source : http://www.voltaire.ox.ac.uk/voltaire_english.html
[le 31 janvier 1673]
Je suis bien aise, mon cher Monsr de ce que vous m'aprenez
que les conferences interrompues par l'absence de Mr de
Rocole(1) s'en vont reprendre leur 1er train. Pleut à
Dieu etre asses heureux pour y pouvoir assister toutes les sepmaines! car
je
ne dout[e] nullement que je n'y fisse un tres grand profit,
cognoissant le savoir et la belle literature de celuy qui y preside(2),
et les
rares lumieres de tous vous autres mess[ieu]rs qui y parlez.
Je trouve encore que vous choisisséz tout à fait bien vos
matieres, et il
me paroit fort digne de votre jugement que vous veuilliez
vous entretenir sur les philosofes grecs. C'est un sujet assez vaste et
asses fertile; mais qui peut(2) étre mieux debrouillé
par l'industrie d'un habile homme, qu'il ne l'est naturellement. Il me
semble que
Vossius qui a fait un traitté des filosofes(3),
ne satisfait pas de la bonne sorte la curiosité des lecteurs: Car
si je ne me trompe, il
n'est rien dequoi l'on soit plus curieux sur ce chapitre
que de savoir quand se sont formées les differentes sectes, quels
en ont eté
les tenans, et par quels moyens elles se sont propagées
dans le monde. Or c'est ce que Vossius a negligé de nous eclaircir,
je ne
sai pourquoy.
La plus generale division qu'on ait accoutumé de
faire de toutes les sectes des filosofes, est de les distinguer en ceux
qui croyoient
avoir trouvé la verité, ceus qui croyoient
qu'elle ne se pouvoit pas trouver, et ceus qui ne croyans pas l'avoir trouvée,
la
cerchoient pourtant toute leur vie[a]. Les premiers etoient
de[s] gens fort decisifs et plus resolus que Bartole(5): ils fuyoient la
neutralité et l'equilibre entre deux opinions probables,
et ne manquoient jamais de prendre parti. On les nomma dogmatiques à
cause de cela. Tels ont eté les aristoteliciens,
les stoiciens et les epicuriens. Les seconds qui etoient les academiciens
voulant
prendre le contrepied des autres, allerent trop avant,
et sans y penser, tomberent dans le piege qu'ils avoient voulu tant fuir.
En
effet quiconque determine positivement qu'il n'y a p[oin]t
de sciance et q[ue] la verité ne se peut trouver, pose dés
là un dogme et
admet à tout le moins une sciance. Aussi arriva
t'il que les troisiemes, à savoir les pyrrhoniens ou les sceptiques,
se trouvans
pressés par cette objection que l'on leur faisoit
à tout propos, prirent le party de ne s'expliquer pas si fortement,
et se
contenterent de dire qu'on pouvoit douter de tout, meme
de cette proposition qu'ils venoient d'avancer. Ils en demeuroient
toujours à un cela peut etre, mais il ne faut pas
tant se presser d[b]'aller à l'affirmative; cerchons mieux, car
jusques icy le procez
n'est pas assez instruit pour etre jugé en dernier
ressort. Enfin si on les pressoit d'en venir au jugement de la cause, ils[c]
concluoient toujours à un plus amplement enquis
et n'opinoient jamais qu'avec le non liquet(6). Ils se tiroient admirablement
de
la chicane de leurs adversaires qui vouloient conclure
de cette proposition, on peut douter de tout qu'ils posoient doncques
affirmativem[en]t quelque chose; ils s'en tiroient dis
je en soutenant[d] que leur proposition etoit aussi sujette à la
loy gener[ale]
du doute que les autres propositions, et qu'elle ressembloit
à une medecine qui s'en va dehors avec les mauvaises humeurs qu'elle
chasse. Outre que dans leurs[e] principes qui dit qu'il
ne sait rien, nie de savoir cela meme qu'il ne sait rien
Nil sciri quisque putat id quoque nescit
An sciri possit quo se nil scire fatetur
Lucret[ius], L[ibro] 4(7)
de sorte que cette proposition, on peut douter de tout,
ne doit pas etre rangée dans la categorie de celles que les logiciens
appellent se ipsas falsificantes(8), lesquelles ils n'enveloppent
jamais dans la these generale, de peur de contradiction. Par
exemple quand on dit, je mens toujours; si on n'excepte
pas cette fois que l'on parle ainsi, l'on tombe dans une contradiction
manifeste. Car s'il est vrai que celui qui parle mente
toujours; au moins en cette rencontre qu'il avouë qu'il ment toujours,
il ne
ment pas: et par consequent il se contredit luy meme.
D'autre coté, s'il n'est pas vrai qu'il mente toujours la proposition
par
laquelle il dit qu'il ment toujours, sera fausse. C'est
pourquoi les logiciens ont fort bien etabli q[ue] quand on se sert d'une
façon
de parler comme celle là, on doit considerer le
reste de la vie sans avoir aucun egard à la proposition même
qu'on employe. Mais
il n'en va pas ainsi dans le principe des pyrrhoniens.
Ils pretendent que leur grand axiome, on peut douter de tout, soit compris
tout le premier dans la regle generale, et qu'en meme
tems qu'il detruit toute sorte de sciance, il se detruise lui meme, comme
fait
un barril de poudre qui fait sauter une tour(9).
