Accueil Voyages Cuisine Lecture Réflexions L'ouèbe d'Iza

Sommaire :
Switch off or not switch off ?
Bientôt l'école...
Comme dit mon père

Gags du genre
Reader's Digest

Croisés les mots!

nous joindre



© Isabelle Côté

 

Réflexions sur tout et sur rien

Je n'ai encore jamais écris ce genre de chose. J'ai bien un journal, quelque part dans la maison, oublié dans quelques coins. Mais à quoi sert-il d'écrire si ce n'est pour être lu. Alors voilà ! Je me lance. Mes pensées, mes convictions et mes doutes. Rien que pour vous.


Switch off or not switch off, that is the question.

Novembre 2003

Novembre, le mois des morts, dit-t-on. Et un de mes oncles vient de décéder. Autre chose que l'on dit, on ne meurt que lorsque l'on accepte enfin de mourir. Mais notre entourage accepte-t-il que l'on parte ? Ne voudrait-on avoir plus de temps pour se faire à l'idée qu'un être cher soit mort ou va mourir. À partir de quand, au juste, doit-on faire le deuil d'un parent ou d'un ami ? Et de quoi, au juste, fait-on le deuil ?

Toutes ces questions doivent vous sembler bien lugubres et curieuses. Il ne s'agit que de mon oncle, après tout. Pas d'un frère, d'une soeur, de mon père ou de ma mère. Comme toujours, je mets du temps et je préambule. Laissez moi faire encore quelques tours autour du pot et vous comprendrez.

Mon oncle était un homme d'une remarquable discrétion. Il marchait à pas feutrés (comme on dit dans les livres) et se plaignait rârement de sa santé. Remarquez qu'il aurait pu car elle n'était pas très bonne.

L'été dernier, il a du subir une intervention chirurgicale importante. Il devait se faire « débloquer » les artères et remplacer un pontage. Son coeur déjà faible, il a fait une crise importante et s'est retrouvé à l'urgence du CHRR pour être ensuite transféré au CHUL où il a subi d'urgence les intervensions qu'il aurait subi quelques semaines plus tard si tout s'était passé comme prévu. Problème. Il ne s'est pas réveillé. Dans le coma, branché à des appareils pour le maintenir en vie, sa famille a dû se réunir pour prendre LA décision. Switch off or not switch off. Après quelques heures de délibérations déchirantes, tout le monde s'était finalement mis d'accord pour « débrancher mon oncle » et lasser la nature suivre son cours. Mais voilà, pendant que cette décision difficile se prenait, mon oncle se réveillait entièrement paralysé et incapable de prononcer un seul mot ni même d'émettre un son. Encore un drame. Comme si le premier n'était pas suffisant.

Pourquoi je vous racconte tout ça ? Pour étayer mon propos, bien sur ! Je continue mon histoire.

Il pouvait bouger les yeux, était conscient et reconnaissait tout le monde. Pierre, mon cousin, a même testé les facultés de son père. Il lui a lu un article, dans un journal, qui traitait d'un sujet qui touchait mon oncle. Parlant d'un concept en particulier (pardonnez moi, je ne me souviens plus lequel), il lui a demandé: « Tu sais ce que c'est, ça, hein, papa ? » Il parraît que Pierre aurait eu droit à une oeillade qui en disait long et qui aurait pu se traduire par « J'suis invalide mais pas sénile ! »

Et puis, petit à petit, mon oncle s'est mis à bouger les doigts et les orteils, à émettre quelques sons... à faire mentir la médecine moderne. Il fut retourné au CHRR. Mais là, les progrès se faisait lents, très lents. Pour l'aider dans sa réabilitation il fut transféré dans un centre de réadaptation à Mont-Joli près de Rimouski. Là, il était soigné « aux p'tits oignons ». Le paysage montagneux, les feuilles colorées de l'automne, la bonne cuisine qu'on lui servait et la complicité qu'il s'était développé avec quelques autre patients lui avait donné meilleur moral et permettait, grâce à des soins appropriés, des progrès un peu plus substanciels et encourrageants, bien que ce genre de réabilitation soit de longue durée. Et ça, il le savait et était près à se battre pour pour son rétablissement.

Sa joie était au comble lorsqu'il pouvait, le temps d'un repas en famille, échapper aux murs astiqués et aux planchers désinfectés du centre. Dégustant la bonne cuisine de sa Gisou, à table chez lui et appréciant la compagnie de ses enfants revenus à Rimouski pour l'occasion.

