L'écriture des toponymes ©



SOMMAIRE


REMERCIEMENTS

Ce texte a été rédigé en 1996 à l'intention des employés de la firme Les consultants en environnement Argus et constituait alors une annexe de sa Politique d'édition. Pour son actuelle édition électronique, l'auteure y a simplement ajouté un sommaire, des liens hypertextes internes de même que ces remerciements. Au printemps 1996, trois professionnels ont accepté d'en faire une lecture préliminaire et ont émis des commentaires qui ont permis de le bonifier. Que ces premiers lecteurs soient ici personnellement remerciés de leur contribution : il s'agit de M. Christian Bonnelly, chargé de projet à la Commission de toponymie et de MM. Bernard Massicotte et Ghislain Verreault, biologistes chez Les consultants en environnement Argus.

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Avant d'aborder les règles d'écriture auxquelles sont assujettis en français les toponymes au Québec1, il convient de savoir ce qu'est un toponyme et comment il est formé. Nous ne présenterons ici que les principales règles d'écriture des toponymes, celles qui vous seront les plus utiles dans le cadre de votre travail chez Argus. À première vue, apprendre ces règles peut sembler très laborieux et quelque peu rébarbatif. Avec le temps toutefois, et l'usage surtout, on s'y fait et on peut même en apprécier toutes les subtilités. Sachant que vous avez devant vous de nombreuses années de rédacteur, dites-vous que l'exercice en vaut la peine.

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DÉFINITIONS

Toponyme

Un toponyme est un nom de lieu.
Le mot toponyme est formé du préfixe grec top(o)- (lieu) et du suffixe grec -onyme (qui porte le nom).

REMARQUES :
Les toponymes sont également appelés noms géographiques.

On distingue deux grandes catégories de toponymes :

- le toponyme d'entité naturelle;
- le toponyme d'entité administrative.

Parmi les toponymes d'entité administrative, on retrouve les odonymes.

Dans son Guide toponymique du Québec, la Commission de toponymie distingue quatre types de toponymes : le toponyme d'entité géographique naturelle, le toponyme d'entité géographique artificielle, le toponyme d'entité administrative et l'odonyme; mais pour des raisons de simplification, nous nous en tiendrons aux deux catégories retenues dans les autres ouvrages que nous avons consultés.

Un toponyme est composé de deux éléments : un générique et un spécifique2. Le générique est relié au spécifique par des prépositions ou des articles définis tels à, aux, de, du, des, etc.

Toponyme d'entité naturelle

Un toponyme d'entité naturelle est un nom de lieu qui désigne un espace façonné par la nature.

Exemples :
chute Montmorency
mont des Éboulements
île Verte

Toponyme d'entité administrative

Un toponyme d'entité administrative est un nom de lieu qui désigne un espace déterminé par l'homme.

Exemples :
Port-au-Persil [hameau]
parc marin du Saguenay—Saint-Laurent
Bas-Saint-Laurent [région administrative]

Odonyme

Un odonyme est un nom de lieu qui désigne une voie de communication.
Le mot odonyme est formé du préfixe grec odo- (du grec hodos) qui signifie route et du suffixe grec -onyme.

Exemples :
boulevard Pierre-Bertrand
route Transcanadienne
côte Sainte-Geneviève

NOTE :
Nous ne nous attarderons pas sur les odonymes dans le cadre de cette annexe.

Générique

Un générique est un nom commun qui sert à désigner le type d'entité.

Exemples de génériques de toponymes d'entité naturelle : baie, île, lac, mont, rivière, etc.
Exemples de génériques de toponymes d'entité administrative : avenue, boulevard, comté, municipalité, parc, réserve faunique, ville, etc.

REMARQUES :
Les règles d'écriture qui régissent les génériques sont relativement simples.

Spécifique

Un spécifique est un nom propre qui sert à spécifier la désignation.

REMARQUES :
Ce nom propre peut être composé d'un ou plusieurs mots de différentes natures (adjectif, patronyme, nom simple ou composé, verbe + complément, etc.), ce qui rend les règles d'écriture auxquelles sont soumis les spécifiques d'autant plus complexes...

Le spécifique suit le générique généralement. Il arrive parfois qu'il le précède (ex. : Premier Rang) ou qu'il se trouve de part et d'autre du générique (ex. : Grande rivière de la Baleine).