Au reste si on examine bien la chose on trouvera que le
parti des dogmatiques n'a pas eté le plus fort. Car pour ne pas
dire qu'en
general tous les platoniciens ont tenu pour cette suspension
de jugement qui fait q[ue] nous gardons l'equilibre entre le pour et le
contre; qui ne sait que les principales sectes en quoi
s'est divisée l'echole de Platon, ont eté ennemies du dogme?
Arcesilas(10)
ne s'ecarta de la commune doctrine de l'Academie que parce
qu'il n'y trouvoit pas à son gré asses d'indifference; et
qu'on ne s'y
etoit pas asses formellem[en]t declaré contre l'alternative
de croire une chose ou fausse ou vraye. Cela l'obligea de fonder la
seconde Academie où il enseigna tout sec qu'il
n'y avoit rien de certain ni meme de veritable dans la nature. Carneades(11)
qui
vint depuis luy, et qui fit branche avec Lacides, dans
la succession de l'ecole platonique adoucit un peu et relacha la severité
d'Arcesilas; toutefois il a eté si flottant dans
ses opinions, qu'il n'a eté rien moins que partial pour les dogmatiques.
Pour Sextus
Empiricus qui fit encore une autre branche sous les Antonins,
on sait qu'il a ecrit en faveur du pyrrhonisme, qu'il a expliqué
les 10
moyens de l'epoche, et montré comment les sceptiques
s'acheminent à l'ataraxie(12), qu'ils disent etre le fruit bienheureux
de
leurs douttes. Enfin nous avons encore de fort beaux livres
qu'il a composé contre les mathematiciens (c'est ainsi qu'il appele
les
dogmatiques). En un mot nous pouvons mettre tous les academiciens
du cot[é] qui est diametralement contraire aux philosophes
affirmatifs et quand nous y aurons joint les sceptiques
je ne sai pas trop bien qui l'emportera.
De plus on remarque que les plus grands ho[mm]es des autres
sectes ont panché au pyrrhonisme. Car pour ne toucher pas à
ces
derniers siecles où un Michel de Montagne, un La
Mothe Le Vayer(13) l'ont ouvertem[en]t soutenu, et le docte Mr
Gassendi(14) couvertement ne sait on pas que Pherecides
le pere de tous les philosofes et le tronc d'où sont sorties toutes
les
diverses branches de ce grand corps, ecrivant à
son cher disciple Thales peu avant que de mourir, luy parle en ces termes.
"J'ay
ordonné à mes heritiers apres qu'ils m'auront
enterré de vous aporter mes ecrits. Si vous et les autres sages
vous en contentez,
vous les pourrés publier, sinon supprimés
les. Ils ne contiennent aucune certitude qui me satisface à moi
meme; aussi ne fai je pas
profession de savoir la verité ni d'y atteindre,
j'ouvre les choses plus que je ne les decouvre"(15). Socrate quelque bon
temoignage que l'oracle eut rendu de luy, repondit à
ceux qui luy demandoient ce qu'il savoit, unum scio quod nihil scio(16).
Democrite l'un des plus grans ho[mm]es de son tems a soutenu
que la verité etoit cachée au fons d'un puits ce qui n'est
pas fort
contraire à ceux qui tiennent l'incomprehensibilité(17).
Ciceron a eté pour le moins aussi changeant en matiere
de filosofie, qu'en matiere d'etat, et il alloit de secte en secte cerchant
partout quelque probabilité, aussi bien qu'il changeoit
de party dans les affaires de la republique. Au reste peu decisif.
Dicendum est, sed ita ut nihil affirmem; quæram omnia dubitans, plerumque et mihi diffidens(18),
dit il quelque part. En plusieurs autres endroits il declare
à ses auditeurs que pourveu qu'il raisonne probablement, ils se
doivent
contenter, et ne pretendre à rien davantage.
Ut potero explicabo:
nec tamen ut Pythius Apollo certa ut sint et fixa quæ dixero: sed
ut homunculus probabilia conjectura
sequens æquum
e[st] enim meminisse et me qui disserem hominem e[ss]e et vos qui judicetis,
ut si probabilia dicentur,
nihil ultra requiratis.
Tusculan[arum] L[ibro] I 9(19)
Et pour montrer qu'il ne prenoit pas de son chef la probabilité
pour la borne de notre intelligence, il nous assure dans le 1er livre
des Questi[ons] academiques qu'il suivoit en cela la bonne
et sage Antiquité,
Omnes penè
veteres nihil cognosci, nihil percipi, nihil sciri posse dixerunt; angustos
sensus, imbecilles animos, brevia
curricula vitæ(20).
Et au 1er livre De la nature des dieux il parle ainsi
Hæc
in philosophia ratio contra omnia disserendi, nullamq[ue] rem apertè
judicandi profecta à Socrate, repetita ab
Arcesilao, consummata à
Carneade usque ad nostram viget ætatem. Hi sumus qui omnib[us] veris
falsa quædam adjuncta
esse dicamus tanta similitudine ut in iis nulla insit certè judicandi
et assentiendi nota(21)
Le grand s[aint] Augustin a eté un peu touché
de la maladie academicienne, et s'il en faut croire Mr Daillé(22),
il s'est fait un
grand tort et s'est beaucoup oté de l'estime que
l'on devroit avoir de son esprit, par une certaine maniere de raisonner
flottante et
peu affirmative. De verité il ne faut pas trouver
etrange q[ue] tant de gens ayent donné dans le pyrrhonisme car c'est
la chose du
monde la plus commode. Vous pouvez impunem[en]t disputer
contre tous venans, et sans craindre ces argumens ad hominem
qui font quelquefois tant de peine. Vous ne craignés
p[oin]t la retorsion puis que ne soutenant rien vous abandonnez de bon
coeur
à tous les sophismes et à tous les raisonnemens
de la terre, quelle opinion que ce soit. Vous n'etes jamais obligé
d'en venir à la
deffensive. En un mot vous contestez et vous daubez sur
toutes choses tout votre saoul, sans craindre la peine de talion. C'etoit
ainsi qu'en usoit Arcesilas.
