, 3-17 p 13.

26 Lacan, J., 1980. Lettre de dissolution, séance du 5 janvier 1980, Ornicar ? 1980, 20/21 9-10, p 10.

27 Jacques Lacan à l'École Belge de Psychanalyse. Quarto, 1972, 5, 4-22 p 17

28 Lacan, J., 1969. Premier Impromptu de Vincennes : le discours universitaire. Le Magazine littéraire, 121, 21-24.

29 Lacan, J, 1974-1975. RSI, op. cit. séance du 11 février 75, Ornicar ?1975, 4, 93-100 p. 98.

30 Lacan, J., 1970. Radiophonie, Scilicet, 2/3, 55-99, p. 59.

31 Lacan, J., 1966. Interview de Jacques Lacan du 14 décembre 1966 à la RTB, Quarto, 1982, 7, 7-11, p. 7.

32 Lacan, J., 1975. La troisième. Lettres de L'école Freudienne, 16, 178-203 p. 183.

33 Lacan, J., 1974. Conférence de presse du 29 octobre au Centre Culturel Français. Lettres de l'École Freudienne, 1975, 16, 6 -26.

34 Lacan, J., 1975. Intervention de Jacques Lacan au groupe de travail sur la passe. Lettres de l'École Freudienne, 15, p. 186.

35 Julien, P., 1990. Le retour à Freud de Jacques Lacan,. L'application au miroir. Paris, EPEL.

36 Nassif, J., 2004. L'écrit, la voix. Paris, Aubier.

37 Porge, E., 2004. Jacques Lacan, un psychanalyste. Ramonville Saint-Agne : Erès, Coll Point Hors ligne.

38 Lacan, J., 1961. La direction de la cure et les principes de son pouvoir, in : J. Lacan, Ecrits, Paris : Seuil, 1966, 585-647, p. 642.

39 Lacan, J., 1974-1975. RSI. op cit. séance du 14 janvier 75, Ornicar ? 3, 97-103, p 102.

40 Lacan, J., 1977. Ouverture de la section clinique, Ornicar ?, 9, 7-14, p 10.

41 Lacan, J., 1956. Situation de la psychanalyse et formation du psychanalyste en 1956, in : J. Lacan, Ecrits, Paris : Seuil, 459-492, p. 467.

42 Lacan, J., 1976.Préface à l'édition anglaise du séminaire XI, Ornicar ?, 12/13, 124-126, p 125.

43 Porge, E., 2005. Lacan, la poésie de l'inconscient, in Lacan & la littérature, Houilles : Ed Manucius, 61-74, p72.

44 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op. cit. p. 57.

45 Lacan, J., 1976. L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre, séance du 16 novembre 1976, Ornicar ? 1977, 12/13, 5-9, p. 7.

46 Lacan, J., 1976. " Le sinthome ", Ornicar ? 1977, 8, 6-13, p 13.

47 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op. cit. p. 45. 

48 Lacan, J., 1980. Lumière, séance du 15 avril 1980, Ornicar ? 1981, 22/23, 7-10, p. 7.

49 Interview de Jacques Lacan du 14 décembre 1966 à la RTB, Quarto, 1982, 7, 7-11, p. 9.

50 Lacan, J., 1974. RSI. Séance du 17 décembre 1974, Ornicar, ? 1975, 2, 100-105, p. 100.

51 Lacan, J., 1980. D'écolage, Ornicar ? 1980, 20/21, 14-16, p. 14.

52 Lacan, J., 1977. Une pratique de bavardage, séance du 15 nov 1977, Ornicar ? 1979, 19, 5-9. p 8.

53 Lacan, J., 1976-1977. L'insu que sait de l'une-bevue s'aile à mourre. Séance du 16 novembre 1976, Ornicar ? 12/13, 5-9, p. 6.

54 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op. cit, p. 68.

55 Lacan, J., 1957-1958. Le Séminaire, Les formations de l'inconscient" Paris : Seuil, 1998, p. 195.

56 Lacan, J., 1974. La troisième, intervention au Congrès de Rome, Lettres de l'Ecole freudienne, 1975, 16, 177-203 p. 187.

57 Lacan, J., 1973. L'Etourdit, Scilicet, 4, 5-52 p. 21.

58 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op.cit. p. 54.

59 Lacan, J., 1974-1975. RSI, op.cit., séance du 11 mars 1975, Ornicar ? 1975, 5, 7-28 , p. 25.

60 Lacan, J., 1972-1973. Encore, op. cit. p .77.

61 Lacan, J., 1980. L'autre manque, séance du 15 janvier 1980, Ornicar ? 1980, 20/21, 11-12, p. 12.

62 Lacan, J., 1954-1955. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse. Paris, Seuil, 1978, p. 191.

63 Lacan, J., 1967. Petit discours aux psychiatres. Cercle psychiatrique H. Ey-Sainte Anne.

64 Lacan, J., 1966. Discours de clôture des Journées sur les psychoses de l'enfant. Recherches, 8, repris in Quarto, 1984, 15, 27-32, p. 28.