Seulement voilà, il y a une quinzaine, il a été malade. Une forte indigestion. Rien de grave en apparence. Mais probablement que des substances expulsées par les hauts-le-coeur se sont introduites dans les voies respiratiores. En tout cas, c'est apparemment ce qui expliquerait la pneumonie qu'il a faite par la suite. Cette fois, il ne s'en est pas remis. Tout le poumon droit s'est remplis de sécrétion. Le poumon gauche, trop faible, ne pouvant suffir aux besoins en oxygène, son coeur a flanché. La suite, on la connaît déjà.

Il y a, à mon avis, quelque chose d'assez inusité dans tout cela. Ou peut-être pas tant que ça, finalement. Ma tante, mon cousin et mes cousines ont eu la chance de vivre des moments privilégiés avec leur père et leur mère. Le sentiment d'urgence qu'a causé tous ces événements les a poussés à poser des gestes et à prononcer des paroles exprimant leurs sentiments vis-à-vis de leur parents qu'ils n'auraient peut-être pas eu la chance de faire et de dire autrement. On pourrait dire en quelques sortes que cette famille a eu de la chance dans ce malheur.

Ce qui fait que je me pose plusieurs questions : Quelle est cette pudeur qui nous empêche de dire à nos proches qu'on les aime ? Quel est ce mutisme obstiné qui nous empêche de poser la question qui nous a toujours torturé, de pardonner l'erreur qui nous fait encore pleurer parfois ? Car ce sont bien là les questions qui se cachent derrière l'autre question. Doit-on ou non débrancher les appareils qui maintiennent en vie quelqu'un qui serait peut-être déjà mort si ce n'était de ces mêmes appareils ?

Au moment de prendre une telle décision, quels sont nos regrèts ? Quel est notre souhait le plus cher ? Et si quelques minutes nous était accordées, que dirions nous à cette personne qui nous est proche et qui s'en va ? Que ferions nous de ces quelques instants ? Et ne se dit-on pas, devant l'évidence que notre époux, notre mère ou notre fils ne sera bientôt plus sans que l'on ne puisse rien y faire, qu'on aurait donc dû laisser parler notre coeur ?

Haut de la page  |


Croisés, les mots!

Un jour mon fils, qui avait alors quatre ans, me demande : « Maman, pourquoi est-ce que tu fais des mots croisés ? »

J'ai levé les yeux, crayon et carnet aux mains, et lui ai répondu : « Bien, parce-que j'aime ça ». Ce qui, à l'époque, était encore vrai. Alors il m'a dit d'un ton presque lassé : « Ben, moi, j'aimerais que t'en fasses des droits ! »

Haut de la page  |


Bientôt l'école

Août 2003.

Bientôt l'école. J'ai deux garçons insouciants qui ne paniquent pas encore car nous ne sommes qu'au tout début du mois d'août. Mais je sais que la lutte va bientôt recommencer.

J'en ai un qui est plus turbulent que la moyenne mais qui apprend bien quand même. La plupart du temps, il manque de motivation et, assez souvent, refuse de faire le travail demandé. La direction et les enseignant(e)s m'ont fortement recommandé de le faire évaluer en psychiatrie car selon eux, ça ressemblait à un cas d'hyper-activité.

Ça, c'était il y a deux ans. L'an dernier, à l'usure, je l'ai emmené se faire évaluer, comme on me l'avait si récuremment demandé. Pour entendre les intervenants de l'école me dire qu'après tout, il ne ressemble pas vraiment à un hyper-actif puisqu'il n'a pas vraiment de troubles d'apprentissage. Un manque de volonté et de motivation, sans plus. Il faut dire qu'entre temps, des changements étaient survenus à l'école : nouvelle direction, nouvelle psycho-éducatrice. Évaluation du psy : mon fils est un opposant. Grande nouvelle !

Donc, la lutte va bientôt recommencer. Lutte pour les devoirs et les leçons. Sans parler des téléphones de l'école, à toutes les semaines, parfois plusieurs fois par semaine. Fiston ne se rend pas vraiment compte qu'il est la cause de tous ses maux. Mais il y a aussi la perception des autres. Le fait que quand on est enfant et qu'on n'a pas vraiment envie d'être réprimandé pour ses petits méfaits. Fiston devient facilement la cause évidente de tous les mauvais comportements de tout le monde. Les enseignants, le plus souvent n'y sont pas dupes. Mais Fiston « ne l'entend pas du même oeil ». Il revient à la maison, frustré et de très mauvaise humeur, en maugréant contre la terre entière. Il me semble alors, que rien n'y fait pour le calmer. Et lui faire dire calmement ce qui s'est passé... Quant à faire les devoirs et leçons, n'y pensons plus. « L'école, c'est con p'is j'y vas p'us ! »

Je le comprend donc. Ayant moi-même déjà dû subir les sarcasmes et moqueries de mes camarades de classe, je sais combien parfois, aller à l'école peut signifier se rendre au calvaire. À l'époque, on ne parlait pas encore du phénomène de l'exclusion. Parfois, j'ai peur que Fiston s'attire ce genre de disgrâce. Bien entendu, les exclus ne sont la victime que d'une poignée d'individus. Mais le silence des autres les rend complices, même s'ils s'en défendent bien.