Arcesilam
ferunt aspernatum e[ss]e omne animi sensusque judicium, primumq[ue] instituisse
(quamq[ua]m id fuit
Socraticum maximè) non quid ipse sentiret ostendere: sed contra
id quod quisque se sentire dixisset, disputare.
Cicero De orat[ore] L[ibro] 3 c 18(23)
Je ne dis rien de mon grand autheur Horace encore qu'il
ait eté un vrai coureur de sectes et qu'il ne se soit acharné*
nulle part;
parce que l'exemple d'un poëte, monté sur
le[f] cheval Pegase qui vole par tout le monde, ne sert p[oin]t de loy
au sujet dont
nous parlons. Autrement j'avouë qu'il seroit de grande
efficace, car il ne faisoit pas comme ceux qui ayant eté une fois
poussez
dans un party quel qu'il soit, s'y attachent pour toute
leur vie,
Ad quamcunque disciplinam velut tempestate delati, ad eam tanquam ad saxum adhærescunt(24):
mais comme ceux qui se contentent d'avoir la passade* dans les lieux où le hazard les a jettez,
Ac ne fortè roges, quo me duce quo lare tuter:
Nullius addictus jurare in verba magistri,
Quo me cunque rapit tempestas deferor hospes.
Nunc agilis fio, et mersor civilibus undis,
Virtutis veræ custos, rigidusque satelles:
Nunc in Aristippi furtim præcepta relabor,
Et mihi res [n]o[n] me rebus submittere conor.
Hor[atius] Epist[olarum] L[ibri] I i(25)
Lucrece n'avoit pas seu à cent fois pres si bien
qu'Horace, se servir du privilege de la poesie. Car il s'est borné
à la secte
d'Epicure, et a si bien suivi ses vestiges qu'il ne s'en
est detourné ni à droitte ny à gauche. Il adore le
chef de sa secte; il le regarde
comme un soleil aupres de qui tous les autres filosofes
ne sont que de petites etoiles
Qui genus hominum ingenio superavit et omnes
Præst[r]inxit stellas exortus ut ætherius sol(26).
Et si le bon homme eut seu qu'un jour son heros seroit
decrié dans le monde, je ne doutte pas que pour luy conserver son
honneur, il n'eut supposé quelque oracle maudissant
celuy qui luy manqueroit de respet; ou du moins semblable à celuy
qu'Apollon prononcea en faveur d'Aratus, dont voici une
partie de la belle version d'Amiot
Sache que qui de reverer empeche
Ce personnage, ou en est marri, peche
Contre la terre et le haut firmament
Contre le Ciel aussi ensemblement(27).
Ce qui ne lui auroit pas eté de peu de service envers
la posterité, sur tout si on y eut joint une inscription de la force
de celle qu'on
fit pour le meme Aratus
Les hauts exploits de sens et de proüesse
Qu'a fait cet homme à l'honneur de la Grece
Sont aprochans des colomnes jumelles
Dont Hercules borna ses oeuvres belles(28).
Je m'etonne qu'il n'ait pas meme employé cette lezine*,
car il pouvoit avoir apris que le grand Fabrice n'avoit pas fait un trop
bon
jugem[en]t d'Epicure lors qu'entendant conter[g] à
Cyneas qu'il y avoit un excellent philosophe en Grece qui soutenoit que
le
souverain bien de la vie consistoit dans la volupté,
il luy repondit en soûriant, plut aux dieux que Pyrrhus et les Samnites
fussent de
l'opinion de ce philosophe tant que nous aurons la guerre
avec eus(29).
Mais que dites vous, Mr, des pythagoriciens? ne m'avoüerés
vous pas qu'ils etoient bien eloignez de l'independance d'un Ciceron,
eux qui ne croyoient pas q[ue] ce fut vivre que de se
departir de la secte de Pythagore, d'où vient qu'ils faisoient les
funerailles de
ceux qui l'abandonnoient(30); eus encore qui pour croire
les choses les plus choquantes n'avoient besoin que d'un
autoveqa(31). Qu'on en dise ce qu'on voudra; j'admirerai
toujours cette grande venera[ti]on qu'ils ont euë po[ur] leur maitre,
et
la parfaitte union qui a regné parmi eux. Il ne
faut pas douter que cela n'ait grandement contribué à faire
florir leur secte dans
l'Italie aussi long tems qu'elle a fait. Du tems de Platon
elle etoit si renommée par toute la Grece que ce philosophe creut
necessaire au dessein qu'il avoit de se perfectionner
dans la sagesse, de passer en Italie et d'y etudier sous le savant Philolaus,
Eurytus, et le 2. Archytas, tres excellens pythagoriciens.(32)
Ce Philolaus avoit echapé comme par miracle à une des plus
cruelles persecutions que la secte de Pythagore essuya
jamais. La faction[h] des Cyloniens avoit chassé toutes les communautés
et colleges des pythagoriciens q[ui] etoient en Italie.
