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Pourquoi les hommes ont-ils de la difficulté à demander de l'aide

Pour répondre à cette question, il faudra aborder directement ce que nous nommons la socialisation des hommes. Pour en parler, il faut avoir en tête les rôles reconnus selon le sexe. Ainsi, on attribue aux femmes certaines qualités humaines comme : la douceur, la sensibilité, l'intuition, la capacité de prendre soins et beaucoup d'autres. Pour la part des hommes, les qualités humaines attitrées font référence à : la force physique, l'intelligence, la logique, la capacité d'organisation, etc. Dans notre société, on fait la distinction entre l'éducation des garçons et des filles consciemment et inconsciemment. De ce contexte découle toute une panoplie de stéréotypes sexuels qui sont reproduits dans la famille, à l'école et dans l'environnement social. En divisant l'ensemble des qualités humaines en catégories masculines et féminines, la société définit les rôles appropriés à chacun des sexes. Elle met ainsi en place la dynamique piégée des rapports entre hommes et femmes, et entre hommes, que tous jugent aujourd'hui problématique.

La socialisation et les rôles masculins traditionnels ne favorisent pas l'expression des sentiments et le contact avec la vie personnelle intérieure, mais implique plutôt la compétence, le succès et la réalisation de soi, la confiance en soi, l'agressivité, l'audace et la témérité. Dans cette optique, qu'un homme reconnaisse avoir un problème entre en contradiction avec ses valeurs masculines, car le recours à un tiers pour le résoudre équivaut à un aveu d'impuissance, à un échec. On s'aperçoit de la complexité du processus qui mène aux actes de violence conjugale et familiale, mais il n'est nullement question de justifier la violence, car elle est inacceptable, intolérable et criminelle. Dans une situation conflictuelle, l'homme violent voudra assurer le contrôle, croyant que cela relève de sa responsabilité intrinsèque. C'est parce qu'il ne peut se résoudre à une telle éventualité qu'il adopte diverses stratégies : il ignore, nie, minimise ce qui apparaît comme des symptômes de son problème.

On constate donc que la socialisation des hommes est un empêchement à la demande d'aide. Cette socialisation tient compte de l'héritage familial et social, des notions d'autonomie, de force, mais aussi d'isolement, de la peur du ridicule, de l'orgueil et de l'estime de soi, de la volonté de garder le contrôle jusqu'à une crise, et finalement, de l'abnégation de soi versus la force et l'autonomie.

Lorsque l'homme qui a des comportements violents décide ou est forcé de demander de l'aide, il a des attentes très spécifiques : une écoute bienveillante, l'anonymat et la confidentialité, le désir de briser l'isolement affectif en trouvant un lieu physique pour dire et exprimer sa souffrance, apprendre à canaliser ses émotion par d'autres moyens que par la seule colère ou l'action, réfléchir à la recherche de solutions, ou trouver un système d'explications à ses comportements violents et le désir de voir comblé le manque de ressources pour hommes en détresse.

La demande d'aide des hommes est à l'opposé de la masculinité telle que nous la connaissons puisque l'homme qui s'engage sur la voie du changement de ses comportements sera confronté aux exigences de la thérapie, celles-ci étant contradictoires aux conditionnements de sa masculinité. L'homme en changement aura à dévoiler sa vie privée, à renoncer au contrôle, à développer une intimité non sexuelle, à montrer ses faiblesses, à expérimenter la honte, à être vulnérable, à chercher de l'aide, à exprimer ses émotions, à être introspectif, à s'attaquer aux conflits, à confronter sa douleur, sa souffrance et sa détresse, à reconnaître ses échecs et admettre son ignorance. Ce sont là les éléments inscrits pour un long processus de changement.

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