Exemples de spécifiques de toponymes d'entité naturelle :
tourbière de L'Isle-Verte
rivière du Cap Rouge
baie du Havre aux Basques (type d'entité = lagune)

Exemples de spécifiques de toponymes d'entité administrative :
Cap-Rouge [ville]
autoroute Dufferin-Montmorency
L'Ange-Gardien [municipalité]
réserve nationale de faune de L'Isle-Verte

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LISTE DES PRINCIPAUX GÉNÉRIQUES D'ENTITÉ NATURELLE

aboiteau
anse
archipel
baie
barachois
bassin
cap
estuaire
fleuve
golfe
havre
île, îlet, îlot
lac
marais
massif
mer
mont
montagne
océan
pointe
rivière
ruisseau
tourbière
vallée

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LISTE PARTIELLE DE GÉNÉRIQUES DE TOPONYMES D'ENTITÉ ADMINISTRATIVE

allée
autoroute
avenue
boulevard
canton
chemin
comté
côte
hameau
MRC (municipalité régionale de comté)
municipalité
parc
paroisse
place
pont
promenade
rang
région administrative
réserve de la biosphère
réserve faunique, réserve nationale de faune
route
ville
village
zac (zone d'aménagement et de conservation)
3
zec (zone d'exploitation contrôlée)4

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PRINCIPALES RÈGLES D'ÉCRITURE CONCERNANT LES TOPONYMES

1. Abréviation

1.1 Générique

On ne doit pas abréger le générique d'un toponyme naturel dans une phrase. Il est toutefois permis de l'abréger en cartographie lorsqu'on fait face à un manque évident d'espace. De même, on ne doit pas abréger le générique d'un toponyme administratif dans une phrase. On peut toutefois l'abréger dans une adresse si l'espace est manquant.

1.2 Spécifique

On ne doit pas abréger dans le corps d'un texte les spécifiques, que ceux-ci désignent une entité naturelle ou administrative. Dans certains cas (cartes, panneaux, etc.), notamment lors d'un manque d'espace évident, les abréviations des titres honorifiques ou de fonction de même que les abréviations qui suivent sont tolérées.

Exemples :
Écriture recommandée Abréviations permises
Capitaine Cap.
Docteur Dr
MonseigneurMgr
Président Prés.
Saint- St-
Sainte- Ste-
Notre-Dame N.-D.
Nord N.
Sud Est
Ouest O.

2. Accents

On doit toujours utiliser les accents et autres signes diacritiques (p. ex. accents, cédilles, tréma) tant pour les lettres minuscules que les lettres majuscules.

3. Graphie d'origine

On doit toujours respecter la graphie d'origine des toponymes : ceci inclut leur non-traduction.

Exemple :
Forme correcte Formes incorrectes
Québec [ville] Quebec
Quebec City
Québec City

Les mots Saint ou Sainte compris dans un spécifique doivent être écrits au complet, sauf dans le cas où ces mots font partie d'un patronyme débutant par St ou Ste.

Exemples :
lac Saint-Pierre (nom de saint : saint Pierre)
cours d'eau St-Amour (nom de famille : St-Amour)

Les articles faisant partie d'un spécifique peuvent se contracter pour les besoins d'un texte.

Exemple :
Toponyme : Les Escoumins [municipalité];
Contraction : On peut observer les baleines aux Escoumins.

CAS PARTICULIER :
Les toponymes des parcs et lieux historiques au Québec ou les caprices d'un système fédéraliste... Selon qu'un parc est sous juridiction provinciale ou fédérale, l'écriture de son nom varie. Tous les parcs sous juridiction provinciale possèdent une graphie conforme aux règles d'écriture fixées par la Commission de toponymie. Ainsi, leur générique s'écrit avec une minuscule initiale et le spécifique, comme il se doit. Lorsqu'un parc ou un lieu historique est géré par le gouvernement fédéral, ceux-ci portent un nom adopté par décret, officialisé par une loi, dont la graphie n'est pas nécessairement entérinée par la Commission si elle ne répond pas à ses normes.

Comparez :
parc marin du Saguenay—Saint-Laurent (parc provincial)
et
Parc national de la Mauricie (parc fédéral - graphie officielle)
parc national de la Mauricie (parc fédéral - graphie recommandée par la Commission)

L'écriture des noms de parcs fédéraux pouvant se révéler embêtante, nous vous suggérons soit d'en vérifier l'écriture à la source, soit de demander assistance à la Commission de toponymie en téléphonant au numéro de téléphone mentionné dans la section Références.