Ceux qui etoient demeurés de reste s'assemblerent à Metapont
pour aviser à
leurs affaires. Leurs[i] ennemis en ayant eu le vent s'attroupent,
mettent le feu à la maison, et font inhumainem[en]t perir tous ces
pauvres pythagoriciens excepté 2[,] Lysis et Philolaus
qui à cause de leur jeunesse eurent asses d'agilité po[ur]
se sauver à travers
le feu[;] Philolaus se retira dans la Lucanie où
il trouva quelques amis qui le receurent. Mais Lysis passa la mer et s'en
vint à la
ville de Thebes où par bonheur pour luy Polymnis
le receut en sa maison, luy fit toute sorte d'amitiez et luy confia meme
l'education de son fils Epaminondas. Lysis vecut fort
long tems à Thebes et etant mort enfin, son disciple Epaminondas
qui l'avoit
entretenu honorablem[en]t toute sa vie, luy fit des funerailles
où il n'oublia rien des ceremonies necessaires. Il y avoit un filosofe
pythagoricien nommé Arcesus l'un des principaux
de sa secte qui etoient restez en Sicile, lequel aprenant q[ue] Lysis etoit
à
Thebes, et ne pouvant à cause de son grand age
l'aller querir, ordonna par testament que s'il se pouvoit on ramenat Lysis
en
Italie, ou tout au moins ses reliques, s'il etoit mort.
Les guerres qui survinrent là dessus retarderent l'execution de
cet ordre. Dés
q[ue] les chemins furent libres, les pythagoriciens qui
s'etoient hautem[en]t retablis, deputerent Theanor, l'un d'entr'eux à
Thebes.
Theanor trouvant Lysis enterré, s'adressa à
Epaminondas et luy dit qu'il avoit ordre de ses compagnons de donner une
grande
somme d'argent à Polymnis et à sa famille
pour reconnoitre le bon accueil qu'ils avoient fait à un de leur
corps. Ce compliment fut
receu avec beaucoup de civilité, neantmoins Epaminondas
qui de son naturel se soucioit fort peu des richesses, obtint qu'on
refuseroit cet argent. Cette petite histoire marque la
grande amitié qui etoit entre les disciples de Pythagore, et fait
voir en meme
tems qu'ils n'etoient pas des gredins ni des philosofes
crottéz(33).
Je ne dois pas passer sous silence l'erreur d'Ovide d'avoir
fait Pythagoras contemporain de N[uma] Pompilius(34). Il seroit facile
de prouver par mille raisonnemens que ce philosophe vint
s'etablir en Italie du tems de Tarquinius Priscus, apres avoir quitté
l'Ile
de Samos où il etoit né, parce qu'elle etoit
tyrannisée par Polycrate, et apres etre venu etudier en l'Ile de
Lesbos sous
Pherecydes. Il eut d'autant plus de facilité d'etablir
une secte en Italie, qu'il y trouva quantité de villes de fondation
grecque,
Tarente, Crotone, Metapont, Locres, la ville des Sybarites
si renommée pour sa mollesse, &c. Quoi qu'il en soit sa secte
est
devenue tres florissante, et a eté soutenue par
de grands noms, par un Architas de Tarente, un Parmenide, un Zenon Eleate
inventeur de la logique, un Philolaus &c.
Le fils de Pythagore nommé Telauges a eté
moins illustre, par luy meme que par un excellent disciple qu'il a elevé,
je veux dire[k]
Empedocle, cet illustre Agrigentin de qui l'on a fait
un beau conte disant qu'il s'etoit precipité dans les flames du
mont Ætna pour
s'eriger en Dieu; dequoi il auroit eté frustré
parce q[ue] ses pantoufles qui ne furent pas consumées le trahirent
malheureusement.
C'est ce qu'on disoit parmi les rieurs, mais Mr Le Fevre(35)
relance ce mechant conte, et fait voir qu'Empedocle etoit plus
honnete homme et plus raisonnable qu'on ne s'imagine quand
on s'arrete à cette fable. Pour l'illustre Damo fille de Pythagoras
il
seroit à souhaitter qu'elle eut elevé ce
Brutus qui a chassé Tarquin le Superbe, comme Mr de Scudery l'a
feint si
vraisemblablem[en]t[l] dans sa Clelie(36). Car ses belles
qualitez etoient si considerables que si elle n'a pas contribué
de
quelque chose aux beaux et genereux sentimens que Brutus
a fait eclater en sa vie, du moins a t'elle merité d'y contribuer,
et sans
mentir son pere n'avoit pas eu[m] moins de soin de son
instruction aus sciences, qu'Aristippe en a pris d'enseigner la philosophie
à sa fille Arete, laquelle il rendit si docte qu'apres
sa mort elle tint echole en sa place(37), si bien que la Grece s'etonna,
au raport
d'un historien, de voir ses jeunes hommes disciples et
amoureux d'une meme personne. Qu'il faisoit beau Monsr, etudier en ce
tems là! et que je m'imagine du plaisir à
faire un cours de filosofie sous une charmante fille! Si on dit que la
vertu qui part d'un
beau corps est plus agreable
Gratior est pulcro veniens è corpore virtus(38)
de combien croyez vous que soit plus agreable une leçon
q[ui] sort d'une belle bouche? et ne m'accorderez vous pas que tout ce
qu'il y a naturellement de rude dans le precepte, s'adouciroit
s'il nous etoit dit par une professeuse dont nous admirerions la
beauté? asseurement elle convertiroit les epines
du college en fleurs
Quicquid calcaveris hîc rosa fiet(39)
Mais revenons à Mr de Scudery. Il faut avoüer
que cet ingenieux autheur s'est tout à fait à propos servi
de ce qu'il a rencontré
Pythagoras dans le siecle de son heroïne. Il n'a
eté obligé à aucun anachronisme. Il est vrai qu'il
n'a pas suivi la chronologie de
Vossius(40) qui fait vivre Pythagoras jusques à
la 70. olympiade[n], c'est à dire jusques aux premiers consuls de
Rome, mais
son roman n'en vaut pas moins pour tout cela.
