La consigne du silence. UN LAC, UN FJORD VII, PASSAGES, Chicoutimi, Éditions JCL, 2000.


Extrait de " La consigne du silence "


Le père a des trous dans sa mémoire. C'est comme un grand vide qui s'installe dans la tête, qui engloutit les paroles, qui efface l'empreinte des pas, qui s'étend peu à peu sur les souvenirs jusqu'à les recouvrir tout à fait. Un trou noir qui absorbe la vie.


 

L'oreiller. UN LAC, UN FJORD, UN FLEUVE VIII, Jardins secrets, Chicoutimi, Éditions JCL, 2001.


Extrait de " L'oreiller"

Je suis l'intimité des nuits, témoin des confidences, des souffles courts et des respirations profondes, des halètements, des soupirs et des ronflements. Je sais les pensées et les rêves. C'est sur moi qu'on dépose la tête pour l'amour, le repos ou le sommeil, sur moi qu'on se pelotonne quand on est seul ou qu'on a mal, sur moi qu'on enfouit la figure en larmes ; c'est moi qu'on empile au besoin quand on veut lire ou qu'on a de la difficulté à respirer, c'est moi qu'on pétrit dans la rage, qu'on catapulte dans la colère.


 

Haïkus. CHEVAUCHER LA LUNE. Ottawa, Éditions David, 2001.


Extrait

de grands V sonores
au dessus de nos têtes
déjà l'automne


 

Paradoxe et Glissando d'odeurs dans un nez d'août. BRÈVES LITTÉRAIRES, no 61, Laval, Société littéraire de Laval, printemps 2002.

Extrait de " Paradoxe "

Première mention au
Prix
Brèves littéraires 2002-prose

Ici, le temps s'est arrêté sur l'espace hivernal ensauvageant la forêt plus qu'elle ne l'était et rendant, s'il en est, la ville plus invivable encore. Je témoigne d'un paysage empesé dans une immensité de glace, un paysage immobile et sonore où se font entendre plein de grésillements, de craquements et de tintements. Mais, les mots me manquent pour exprimer tant de beauté, pour en dire aussi le caractère insolite et effroyable. Existe-t-il d'ailleurs des mots pour parler de ce qui ne ressemble à rien, existe-t-il des mots pour décrire l'état de grâce dans un état de glace ?


Extrait de " Glissando d'odeurs dans un nez d'août "


Du rampant ou du grimpant , de la fleur ou de la feuille, du brin d'herbe ou du tronc d'arbre, du conifère ou du feuillu, on ne sait ce qui est le plus odoriférant. Ça vient de partout, de l'air et du sol, de l'eau et du sous-bois, ça vient d'en haut et ça descend, ça vient d'en bas et ça se répand, c'est tout mêlé, de cime en sol, d'humus en canopée, un parfum suave, capiteux qui flotte dans le pressoir d'odeurs de l'après-pluie.


La vieille et sa petite cuillère. BRÈVES LITTÉRAIRES, no 62, Laval, Société littéraire de Laval, automne 2002.


Extrait de " La vieille et sa petite cuillère "


Dans un geste d'amour, délicatement, elle faisait des infinis dans l'eau pour empêcher le gel. Afin que ses petits poissons ne meurent pas, afin que la vie continue de se trémousser dans l'appartement. Qu'elle ait froid elle-même, qu'elle soit sans éclairage, qu'elle manque de nourriture, on aurait dit que tout cela était devenu secondaire. Une seule préoccupation : la survie de ses poissons rouges.

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