«C'est toute autre chose de se promener parmi de
belles maximes et de belles notions, et d'en faire l'applica[ti]on au train
ordinaire du monde.»
Les
droits de la conscience
Extrait du Commentaire philosophique (1686)
Texte intemporel où parle l'humanité, non au sens
de commisération, mais au sens de pensée rationnelle, au
sens où l'humanité est ce qui porte les lumières
de la raison sans quoi elle ne mérite plus son nom:
«Il est impossible, dans l'état où nous
nous trouvons, de connaître certainement que la vérité
qui nous paraît (je parle des vérités particulières
de la Religion, et non pas des propriétés des nombres ou
des premiers principes de métaphysique, ou des démonstrations
de géométrie) est la vérité absolue; car tout
ce que nous pouvons faire est d'être pleinement convaincus que nous
tenons la vérité absolue, que nous ne nous trompons point,
que ce sont les autres qui se trompent, toutes marques équivoques
de vérité, puisqu'elles se trouvent dans les païens
et dans les hérétiques les plus perdus. [...] Un Papiste
est aussi satisfait de sa religion, un Turc de la sienne, un Juif de la
sienne, que nous de la nôtre [Bayle est protestant, les Papistes
- terme péjoratif - sont les Catholiques. - note de l'éditeur
HTML]. [...] Les plus fausses religions ont leurs martyrs, leurs austérités
incroyables, un esprit de faire des prosélytes qui surpasse bien
souvent la charité des orthodoxes et un attachement extrême
pour leurs cérémonies superstitieuses. [...] Dans la condition
où se trouve l'homme, Dieu se contente d'exiger qu'il cherche
la vérité le plus soigneusement qu'il pourra et que, croyant
l'avoir trouvée, il l'aime et y règle sa vie. [...]
Le principal est ensuite d'agir vertueusement; et ainsi chacun doit employer
toutes ses forces à honorer Dieu par une prompte obéissance
à la morale. À cet égard, c'est-à-dire à
l'égard de la connaissance de nos devoirs pour les moeurs, la lumière
révélée est si claire que peu de gens s'y trompent,
quand de bonne foi ils cherchent ce qui en est.»
Pierre Bayle, Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ:
«Contrains-les d'entrer», où l'on prouve par plusieurs
raisons démonstratives qu'il n'y a rien de plus abominable que de
faire des conversions par la contrainte, et où l'on réfute
tous les sophismes des convertisseurs à contrainte et l'apologie
que Saint Augustin a faite des persécutions, 1686.
Un
extrait significatif du dictionnaire
à propos de la geste des 4 fils Aymon (14 000 vers):
Renaud, Allard, Guichard et Richard,
montés tous quatre sur le cheval-fée
Bayard.
«AIMON, prince des Ardennes, a été,
dit-on, le père de ces quatre preux que nos vieux romans ont tant
chantés. On les appelle ordinairement les
quatre fils Aimon. Ils n'avaient qu'un cheval à eux quatre,
nommé Bayard. Je ne parlerais pas d'une chose qui ne passe
que pour un
conte à dormir debout, si je n'avais à dire que ces grotesques
de nos vieux romanciers et les
fables qu'ils ont écrites ont fait irruption dans le sanctuaire.
La superstition des peuples les a introduites dans la religion; et si quelqu'un
avait dit à ces impertinents écrivains, Hae nugae seria
ducent in mala, il n'aurait pas été un mauvais devin.
L'histoire de Luxembourg, composée par Jean Bertels, abbé
d'Epternach, nous apprend que Renaud, l'aîné des quatre frères,
a été martyrisé pour le nom de Jésus-Christ,
qu'il a été canonisé, que l'Église célèbre
sa fête, et qu'on lui a consacré des temples, et entre autres
l'église de Saint-Renaud, dans le pays de Cologne, à laquelle
est annexé un couvent de filles. On voit aussi à Cologne
l'église du même saint, auprès de celle de Saint-Maurice;
et dans cette église, l'image des quatre frères sur la muraille.
Ils sont sur le même cheval, et leur aîné Renaud a un
diadème autour de la tête, comme une marque de sa sainteté.
On prétend qu'après avoir été un grand guerrier
sous Charlemagne, il se fit moine à Cologne, qu'il mourut martyr,
et qu'à cause qu'il fit des miracles après sa mort, on lui
bâtit une église».
Note: Les fables qu'ils ont écrites ont fait irruption dans
le sanctuaire. Diderot fait la
même remarque généralisée sur la génèse
des préjugés.