Et bien entendu, je ne sais pas quel comportement adopter face à Fiston et ses frustration. Si je lui dis que je le comprends bien de ne pas vouloir aller à l'école pour avoir ressenti la même chose, va-t-il croire que je l'autorise à rester à la maison ? Comment l'aider à faire face. Trente ans plus tard, je ne sais toujours pas comment j'aurais pu réagir face à des enfants me menaçant et me ridiculisant. Alors, je ne sais pas d'avantage quel conseil lui donner. 

Et puis il y a les contradictions de l'école elle-même. Il faut accepter les différences mais il faut que tout le monde agissent de la même façon. Il faut être tolérant envers les habitudes des autres mais n'allez pas acheter de cahiers de la mauvaise couleur.

Je ne rigole pas avec les couleurs des cahier. Quand j'étais à l'école primaire, il fallait un cahier pour le français, un pour l'arithmétique, un pour l'enseignement religieux et puis peut-être un autre pour je ne me rappelle plus quoi. Pourvu qu'ils soient de la bonne sorte. Avec ou sans lignes, ou à carreaux. Sans plus. La couleur, peu nous importait. Et on les achetait au fur et à mesure des besoins.

Maintenant, il faut des tas de cahiers de couleurs et d'espèces bien déterminées. À la fin de l'année, il en reste toujours qui n'ont pas été utilisés. Et pas question de les refiler pour l'année suivante puisque ce sera autre chose... Voilà pour la tolérance et les différences.

Toujours est-il que parfois, j'en ai ras le bol de l'école !

Haut de la page  |


Comme dit mon père...

Comme dit mon père : Credo in unum Deum. Je crois en un seul Dieu. Et ça s'arrête à peu près là. Il m'arrive parfois de dire ceci : Je crois en Dieux créateur de l'univers. Quoi ? Vous dites que c'est : « du ciel et de la terre ». Mais pourquoi s'arrêter là ? Et ne me dites pas que « le ciel », ça voulait dire le reste de l'univers. À l'époque où cette prière fut écrite (et par la suite traduite) par quelque Saint Père de l'Église Catholique Romaine, le ciel, c'était une voûte sur laquelle était accrochés la lune, le soleil et les étoiles. Le tout tournant autour d'une terre plate comme une galette. Et vous voudriez que je répète ces sottises ? Désolé, ce n'est pas ce que mon père m'a enseigné. N'y voyez pas de mal, Jésus nous a enseigné le Notre Père, pas le Je crois en Dieu.

Toujours est-il que je crois en Dieu. Point. Mais j'y crois ! Parfois, je lui parle aussi. Et ça lui arrive de m'écouter. Un jour, j'en ai même eu la preuve. On dit qu'avoir la foi, c'est croire. Donc, avoir la foi, c'est aussi ne pas douter. Mais cette deuxième manière de présenter la chose n'est pas la bonne. Car le simple fait de penser qu'il ne faut pas douter, c'est déjà douter. Donc avoir la foi, c'est croire sans penser au doute. Donc, finalement, avoir la foi, c'est croire. Point. Et on passe à autre chose. Comme ça, on ne doute pas.

Chez moi, l'hiver, sur le petit perron côté sud,la façade de la maison étant orientée vers l'ouest (orientée vers l'ouest, c'est drôle) il y a trois pelles : une rectangulaire en aluminium pour la neige, et deux autres en plastique que les gars utilisent pour jouer à pelleter (faut commencer l'entraînement jeune ;-). C'est comme ça depuis qu'ils savent marcher.

Un jour, alors qu'il neigeait, les gars, qui avaient alors trois et quatre ans, sont allés jouer dehors... avec les pelles, bien entendu ! Et, bien entendu, sont rentrés sans les avoir rangées comme je le leur avait pourtant demandé - « Oui maman. On les a ramenées. » Le lendemain, je sors pour pelleter l'entrée d'auto. Sur le perron, qu'une pelle... en plastique. « LES GARS ! » Mais ils sont tout petits et ont oublié où ils les ont laissées. Je leur demande : « Où étiez-vous quand vous avez joué avec.
— En avant, sur la pente ».
Et du doigt, ils me montrent le remblais de neige que les camions de déneigement laissent devant notre terrain. Il a neigé toute la nuit. Et les déneigeuses ont déneigé toute lanuit... Je prends donc la pelle jouet et entreprend de dégager le perron et les marches de l'escalier. Puis je pelle un « tow path » jusqu'à la grosse pelle traîneau.