Pour la secte de Platon et d'Aristote qui ont fait ou font
encore tant de bruit par toute la terre; je n'en pourrois rien dire qui
ne se
trouve dans l'excellent ouvrage que le p[ere] Rapin a
donné au jour, de la comparaison de ces 2 grans chefs de parti.
C'est
pourquoi je me contenterai de remarquer l'agreable fantaisie
que se mit dans l'esprit l'empereur Gallien et l'imperatrice Salonine,
de permettre à Plotin d'etablir le gouvernem[en]t
dont Platon avoit donné l'idée dans ses livres de La Republiq[ue]
en une ville
d'Italie qu'ils luy donnerent po[ur] en faire l'essai.(41)
Ce dessein n'eut garde de reussir comme il est facile de se l'imaginer.
Car
je croi que pour en venir à bout il faudroit aller
en quelque lieu du monde où les hommes fussent d'une autre espece
que ceux que
nous connoissons. Il faudroit aller au pays des romans
où non seulem[en]t les moindres palais surpassent celuy de l'Alambre(42),
et où on voit les plus beaux jardins et les plus
charmans paysages que l'on se put imaginer: mais aussi où on ne
voit que de[s] gens
bien faits, spirituels, genereux, liberau[x] et parfaitem[ent
o]rnez de toutes les vertus imaginables. C'est là que Plotin auroit
peu
remplir les idées de Platon, et etablir l'utopie
de Thomas Morus(43) si elle eut eté en nature. Mais tandis qu'on
ne trouvera pas le
secret de rendre les hommes si achevez qu'il seroit difficile
à un poete d'en faire de plus accomplis; il y a toutes les apparences
du
monde que la rep[ublique] de Platon demeurera ideale.
Que je m'imagine de contentem[en]t pour Caton s'il avoit peu gouverner
la republique que Plotin auroit etablie. Je croi qu'il
y auroit bien fait ses chous gras, luy qui sans considerer la corruption
de Rome
y opinoit toujours co[mm]e s'il eut vecu dans la republiq[ue]
platonique. Nocet interdum reipublicæ, (dit Ciceron, beaucoup
plus facile à s'humaniser que luy) dicit enim tanquam
in Platonis politeia non tanquam in Romuli fæce sententiam Cicer[o]
Ad Att[icum](44). Il concevoit les choses dans une generosité
si pure et dans une idée si haute qu'elles n'etoient nullem[en]t
à
l'usage du monde. Et de là vient qu'avec toute
sa vertu il nuisoit souvent aux affaires, ne prenant pas la peine d'accommoder
ses
idées generales et ses axiomes universels aux circonstances
particulieres qui se presentoient tous les jours. C'est pourtant ce qu'il
ne faloit pas oublier. Car c'est toute autre chose de
se promener parmi de belles maximes et de belles notions, et d'en faire
l'applica[ti]on au train ordinaire du monde. Ces belles
maximes sont comme la supreme region qui est exemte d'orages et de
tempetes, mais leur application est comme ce bas element
où il tonne, il grele, il pleut: et si on n'allonge, si on n'accourcit
la regle
selon l'exigence des cas, on ne fait que gater la besogne.
C'est donc avec raison que Caton à eté incomprehensible à
son siecle et
que sa vertu passoit les gens Catonem suum sæculum
parum intellexit Senec[a](45). Aussi voyons nous que Virgile le
trouvant trop vertueux po[ur] les gens de ce monde, en
a fait un present à ceux de l'autre:
Secretosq[ue] pios his dantem jura Catonem(46)
Je sais bien que l'auteur de l'Hex[ameron] rustique n'a
point peu souffrir que Mr de Balzac ait expliqué le vers de Virgile
au sens
que j'ay dit(47). Mais quelque savant qu'il puisse etre,
voire plus savant que Balzac, je le defierois de soutenir sa critique si
Mr
de Balzac revenoit au monde. Je finis mon tres cher Mr
en vous demandant pardon de ma longeur, mais sur tout de ce que je me
dispense si familierem[en]t à m'ecarter de mon
sujet avec vous qui avés l'esprit si juste et si delicat. J'avois
commencé cette lettre
avec le dessein de parler un peu par ordre des philosophes
grecs, mais quand je me suis mis à la relire j'ay trouvé
que je n'en
parle qu'à batons interrompus. Cela vient sans
doutte d'un fort mauvais principe et je trouve de jour en jour que je ne
donne pas
mal dans le defaut de Montagne qui est de savoir quelquefois
ce que je dis, mais non jamais ce que je vay dire(48). Le mal est
qu'il y a ici plus que Montagne c'est à dire cent
autres imperfections qui rendent insupportable ce que le savoir et le bel
esprit de
Montagne fait excuser fort facilement. Je suis tout en[tiere]ment
v[ot]re tres humb[le] &c.
BAYLE
Le 31 janvier 1673
MANUSCRIT
*A. autographe, Add. 4.226 (5-8) (BL, Londres).