65 Lacan , J., 1972-1973. Encore. op.cit. p. 103.

66 Lacan, J., 1967. Petit discours aux psychiatres. op.cit.

67 Benabou, M., Cornaz, L., De Liège, D., Pélissier, Y., 202.789 néologismes de Jacques Lacan. Paris, E.P.E.L.

68 Lacan, J., 1967. Petit discours aux psychiatres. op.cit.

69 Lacan, J., 1967. Petit discours aux psychiatres. op.cit.

70 Lacan, J., 1967. Petit discours aux psychiatres. op.cit.

71 Lacan , J, 1975. Conférence de Presse le 29 Octobre au Centre Culturel Français, Lettres de l'Ecole Freudienne, 16, 6-26, p. 7.

72 Lacan, J., 1974-1975. RSI, op.cit. séance du 10 décembre 74, Ornicar ? 2, 90- 99, p 92.

73 Lacan, J., 1975. La troisième. Lettres de l'École Freudienne, 16, 178-203, p. 180.

74 "il est en tout cas bien certain qu'on ne comprend rien à ce que je dis" (Petit discours aux psychiatres p.19). Le 14 décembre 1967, au "Magistero" de l'Université de Rome il prononce un discours connu sous le titre " De Rome 53 à Rome 67 : La psychanalyse raison d'un échec " où il dit que ses tentatives pour renouveler la théorie et la pratique analytique ont été mal comprises. Il a le sentiment d'avoir échoué dans son entreprise.

75 Lacan, J., 1977. Propos sur l'hystérie. Quarto, 2, 5-10 p. 7.

76 Il dit à propos d'un article de Mélanie Klein : "j'avais le remords de ne l'avoir jamais regardé" ; et encore : "après vous avoir quittés l'autre jour, en proie à ces scrupules qui me font toujours regretter de ne pas avoir épuisé la bibliographie concernant le sujet que nous traitons" (L'Éthique de la psychanalyse, 1959-1960, Paris, Seuil, 1986, p. 139).

77 Lacan, J., 1977. Réponses de Jacques Lacan à des questions sur les nœuds et l'inconscient. Lettres de l'École Freudienne de Paris, 21, 472-475 p. 472.

78 Cette lettre à été publiée dans le supplément au numéro 8 d'Ornicar?, L'excommunication, Paris, Lyse, 1977.

79 Lacan, J., 1974. La troisième, Lettres de l'École Freudienne, 16, 178-203, p. 180.

80. Lacan, J.,1977. L'insu que sait s'aile a mourre, op.cit. séance du 18 janvier 1977, Ornicar ? 15, 5-9, p 5.

81 Lacan, J., 1974-1975. RSI, op. cit. séance du 11 mars 75, Ornicar ? 1975, 5, 17-28, p. 20.

82 Lacan, J., 1981. Le séminaire de Caracas. L'Âne, 1, 30-31, p. 31.

83 Lacan, J., 1971. Lituraterre, in J. Lacan, Autres Écrits, Paris, Seuil, 2001, 11-20, p. 11.

84 Lacan, J., 1976. La scission de 1953. La communauté psychanalytique en France. 1. Page de garde. Paris : Navarin, 1990.

85 Lacan, J., 1976. Clôture du Congrès. Lettres de L'École Freudienne de Paris, 19 , 556-559, p. 556.

86 A la séance de clôture du huitième Congrès de l'École Freudienne: "J'engendre assez souvent un bafouillage. Mais comme j'ai pu le constater heureusement chez la plupart de ceux qui se sont risqués à cette tribune, c'est un bafouillage plutôt astucieux. Ca n'empêche pas que ça m'accable. Mon sentiment, comme ça à la clôture de ce congrès, est vraiment plutôt celui de ma responsabilité" (1976 Lettres de L'École Freudienne de Paris, 19, p. 558).

87 Jacques Lacan à l'École Belge de Psychanalyse, Quarto, supplément belge à la Lettre mensuelle de l'École de la Cause Freudienne, 1981, 5, 4-22, 1972, p. 11.

88 Lacan, J., 1975. RSI, op. cit. Séance du 8 avril 1975, Ornicar ?, 1975, 5, 37-46, p 38.

89 Lacan, J., 1973. Congrès de l'École Freudienne. La grande Motte. Séance du vendredi 2 novembre 1973. Lettres de L'École Freudienne, 1975, 15, 69-80, p. 77.

90 Lacan, J., 1958-1959. Le désir et son interprétation, séance du 11 mars 1959. Ornicar ? 24, 18-31, p. 23.

91 Lacan, J., 1976. Conférences et entretiens dans les Universités Nord-Américaines. Scilicet, 6/7, 5-66, p. 10 : "Freud n'adopte pas le même type de position que moi... Je remarquai à cause de ce qui fait le fond de sa pensée, que Freud n'était pas psychotique" .

92 Lacan, J., 1975. Conférence donnée le 24 novembre 1975 à la Yale University. Scilicet, 1976, 6/7, p. 9.

93 Zizek, S., 2004. La subjectivité à venir. Castelnau le-Lez, Ed. Climats, p. 108.

94 Lacan, J., 1976. Clôture du Congrès. Lettres de L'École Freudienne, 19, 556-559, p. 558.

95 Lacan, J., 1977. L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre, Ornicar ? 1977, 12/13, p. 12.

96 Centre culturel international (Cerisy-La Salle, Manche) Colloque (2001-09). 2001. Lacan dans le siècle. Paris Ed. du champ lacanien, 2002.

97 Milner, J.C., 1994. L'œuvre claire. Paris : Seuil.

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