4. Majuscule et minuscule

4.1 Générique

Lorsqu'ils font partie d'un texte suivi ou d'une légende, les génériques de tous les toponymes s'écrivent en minuscules. Le générique commence également avec une minuscule lorsqu'il s'inscrit entre deux éléments du spécifique.

Exemples :
Petit lac Clair
Grande batture des Escoumins
Petite rivière Saint-François

CAS PARTICULIERS :
Voici quelques cas où le générique prend exceptionnellement la majuscule initiale :

  1. En début de phrase, dans une liste ou sur une carte géographique;

  2. Dans le cas de certains noms consacrés : le Bouclier canadien, le Bassin parisien, le Massif central;

  3. Lorsque le spécifique précède le générique : ex. : les Grands Lacs, le Grand Canyon;

  4. Le générique « ville » prend la minuscule quand on fait référence à un espace géographique déterminé par l'homme (ex. : La ville de Montréal est la métropole du Québec.) et prend la majuscule quand on fait référence à l'administration municipale qui la gouverne (ex. : La Ville de Montréal a conclu une entente avec ses cols blancs.).

4.2 Spécifique

Pour simplifier, on peut dire que, contrairement aux génériques, les spécifiques s'écrivent avec la majuscule. Mais comme les spécifiques peuvent être formés d'un ou plusieurs mots... la réalité est un peu plus complexe.

Exemples de spécifiques composés d'un seul mot :
baie James
île Madame
cap Tourmente
pont Samson

Exemples de spécifiques composés de plusieurs mots :
rivière du Petit Pré
rivière de la Petite Grand-Mère
réserve nationale de faune des Îles-de-la-Paix

Les éléments des spécifiques de tous les toponymes prennent la majuscule, excepté les articles, les prépositions et les conjonctions quand ils sont à l'intérieur du spécifique.

Exemples :
émissaire de Sainte-Anne-des-Monts
Lebel-sur-Quévillon
[ville]
Saint-Ferréol-les-Neiges [municipalité]

Quand un article, une préposition ou un pronom débute un spécifique, ils prennent la majuscule comme dans les exemples qui suivent.

Exemples :
pointe de La Martinique
rivière Qui-Mène-du-Train
L'Isle-Verte [municipalité]
La Romaine [réserve indienne]

5. Points cardinaux

Font partie des points cardinaux les mots suivants : nord, sud, est, ouest, midi, centre, occident, orient, couchant et levant.

Les points cardinaux prennent la majuscule lorsqu'ils sont rattachés à une voie de communication, font partie d'un toponyme ou désignent une région ou une entité géographique déterminée.

Exemples :
(voie de communication) boulevard René-Lévesque Est
(toponyme) Bolton-Ouest [municipalité]
(région du globe) Amérique du Nord
(entité géographique) Les relations entre l'Est et l'Ouest s'améliorent.

Quand les points cardinaux indiquent simplement l'orientation, la direction ou l'exposition, ils s'écrivent avec une minuscule.

Exemples :
(orientation) la rive nord du Saint-Laurent [fleuve]
(direction) Le vent vient du sud-ouest.
(exposition) La maison est exposée au midi.

Les points cardinaux sont joints au spécifique avec un trait d'union seulement dans le cas des toponymes administratifs, en excluant les odonymes.

Exemple :
Comparez :
- îlet à Lacroix Est (toponyme d'entité naturelle);
- boulevard Charest Est (odonyme); et
- Montréal-Est [ville] (toponyme d'entité administrative).

6. Tiret

On utilise le tiret (—) plutôt que le trait d'union (-) lorsque l'on réunit deux ou plusieurs toponymes dont l'un, au moins, comporte déjà un trait d'union.

Exemples :
zac Mont-Tremblant—Taureau
Saguenay—Lac-Saint-Jean [région]
Québec—Trois-Rivières—Montréal [couloir]

Pour faire un tiret avec la technologie IBM/Windows, utilisez les touches suivantes : alt+0151 (code ANSI).

7. Trait d'union

7.1 Générique

L'élément générique n'est jamais lié à l'élément spécifique par un trait d'union.

7.2 Spécifique

- Toponymes d'entité naturelle

Les divers constituants du spécifique des toponymes d'entité naturelle ne sont jamais réunis entre eux par un trait d'union, sauf dans les cas particuliers présentés ci-après.