Je n'aime pas la pelle traîneau. Ça exige beaucoup des jambes (j'ai mal dans les genoux) et je trouve cet exercice particulièrement essoufflant. Plus on pelle, plus on s'éloigne de la « dump » et plus la charge est lourde puisque l'on s'approche du remblais des déneigeuses. J'ai été élevée à la petite pelle. J'ai la « swing » de la petite pelle (qui n'est pas la même chose qu'avoir le swing ou sentir le swing).

Je me suis donc « attelée » à la pelle traîneau ! Vous devez vous demander quel est le rapport avec le fait que je crois en Dieu ? Ça s'en vient, sauvez vous pas ! Une fois l'ouvrage terminé, j'étais en nage sous mon manteau (donc, je sentais le swing) et c'était l'heure d'aller préparer le dîner (repas du midi) à mes petits affamés qui avaient eu droit à quelques tours de pelle traîneau - « Hue ! Maman ! » C'est ici qu'est intervenue ma foi en Dieu. Je considérai le devant du terrain, l'heure et ma sueur. Je me suis dit que trempée comme j'étais, j'attraperais la crève si je continuais de pelleter. D'autant qu'il n'était pas certain que je trouve les pelles. Alors, levant les yeux au ciel, je Lui ai dit : « T'est bon Toi. Tu vas les trouver, mes pelles ! » Textuel. Aussi désobligeant que cela puisse paraître. Et je n'y ai plus repensé. Je suis aller faire le dîner, me laver, dîner avec mes gars et m'occuper à d'autres affaires le reste de la journée.

Le soir, un peu avant 22 h 30, cognant des clous (les français en scient) devant monsieur Derome - le télé journal de Radio-Canada a un je ne sais quoi de soporifique - j'éteignis la télé et allai me coucher. Je commençais juste à me dévêtir lorsque j'entendis des voix qui me semblait venir de mon entrée pelletée le matin même. J'ai donc remis mon chandail et suis allée voir ce qui se passait. Mais arrivé à la porte (côté sud), je n'ai vu personne. Je n'avais pas vraiment envie de me geler alors je n'ai pas ouvert la porte pour voir d'un meilleur angle. Il y avait en effet des gens qui parlait, fort même, mais dans la rue. Je suis retourné me coucher. De mon lit, j'entendais toujours ces voix, qui parlaient et juraient de plus en plus fort accompagné du bruit du moteur d'une automobile faisant des efforts pour se sortir du piège glacé que peut devenir le bord d'une rue l'hiver. « Vroum ! Vroum ! Câlisse ! Essaye encore... Vroum ! Vroum ! Tab... » Il faut croire que chacun invoque le saint nom à sa façon. Et c'est sur cette berceuse que je me suis endormie.

Le lendemain matin, je devais me rendre chez le médecin pour une visite annuelle. Je m'étais entendu avec ma voisine (côté sud) pour qu'elle garde mes deux petites tornades. J'embale donc les garçons dans leurs tenues d'hiver et leurs affaires dans un sac, j'enfile mon manteau et mes bottes et nous sortons (du côté sud) pour aller chez la voisine. C'est alors que, sur le coin du terrain (de ma voisine) juste au bord de mon entrée, j'ai aperçu se dressant sur le haut de la « pente » un monument à ma foi : les deux pelles ! Elles étaient plantées là, victorieuses, sur le banc de neige.

Deux types dans une auto avaient tourné le coin un peu trop vigoureusement et s'étaient retrouvés jouqués dans la pente - généreusement remplie de neige dure soufflée ou gratée par les déneigeuses de la ville - de ma voisine. Mal pris, et sans pelle, ils ont d'abord emprunté ma pelle jouet (j'avais bien entendu quelqu'un dans mon entrée) qu'ils on remis pas tout à fait à sa place par la suite, puis commencé à pelleter pour dégager le véhicule. Ils ont du avoir la surprise de leur vie (en deuxième place après s'être pris dans l'banc d'neige) lorsqu'ils ont trouvé, en pelletant, une pelle, puis une autre pelle !

Jamais je n'aurais cru que Dieu était capable de « mettre deux gars dans l'trouble » pour trouver mes deux pelles. J'en ai conclu qu'il vaut mieux être poli lorsqu'on s'adresse à Dieu.

Haut de la page  |


Accueil  |  Voyages  |  Cuisine  |  Lecture  |