IMPRIMES
1. Pr March, i.1-17 (Lettre I).
2. Desm, i.1-20 (Lettre I).
3. OD, iv.539-43 (Lettre VI).
NOTES CRITIQUES
a. "pourroit étre l..." (mot(s?) illisibles) "debrouillé par" biffé.
b. "par" (?) biffé.
c. "en" biffé.
d. "avancant" (?) biffé.
e. Ajouté au-dessus de la ligne pour remplacer "le".
f. "un" biffé.
g. "dire" biffé.
h. "Le bon" (?) biffé.
i. "Les" biffé.
j. "cet illustre Agrigentin" biffé.
k. "agreab..." biffé.
l. "n'auroit (?) pas pris" biffé.
m. "anné..." biffé.
NOTES
1. Sur les "conférences", voir [Lettre 22], p.000, et [Lettre 24], p.000.
2. Il s'agit de Pierre Fabri.
3. G. J. Vossius, De philosophia et philosophorum sectis
libri II (Hagæ Comitis 1658. 4o.). Dans le DHC, Bayle tentera
d'être plus précis, voir "Arcesilas", "Carneade",
"Lacyde", "Pyrrhon", "Zenon d'Elée".
4. Bayle s'inspire de Montaigne, Essais II.xii.225-26,
qui cite Sextus Empiricus, Hypotyposes pyrrhoniennes I.i. Sur cette
question, voir C. B. Brush, Montaigne and Bayle, variations
on the theme of skepticism (The Hague 1966).
5. Bartole (1313 ou 1314-1357), jurisconsulte italien qui
s'efforça de faire revivre le droit romain; ses opinions étaient
formulées
d'une manière si catégorique que l'expression
était devenue proverbiale.
6. "non liquet": "impossible de conclure". Bayle s'inspire
à nouveau de Montaigne, Essais II.xii.225-26; voir aussi Sextus
Empricus, Hypotyposes pyrrhoniennes, I.vii.
7. Lucrèce, De rerum natura, iv.469-70: "Qui croit
qu'on ne sait rien, ne sait si l'on en sait assez pour le savoir, ceci,
qu'on ne
sait rien". Bayle cite peut-être d'après
Montaigne, Essais, II.xii.226. Montaigne, cependant, écrit "quisquis"
et non "quisque". Les
éditions modernes de Lucrèce portent "si
quis" (au lieu de "quisque") et "quum" (au lieu de "quo").
8. P. Hurtado de Mendoza qui, dans son Universa philosophia
(1617) (Lyon 1624. Folio), p.32, appelle ces propositions
"propositiones falsificantes", dit qu'elles se détruisent
elles-mêmes. La formule "je mens toujours" figure parmi les propositions
citées par Hurtado. Voir aussi Cicéron,
Académiques, II.xxix, et DHC, "Philetas", rem E, et "Euclide", rem
D.
9. L'image est, bien entendu, moderne. Dans l'Antiquité,
on proposait celle de la purge, voir Diogène Laërce, Vies et
doctrines
des philosophes de l'Antiquité, IX.xi.76.
10. Sur Arcésilas (316-241), fondateur de la nouvelle Académie, voir Cicéron, Académiques, I.xii.43-45, et DHC, "Arcesilas".
11. Bayle semble s'inspirer ici de l'ouvrage de René
Rapin, La Comparaison de Platon et d'Aristote (Paris 1671. 12o.), iv.1,
p.160, sur Carnéades; voir aussi DHC, "Carneade"
et "Lacyde".
12. Sextus Empiricus, Hypotyposes pyrhonniennes, I.xiv,
expose les dix moyens de l'epochè, ou suspension de jugement, mais
c'est certainement de seconde main que Bayle en parle
ici; voir, par exemple, Diogène Laërce, Vies et doctrines,
IX.xi.70.
L'ataraxie est un état de sérénité
parfaite, liée à la suspension du jugement: voir Montaige,
Essais, II.xii.226-27 et 333-34. Dans
son ouvrage intitulé Contre les dogmatiques, Sextus
réfute successivement les tenants des diverses sciences.
13. Dans les ouvrages dont il s'avouait l'auteur, La Mothe
Le Vayer se présentait comme un disciple de Montaigne et de
Charron, mais l'influence du scepticisme est surtout évidente
dans ses Dialogues à l'imitation des Anciens par Orasius Tubero
(Francfort 1604 [=1630]. 8o.).
14. Pierre Gassendi (1592-1655), chanoine de Digne et,
à partir de 1645, professeur au Collège royal, se donna pour
tâche de
réhabiliter l'atomisme épicurien. Bayle
fait peut-être allusion au premier ouvrage de Gassendi, Exercitationum
paradoxicarum
adversus Aristoteleos libri septem (Gratianopoli 1624.
8o.), qui est d'inspiration pyrhonnienne, mais il y a tout lieu de croire
qu'à la date de cette lettre il ne connaît
ce philosophe que par ouï-dire. Sur Gassendi, voir O. R. Bloch, La
Philosophie de
Gassendi: nominalisme, matérialisme et métaphysique
(La Haye 1971).
15. Voir Diogène Laërce, Vies et doctrines, I.xi.122.
16. "unum scio, quod nihil scio": "je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien", voir Montaigne, Essais, II.xii.220-21.
17. Ce mot est attribué à Démocrite par Diogène Laërce, Vies et doctrines, IX.xi.72.
18. Voir Cicéron, De divinatione, ii.3: "Je parlerai,
mais sans rien affirmer, je m'enquerrai de tout, doutant le plus souvent,
et me
défiant de moi", cité par Montaigne, Essais,
II.xii.224.
