"C'est chose courante que d'associer les couleurs aux émotions, mais il est inhabituel de vouloir prêter une voix aux couleurs, de chercher à les incarner à travers des personnages de chair et de sang. Tel est le défi qu'a voulu relever Francine Chicoine en écrivant Le Tailleur de Confettis.
De la naissance à la mort, sous les traits d'un enfant, d'un amoureux ou d'un vieillard, à travers les mots d'un écrivain, d'un psychotique, d'une artiste et de paroles prononcées par d'autres voix encore, la vie se déploie sous nos yeux comme un prisme aux reflets changeants. Espoirs, révoltes, émerveillements, déceptions, fragilités, solitudes, tous les états d'âme ont leur couleur.
L'auteure donne toute la mesure de son talent au fil de récits d'une grande sensibilité, tantôt émaillés d'observations fines, pointues ou cocasses, tantôt chargés d'émotions, d'une éloquence poignante et d'éclairs de lucidité fulgurants."
L'Éditeur

il est difficile
de renoncer à des illusions
qui aident à vivre, même si on sait bien
que ce ne sont que des illusions.
Arnold Beisser
Voyez. Je cherchais tout simplement le mot " gonflage " dans le dictionnaire. Gonflage ou gonflement, je me demandais lequel des deux mots il convenait d'utiliser. Comme j'ai l'habitude de m'arrêter aux autres mots qui figurent à la même page que celui recherché, j'ai trouvé là " gorge-de-pigeon ". J'ai appris qu'il s'agissait d'une couleur à reflets changeants. Comme la gorge d'un pigeon. C'est vous dire.
D'autant plus troublant qu'on m'a demandé de parler de la multiplicité des points de vue et de la relativité des choses, du réel et de l'irréel. Et aussi, de la vérité à travers tout cela. Mais je ne savais pas sous quelle couleur rassembler ces idées, à moins que de parler de mouchetures et de tachetures, de marbrures et de panachures, de jaspures et de bigarrures. Encore qu'il ne s'agisse pas de couleurs : que de courants qui les traversent, que des semis qui en parsèment la surface. Mais voilà que l'évocation de gorge-de-pigeon vient de s'imposer tout naturellement, que la pertinence de cette couleur se fait indiscutable. Comme un surtitre qui coiffe les mots à venir, qui englobe les pensées à traduire pour cet exposé. Comme une roucoulade, en même temps. Gorge-de-pigeon.
Ce mot a maintenant l'effet d'une bluette, d'une toute petite étincelle : une allumeuse d'idées qui vient enclencher un nouveau pan d'écriture. J'écris beaucoup ; je mets régulièrement mes pensées sur papier, ce qui facilite ensuite la démonstration des idées.
Mais qu'en est-il au juste de la réalité et de cette façon que nous avons de l'appréhender ? La réalité est différente selon le point de vue, selon la lecture que l'on fait des choses et des événements, selon la sensation éprouvée, le sentiment ressenti. C'est la relativité des choses.
La réalité prend la sente de nos perceptions. Alors, ce qui est réel pour les uns sera considéré comme irréel par d'autres. La réalité, c'est selon. Pour un pou, un tremblement de tête devient un tremblement de terre, alors qu'il ne peut s'agir que d'un secouement de tête ou d'un léger éternuement. Pour un homme, un tremblement de terre est un cataclysme alors que pour la Terre, ce n'est que déplacement de grains de sable dans le cours de son histoire. Et l'histoire de la Terre, à son tour, n'est qu'une donnée parmi d'autres dans les annales de l'univers. La relativité des choses. De l'infiniment petit à l'infiniment grand, ou l'inverse, peu importe. Tout n'est qu'une question de point de vue, d'angle d'observation ; tout n'est qu'une façon de voir, de saisir et d'appréhender les choses. Qu'une façon de vivre aussi, sinon une question d'étape, de cheminement, d'évolution. Ou d'involution, peu importe encore.
On ne voit habituellement que la surface des choses, que leur apparence, et c'est à partir de cette perception qu'on interprète la vie, qu'on juge et qu'on condamne. À partir de l'apparence des choses qu'on bâtit la vie : on érige des mythes pour expliquer ce qu'on ne comprend pas et on qualifie de miracles les manifestations qui nous dépassent. Question de perspective et de compréhension des choses. Comme ces Inuit qui, voyant aller et revenir les lagopèdes au cours de leur migration annuelle, étaient convaincus de l'existence de deux espèces le lagopèdes, alors qu'il n'y avait qu'une seule : c'est que les animaux étaient blancs en hiver, bruns en été et différents en goût, selon l'une ou l'autre de ces saisons. De la même façon qu'une éclipse de soleil peut-être perçue comme une intervention divine par ceux qui ignorent le mouvement des planètes.
