" Musik à la Schrammel " (écrit comme tel dans les textes originaux en allemand). Ainsi présentait-on à Vienne et dans ses environs, les endroits où se produisaient les frères Johann (1850-1893) et Josef (1852-1895) Schrammel, deux violonistes de la seconde moitié du 19e siècle, auxquels se joignaient le virtuose de la clarinette en sol Georg Dänzer et le contreguitariste Anton Strohmayer, car les frères Schrammel avaient réussi à créer un "genre" de musique instrumentale unique en soit. Fils d'un clarinettiste et d'une mère chanteuse (folklorique), Johann Schrammel, formé lui-même au conservatoire et versé dans l'ethnomusicologie, rassembla la rigueur d'une formation instrumentale de chambre mi-classique (2 violons) et mi-folklorique (clarinette en sol et contreguitare) au trésor que constituait le folklore viennois qui avait d'ailleurs inspiré plus d'un grand compositeur. Et comme pour les valses de Johann Strauss, de plus en plus impropres à la danse de par leur caractère toujours plus apparenté au poème symphonique (valse empereur par exemple), la musique de Johann Schrammel, encadrée dans les formes de danses traditionnelles valse, polka, ländler, ne servait plus à faire tourbillonner les gens mais davantage à véhiculer une émotion unique, profondément viennoise, simple mais cependant digne des grands chefs-d'oeuvre. Cette musique et ces musiciens devinrent, pendant treize années, la coqueluche des Viennois, du simple citoyen à l'aristocrate avant de conquérir l'Europe et d'être invités à jouer à l'exposition internationale de Chicago de 1893. Les maîtres viennois comme Johann Strauss et Johannes Brahms étaient de fervents admirateurs des "Schrammel" et le directeur de la Philharmonique de Vienne, Hans Richter, voulant fêter ses musiciens, les invita à une soirée Schrammel alléguant "qu'il ne pouvait leur offrir rien de mieux", tout ceci attestant que la reconnaissance du "genre Schrammel " par les plus grands musiciens viennois ne faisait aucun doute. Il peut être difficile d'expliquer en mots ce qu'est ou ce que devrait être le ´ genre Schrammel ª car, comme d'autres formes musicales, il existe le produit original et ce qu'en on fait les générations subséquentes. À l'instar de l'interprétation de la musique baroque qui a connu au cours des deux dernières décennies, des bouleversements inimaginables lorsque que les musiciens et musicologues se sont rendu compte qu'il ne suffisait plus de lire la partition de manière traditionnelle et qu'une connaissance profonde des habitudes d'interprétation de l'époque était indispensable à tout interprète voulant lui rendre justice, la "Schrammelmusik" ne peut véritablement naître que d'une interprétation soucieuse de la tradition et dépassant les limites de la notation musicale. À Vienne même, on peut encore retrouver de la "Schrammelmusik" dans les Heurigen (endroits oû l'on déguste le vin nouveau) de Grinzing mais on peut aussi tenter de dénicher les trop rares concerts des ensembles Schrammel formés par les musiciens des grands orchestres viennois qui se vouent à perpétuer la tradition et le style d'interprétation authentique... et enfin comprendre pourquoi le grand Brahms était subjugué par cette musique.