19. Voir Cicéron, Tusculanes, i.17: "Je ferai de
mon mieux pour expliquer; ce ne sera pourtant pas à la façon
d'un Apollon
Pythien dont les mots seraient décisifs et intangibles;
mais comme un homme faible qui formule des conjectures probables [...]
il
faut en effet se rappeler que moi qui parle et vous qui
jugez nous ne sommes que des hommes, de sorte que si l'on dit des choses
probables nous ne devons pas chercher plus loin". Cicéron
avait traduit ici un passage de Platon, Timée, viii.13-15. Montaigne
cite aussi ce passage de Cicéron, voir Essais,
II.xii.232-33, d'où Bayle l'emprunte assurément, puisque
comme celui-là il écrit
"nihil" au lieu de "ni quid".
20. Voir Cicéron, Académiques, I.xii.44:
"Tous les Anciens ont dit qu'on ne peut rien connaître, rien comprendre,
rien savoir;
que la sensibilité est bornée, l'intelligence
faible, la vie courte".
21. Voir Cicéron, De natura deorum, I.xi.12: "Tout
est soumis à la controverse et rien n'est jugé ouvertement
dans cette
philosophie, établie par Socrate, reprise par Arcésilas,
confirmée par Carnéade et qui fleurit jusqu'à présent.
Nous sommes de
ceux qui pensent qu'à la vérité se
mêlent toujours quelques erreurs, et cela d'une façon si trompeuse,
qu'on n'y voit aucun
caractère positif pour juger ou pour adhérer
sans réserve". Bayle cite ici de suite deux passages qui ne se suivent
pas chez
Cicéron; en outre il remplace "confirmata" par
"consummata", et "viguit" par "viget".
22. Jean Daillé, Traicté de l'employ des
saincts Peres pour le jugement des differends, qui sont aujourd'hui en
la religion
(Genève 1632. 8o.), II.iv.393.
23. Voir Cicéron, De oratore, III.xviii.67: "On
dit qu'Arcésilas rejetait tout jugement de l'esprit et des sens
et que le premier --
d'ailleurs c'était là un procédé
socratique -- il adopta comme méthode, non point d'établir
son opinion, mais au contraire de
prendre celle qu'avaient énoncée les autres
et de la discuter". Bayle a supprimé une incise de cinq mots et
remplacé "quem", par
"Arcesilam".
24. Voir Cicéron, Académiques, II.iii.8:
"Portés comme par la tempête vers n'importe quelle secte,
ils s'attachent à elle ainsi qu'à
un rocher", passage cité par Montaigne, Essais,
II.xii.228.
25. Voir Horace, Epîtres, I.i.13-19: "Tu vas peut-être
me demander quel est mon chef, et sous quelle autorité je m'abrite:
or, je
ne me suis lié à aucun maître, je
n'ai prêté serment à personne, je me laisse conduire
où me mène l'état du ciel; mais même là,
je
ne suis qu'en passant. Tantôt je vis dans l'action
et me baigne dans la politique, j'observe rigoureusement et pratiquement
la vraie
vertu; tantôt, au contraire, je glisse sans avoir
l'air de rien, dans la philosophie d'Aristippe, et essaie de soumettre
les faits à ma
volonté, au lieu de me laisser dominer par eux".
Bayle remplace "subjungere" par "submittere".
26. Voir Lucrèce, De rerum natura, iii, 1043-44:
"[Epicure] qui par son génie s'éleva au-dessus de l'humanité
et plongea dans
l'ombre tous les autres sages, comme dans les régions
de l'éther, le soleil levant éteint les autres étoiles",
passage cité par
Montaigne, Essais, II.ii.216.
27. Voir Plutarque, "Vie d'Aratus", éd. Walter, ii.1151.
28. Voir Plutarque, "Vie d'Aratus", éd. Walter, ii.1114.
29. Plutarque, "Vie de Pyrrhus", éd. Walter, i.893.
30. Bayle s'inspire du texte de La Mothe Le Vayer sur les
Pythagoriciens, De la vertu des payens (Paris 1642. 4o.), p.217-18,
et Œuvres (1662), i.642-43, où l'auteur
cite Jamblique, De vita pythagorica, xxxv; et Protrepticus, xiv.
31. L'expression grecque signifie: "luimême (c'est-à-dire, le maître) [l]'a dit".
32. Sur le voyage de Platon en Italie, voir Rapin, La Comparaison de Platon et d'Aristote, i.2, p.27.
33. Simon Goulart (1543-1628), pasteur à Genève
de 1566 à sa mort, fut un compilateur et un éditeur infatigable.
En particulier,
il a procuré une édition de Plutarque, dans
la version d'Amyot, en ajoutant aux Vies racontées par Plutarque
celles de plusieurs
autres Anciens, dont celles d'Epaminondas et de Philippe
de Macédoine, ainsi que celles de "neuf excellens chefs de guerre,
prises du latin d'Æmilius Probus", c'est-à-dire,
de Cornelius Nepos (Paris 1587. 8o. 4 vol.). C'est sans doute cette édition
-- qui
fut souvent réimprimée -- que Bayle a consultée,
car, le 4 juillet 1672, il entama un "Abregé des Vies illustres
de Plutarque", où
figurait un résumé de la vie d'Epaminondas:
voir L. Nedergaard, "Manuscrits de Pierre Bayle", Modern language notes,
73
(1958), p.37. Les détails que donne ici Bayle viennent
de cette "Voie d'Epaminondas", i-iii, Les Vies des hommes illustres (s.l.