CAS PARTICULIERS:

  1. Entre le mot Saint ou Sainte et le mot qui le suit (ex. : mont Sainte-Anne);

  2. Entre un prénom ou un titre et un patronyme, peu importe la langue d'origine
    (ex. : îlot Georges-Henri, ruisseau John-Lamb, île du Prince-Édouard);

  3. Quand le spécifique est un nom composé (ex. : île du Pique-Nique);

  4. Entre un verbe et un sujet ou un complément (ex. : lac Trompe-Souris,
    lac Qui-Bouille) de même qu'entre un nom et son complément déterminatif (ex. : ruisseau Crête-de-Coq);

  5. Quand le spécifique doit son nom à une entité administrative
    (ex. : baie de Rivière-du-Loup, péninsule Québec-Labrador).

- Toponymes d'entité administrative

On doit utiliser le trait d'union entre les divers constituants de l'élément spécifique des toponymes d'entité administrative.

Exemples :
Îles-de-la-Madeleine [MRC]
Lac-Saint-Charles [municipalité]
réserve nationale de faune du Cap-Tourmente
chemin des Quatre-Bourgeois

Comparez :
baie James (toponyme d'entité naturelle);
et
Baie-James [municipalité] (toponyme d'entité administrative).

île d'Orléans (toponyme d'entité naturelle);
et
L'Île-d'Orléans [MRC] (toponyme d'entité administrative).

CAS PARTICULIERS :
Cette règle ne s'applique pas lorsque le spécifique est entièrement de langue anglaise, amérindienne ou inuit (ex. : New Richmond [ville], Thetford Mines [ville]).

Un article ou une particule de liaison placés en tête du spécifique ne sont pas suivis du trait d'union (ex. : La Côte-de-Beaupré [MRC]).

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RÉFÉRENCES

Commission de toponymie, consultations toponymiques, renseignements et abonnements au bulletin Le Toponyme : tél. : (418) 643-2817, téléc. : (418) 644-9466.
Courrier électronique : topo@toponymie.gouv.qc.ca
Site Internet : http://www.toponymie.gouv.qc.ca

Office de la langue française, le téléphone linguistique, enregistrement « la majuscule ou la minuscule aux points cardinaux » (no 639), tél. : (418) 528-9999.



DOCUMENTS CONSULTÉS

Cajolet-Laganière, Hélène. 1982. Le français au bureau, Éditeur officiel du Québec, 197 p.

Commission de toponymie. 1987. Répertoire toponymique du Québec 1987, Les Publications du Québec, xxvii, 1900 p.

Commission de toponymie. 1990. Guide toponymique du Québec, Les Publications du Québec, xi, 178 p.

Commission de toponymie. 1994. Noms et lieux du Québec : dictionnaire illustré, Les Publications du Québec, xxxv, 925 p.

Commission de toponymie. 19895. Le Toponyme, vol. 11, no 1, décembre 1995.

Dionne, Pierrette. 1990. Guide pour la rédaction et la révision linguistique des rapports annuels et administratifs, Les Publications du Québec, 40 p.

Office de la langue française. 1991. « Points cardinaux » dans Bloc-notes, vol. 4, no 1.

Ramat, Aurel. 1991. Grammaire typographique, 91 p.

Secrétariat d'État. 1987. Guide du rédacteur de l'administration fédérale, Bureau des traductions, Ottawa, xxii, 218 p.

Villers, Marie-Éva de. 1992. Multidictionnaire des difficultés de la langue française, Québec-Amérique, xxi, 1324 p.

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    Copyright 1996 Colette Tremblay, deuxième édition : décembre 1998.

  1. La Commission de toponymie est l'organisme officiel responsable de la normalisation des noms géographiques au Québec. Pour ce faire, la Commission travaille en collaboration avec l'Office de la langue française et s'inspire des recommandations des Nations Unies formulées lors des Conférences des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques.

  2. Pour améliorer l'intelligibilité des exemples choisis pour ce texte, tous les spécifiques des toponymes sont présentés en caractères gras. Par souci d'exactitude, tous les toponymes cités en exemple sont complets; ils devraient ainsi comprendre un générique et un spécifique. Toutefois, on remarquera que le générique est parfois absent (surtout dans le cas de certains toponymes d'entité administrative). Ainsi, lorsqu'il ne fait pas partie du nom officiel mais qu'il est sous-entendu, le générique sera indiqué entre crochets.

  3. Pluriel de zac : zacs.

  4. Pluriel de zec : zecs.


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