Iléana Doclin,
L`Autruche céleste
Editions Flammarion, 2000
- J`aurais tellement voulu qu`il parte de façon flamboyante...qu`il meure en baisant ou en bûchant, en engueulant le maire du village. Ou en choisissant de se tirer une balle dans la tête, lui qui a si souvent menacé de le faire. On ne meurt pas toujours comme on a vécu. p. 92- Je suis devenue molle de partout. L`intensité de mes chagrins diminue. Ils sont de plus en plus absents. Quant à mes peurs, elles ont disparu aux trois quarts. p.116
- Pourquoi est-ce que j`aime autant la vie depuis que je n`en attends plus rien? Pas que je sois comblée par le vide ou éteinte. Le "plus rien" dont je te parle, c`est celui qui est doux, qui t`empêche de perdre ton temps et énergie à regretter de ne pas être Prix Nobel de chimie, à espérer qu`un jour une rue portera ton nom ou à rêver d`être pour tous les hommes de la planète la quintessence du sexe et de l`intelligence. p.139
- ...j`ai une confiance absolue en l`avenir, qu`il dure 10 ou 40 ans. Il faut oser si on veut avancer dans cette si courte vie. Pas de temps à perdre. Peu importe le résultat, il seras toujours plus intéressant que l`habitude et l`ennui... p.169
- Ce qui me fait dire que plus on se pose des questions et plus on encule des mouches, plus on est malheureux. La grandeur de notre conscience est proportionnelle à notre souffrance. Pourquoi?
Parce qu`on analyse tout. On ne fait que ça analyser, comparer. L`autre jour je regardais à la télé un documentaire sur la trisomie dont la conclusion m`a laissée pantoise. Sur quatre enfants trisomiques suivis pendant quelques années, deux avaient été placés en institution et les deux autres, élevés par des parents particulièrement stimulants, déterminés de tout leur coeur à les rendre plus intelligents et fonctionnels possible. Eh bien, les enfants placés étaient heureux, libres dans leur tête. Leur conscience était si limité qu`ils aimaient tout de la vie. Les deux autres, en apprenant beaucoup et en dépassant leur handicap, ont aussi découvert la tristesse. Trop informés de leur différence et pas assez pour comprendre qu`elle allait avec l`éveil à la réalité, ils étaient devenus malheureux comme les gens normaux. p.215
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