1613. 8o. 2 vol.), ii.1042-46.
34. Voir Ovide, Pontiques, III.iii, 44; le poète
reprend une tradition qui faisait de Numa Pompilius un disciple de Pythagore,
tradition déjà rejetée par Cicéron
et Tite-Live, pour d'évidentes raisons de chronologie. Bayle suit
Tanneguy Lefèvre, "Vie
d'Empedocle", Les Vies des poetes grecs en abbregé
(Paris 1665. 12o.), p.74; il reviendra sur cette question dans DHC,
"Pythagoras", rem. B.
35. Voir T. Le Fèvre, "Vie d'Empédocle", p.74-78.
36. Voir [Madeleine de Scudéry], Clélie, histoire romaine (Paris 1656-61. 8o. 10 vol.), III.ii.1, p.187.
37. D'Arete nous savons seulement qu'elle fut fille d'un
philosophe et mère d'un philosophe, nommés tous les deux
Aristippe.
Voir Diogène Laërce, Vie et doctrines des
philosophes de l'Antiquité, II.viii.72, qui ne dit pourtant pas
qu'Arete tînt école
après la mort de son père. Il y a une allusion
à la fille d'Aristippe dans Tanneguy Le Fèvre, La Vie d'Aristippe,
traduite du grec
de Diogène Laërce (Paris 1667. 12o.), p.36:
"une fille admirablement bien faite et capable des plus hautes spéculations",
mais
aucune allusion à son école. Nous n'avons
pu trouver la source cette anecdote des disciples amoureux d'Arete, mais
elle a l'air
d'être tirée d'un romancier plutôt
que d'un historien.
38. Virgile, Enéide, v.344: "le charme que la beauté ajoute au mérite"; Virgile a écrit "et" et non "est".
39. Perse, Satires, ii.38: "que de tout ce qu'il foulera du pied naisse une rose", vers cité par Montaigne, Essais, I.xlii.338.
40. G. J. Vossius, Chronologiæ sacræ isagoge (Hagæ-Comitis 1659. 4o.)
41. Voir Porphyre, Vita Plotini, xii (nous remercions K.
Coleman de nous avoir fourni cette référence); pourtant Bayle
s'inspire
plus immédiatement de Rapin, La Comparaison de
Platon et d'Aristote, iv.3, p.190.
42. L'Alhambra est le palais des rois maures à Grenade,
une des villes privilégiées par le roman héroïque
depuis la publication de
la traduction française du roman de Gines Perez
de Hita, Histoire des guerres civiles de Grenade (Paris 1608. 8o.). Il
est
possible que Bayle s'inspire ici du roman d'A. Furetière,
Le Roman bourgeois (Paris 1666. 8o.), car le romancier raille
également le peu de vraisemblance des romans qui
se déroulent "dans la galante et romanesque ville de Grenade": voir
Romanciers du dix-septième siècle, p.904.
Bayle reviendra sur l'invraisemblance romanesque dans NLC, XXI.iv-vii.
43. "Utopie" (qui veut dire "nulle part") est un neologisme
tiré du grec, forgé par Thomas More (1478-1532) pour baptiser
une
société imaginaire où règnerait
la raison, et donc l'équité et le bonheur: Libellus vere
aureus nec minus salutaris quam festivus
de optimo rei[publicæ] statu, deque nova insula
Utopia (Lovanii 1516. 4o.). L'énorme succès de l'ouvrage
dans toute
l'Europe et sa traduction en langues vernaculaires depuis
le milieu du XVIe siècle, en rendirent si familier le titre qu'il
finit par
devenir un nom commun. Au XVIe siècle il fut traduit
en français par J. Le Blond, La Description de l'isle d'Utopie où
est
comprins le miroer des republicques du monde (Paris 1550.
8o.), et au siècle suivant Samuel Sorbière en procura une
traduction française nouvelle, L'Utopie de Thomas
Morus (Amsterdam 1643. 24o.). Voir le commentaire de P. Mesnard,
L'Essor de la philosophie politique au XVIe siècle
(Paris 1936), p.141-77.
44. Voir Cicéron, Ad Atticum, II.i.8: "Il [Caton]
va parfois contre les intérêts de la république: il
opine comme si nous étions
dans la cité idéale de Platon, et non dans
la cité fangeuse de Romulus".
45. Voir Sénèque, De constantia, ii.1: "Son
époque a peu compris Caton". Bayle remplace "ætas sua" du
texte de Sénèque
avec "suum sæculum".
46. Voir Virgile, Enéide, viii.670: "Les justes sont à part et Caton leur donne des lois".
47. Voir La Mothe Le Vayer, "De l'éloquence de monsieur
de Balzac", Hexameron rustique (1670), Ve journée, p.189; Guez
de Balzac, Aristippe ou de la Cour (Paris 1658. 4o.),
Discours vi, p.157-59.
48. Bayle cite de mémoire; il s'agit en fait d'une
remarque de Guez de Balzac sur Montaigne: "De Montaigne et de ses écrits",
Les Entretiens de feu monsieur de Balzac (Paris 1657.
4o.); voir B. Beugnot (éd.), Les Entretiens de Balzac (Paris 1972.
2
vol.), i.290. Bayle reviendra ultérieurement sur
son manque de méthode, voir par exemple PD, i.
source : http://www.voltaire.ox.ac.uk/voltaire_english.html
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