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Vienne 1880-1938, Des
dieux vacants
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La psychanalyse
-- La Vienne de Freud -- Vienne 1880-1938
Les génies auxquels l'ultime inspiration
fait défaut, ce sont eux! Tu m'entends: l'ultime inspiration! Si elle leur était
donnée, ils pourraient en effet créer l'oeuvre merveilleuse et parfaite qui les
transporterait au ciel - comme des dieux qui ont trouvé leur pays d'origine. En revanche,
ceux auxquels la nature a pour ainsi dire oublié de mettre la dernière main, qu'elle a
jeté sur le marché des grands esprits sous forme de torses et qui vont maintenant à
l'aventure parmi les humains avec en leur sein, cette étincelle d'un autre monde ... ce
sont eux! Ce sont eux les dieux vacants!
Arthur Schnitzler
En attendant le dieu vacant
"Vienne fin de siècle", "Vienne
au début du siècle", "Apocalypse Joyeuse", "Identité Perdue";
autant de façons d'aborder l'étude de la société viennoise des années 1880 à 1938.
En fait, au cours des vingt dernières années on a vu se développer un véritable
phénomène culturel que nous pourrions qualifier de retour à Vienne. Expositions,
colloques et publications se multiplient sur ce sujet qui est certes devenu un des mythes
les plus étudiés de notre société.
La confusion est assez grande chez les
"viennistes" par contre à savoir si le tournant du siècle (adoptons cette
dénomination en apparence plus neutre) marque un début ou une fin. La plus apparente de
ces contradictions vient de ce que certains considèrent ce moment comme marquant le
début de la modernité, d'autres la fin. La clarification de ce point me permettra de
mieux situer le sujet de ce texte.
Dans le domaine des arts,
l'épithète moderne est accolée aux uvres qui se démarquent du classicisme quant
au choix du sujet et à son traitement. La figurativité, le cadrage, les couleurs et les
matériaux sont autant de moyens pour l'artiste moderne de se démarquer des règles
traditionnelles de l'art. En ce sens, Vienne au tournant du siècle marque une éclosion
du modernisme artistique dans presque tous les champs, de la littérature à la musique en
passant par l'architecture, les arts plastiques et ceux de la scène.
D'un point de vue historique par contre, la
modernité désigne, selon le contexte, soit ce qui est postérieur à l'antiquité soit,
d'une façon plus spécialisée, une période s'échelonnant de la fin du moyen-âge,
fixé en 1453 avec la chute de Constantinople, jusqu'en 1789, soit la révolution
française.
Toutefois, dans ce contexte, j'utiliserai le
terme de modernité dans son acceptation la plus récente, et me semble-t-il la plus
intéressante, véhiculée surtout à l'entour des travaux de Jean-François Lyotard. La
modernité désigne alors "un mode dans la pensée, dans l'énonciation, dans la
sensibilité".
La pensée qui peut être qualifiée de moderne
est caractérisée par le grand projet philosophique des Lumières et les travaux des
Encyclopédistes. Le concept de modernité peut assez bien se comprendre si nous nous
référons aux quatre grands principes généraux dégagés par Latraverse et Moser,
soit:
- La séparation, aliénante pour le sujet, entre l'être humain et le
monde, entre sujet et objet de connaissance, surtout dans les sciences de la nature, entre
le sujet humain qui produit et détient les connaissances et l'objet naturel de ces
connaissances.
- L'utilisation instrumentale de la raison en vue de maîtriser le
monde, de disposer techniquement des objets naturels pour le bien, individuel ou
collectif, du sujet humain, le progrès scientifique et technologique comme objectif
historique étant l'expression concrète de cet aspect.
- L'émancipation du sujet humain au sens que Kant a donné à ce
processus qui vise le changement de l'état de conscience: la sortie de l'humanité de
l'état de minorité.
- La vision linéaire de l'histoire concevant l'avenir comme le
dépassement du présent en tant que réalisation des projets utopiques de ce même
présent. Le sujet humain est défini comme "perfectible" et instauré comme
sujet historique, responsable de son propre destin.
Si j'ai pu proposer une définition du modernisme
(arts) et de la modernité, il en est tout autrement d'un autre concept qui m'appaira au
cur même de tout cet intérêt récent pour la Vienne des années 1880 à 1938: la
post-modernité qui, comme le mot le laisse deviner, se définit d'abord en se
différenciant de la modernité en constituant une sorte d'effondrement des grands
postulats modernes. Je reviendrai en cours de route sur ce point qui mériterait à lui
seul une longue étude.
Le retour à Vienne s'explique peut-être par le
besoin de notre société de se trouver une mythologie permettant de "penser" la
crise de la modernité, crise vécue de façon intense dans la société viennoise mais
que l'occident dans son ensemble est encore à vivre.
Dans ce texte je me propose donc de resituer la
psychanalyse dans son contexte social et culturel et de démontrer que l'oeuvre de Freud
ne constitue qu'une des tentatives élaborées à l'époque pour à la fois réaliser et
nier l'éclosion de la société post-moderne.
Mon texte s'organise en deux
parties. La première me servira à exposer les principaux éléments de la crise de la
société viennoise. La deuxième s'attachera à étudier les caractéristiques des
diverses tentatives élaborées à l'époque pour exprimer, dépasser ou nier cette grande
crise de la pensée.
Introduction
Première partie: Le
glissement
Deuxième partie: La
Mort et le Fou
Conclusion
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