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Il y a toujours une limite au savoir humain et c'est peut-être la vie elle-même qui est cette limite. Ce que l'on contribue à accentuer à cause de nos propres illères. Ainsi en est-il de l'énorme importance que chacun de nous accorde à ses préoccupations immédiates, alors que finalement, rien n'est bon ni mauvais dans ce que la vie nous apporte. Les choses arrivent parce qu'elles doivent arriver, parce qu'elles ont quelque chose à nous apprendre. Tout dépend de tout : chaque action est conditionnée par celles qui l'ont précédée et chacune influencera celles qui suivront. Ce que nous sommes aujourd'hui est la résultante de ce que nous avons fait hier ; ce que nous serons plus tard se tient déjà dans l'ombre de ce qui nous occupe aujourd'hui. Roue de la vie. Rouerie aussi, peut-être.
Ce qu'on en dit:
"Il faut la suivre du jaune au rouge, en poussant plus loin vers le gorge-de-pigeon
et même le gris pour découvrir un esprit fin, subtil, capable
d'embellir le langage et de trouver l'expression juste pour habiller le réel
et l'irréel, distiller les deux pour les enrichir de réflexions
et de clins d'il qui vous portent plus loin."
Raphaël Hovington, Un Tailleur de confettis sensass !, Journal Objectif Plein Jour, 7 novembre 1998.
P.N. Le Tailleur de confettis de Francine Chicoine. Chronique : Sur les Rayons, VOIR, Montréal. 26 novembre au 2 décembre 1998.
"Le projet d'écriture qui est à la base du Tailleur de confettis, le recueil de Francine Chicoine, est clair et de d'autant plus que l'auteure a pris la peine de l'expliquer et de le commenter dans un prologue qui annonce à la fois le cheminement qui a mené à la création et la matière du livre. L'idée de base est donc la suivante : donner une couleur aux états d'âme. Ou plutôt, comme on peut s'en rendre compte à la lecture des récits, se laisser emporter par le réseau subtil et infini des connotations, des images, des sensations évoquées par telle ou telle couleur, accepter de se rendre disponible pour accueillir les vibrations, l'énergie propres à chaque teinte, qui devient ainsi, à proprement parler, source d'inspiration. La couleur non pas comme prétexte, mais bien comme pré-texte puis texte en soi. "
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"[Ces récits sonnent] juste [et font] preuve d'une grande sensibilité. L'authenticité et la profondeur des réflexions est particulièrement sensible dans les récits faisant référence à la maladie et à tout ce qui l'entoure, sans doute parce que l'auteure elle-même, ayant souffert d'un cancer, a expérimenté de près ce type d'expérience limite. Ainsi, Blanc, dans lequel la narratrice relate son voyage de l'hôpital à la maison, prend la forme d'une sorte d'Odyssée onirique. Dans son discours, toutes sortes d'images, fabuleuses ou quotidiennes, se succèdent alors que la locutrice regarde les nuages dans le ciel et refait le monde, son monde. De même, Noir, dont il a déjà été question, est un texte fort, poignant, dans lequel le langage laisse la porte ouverte à la poésie. On retiendra aussi la justesse des textes qui, tels Jaune ou Bleu, traitent de la création et de ses processus."
Blandine Campion. Récits en ton sur ton. Quand la couleur inspire la réflexion. Le Devoir. Dans chronique : Livres. Samedi 9 et dimanche 10 janvier 1999.
"Que diriez-vous si les couleurs nous transmettaient leurs pensées de vive voix ? C'est exactement ce qu'a tenté de faire dans cet ouvrage Francine Chicoine et, on doit l'avouer, elle a très bien réussi. "
Patrick Roy et France Barraud. Le Tailleur de confettis. Francine Chicoine. Vents d'Ouest. L'Eau vive. Régina, 18 mars 1999.
"C'est un recueil qui donne tout son sens au mot écriture, tout d'abord du fait qu'il en évoque la genèse et l'inspiration, plus spécifiquement dans la première nouvelle qui s'intitule ''Jaune''. Mais l'originalité de la démarche réside essentiellement, et pour cause, dans la thématique des couleurs, chaque nouvelle introduisant une couleur, laquelle est associée à des émotions et à des expériences.
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Ce recueil nous comble à plusieurs niveaux. Retenons surtout de l'auteure sa grande capacité d'imagination qu'elle met au service de l'analyse et du questionnement, entre autres en privilégiant la nuance, exploitée à travers certaines ''couleurs''. "
Martin Thisdale. Francine
Chicoine. Le Tailleur de confettis. Éditions Vents d'ouest,
coll. Azimuts/récits, 1998, 122p. Moebius. No 84. Hiver 2000.