Kant, Idée
d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique, 1784.
Huitième proposition (Achter Satz):
Traduction de Luc Ferry in Emmanuel Kant, Oeuvres
Philosophiques II : des Prolégomènes aux écrits de
1791, édition publiée sous la direction de Ferdinand
Alquié, collection La Pleïade, Gallimard, 1985, 1602 p., pp
201-202.
"[...] Ces Lumières,
et avec elles encore un certain attachement que l'homme éclairé
témoigne inévitablement pour le bien dont il a la parfaite
intelligence, doivent peu à peu accéder jusqu'aux trônes
et avoir à leur tour une influence sur les principes de gouvernement.
Prenons un exemple: si nos gouvernements actuels ne trouvent plus d'argent
pour subventionner les établissements d'éducation publique,
et d'une manière générale pour tout ce qui représente
au monde les vraies valeurs, parce que tout est déjà dépensé
par avance pour la guerre à venir, il y va pourtant de leur véritable
intérêt de ne pas entraver du moins les efforts, certes bien
faibles et lents, que leurs peuples accomplissent à titre privé
dans ce domaine.
Et enfin la guerre ne se borne pas à être une entreprise aux
rouages très subtils, très incertaine quant au dénouement
pour les deux camps; mais encore pour les fâcheuses conséquences
dont se ressent l'État écrasé sous le poids d'une
dette toujours croissante (celle d'une invention moderne), et dont l'amortissement
devient imprévisible, elle finit par devenir une affaire épineuse;
en même temps l'influence que le seul ébranlement d'un État
fait subir à tous les autres finit par devenir si sensible (tant
chacun d'eux est indissolublement lié aux autres sur notre continent
par ses industries) que ceux-ci sont obligés par la crainte du danger
qui les menace, et hors de toute considération législatrice,
de s'offrir comme arbitres, et ainsi, longtemps à l'avance, de faire
tous les préparatifs pour l'avènement d'un grand organisme
politique futur dont le mode passé ne saurait produire aucun exemple.
Bien que cet organisme politique pour le moment ne soit encore qu'une ébauche
très grossière, un sentiment se fait jour chez tous les membres;
la conservation de la collectivité leur importe. Ce qui donne l'espoir
qu'après maintes révolutions et maints changements, finalement,
ce qui est le dessein suprême de la nature, un État cosmopolitique
universel, arrivera un jour à s'établir : foyer où
se développeront toutes les dispositions originaires du genre humain."
Discours lors du dîner d'État du
2 mars 1999 en l'honneur de Vaclav Havel : "L'Europe qui peut enfin
se rassembler. Devenir un espace de sécurité et de paix. Un
continent de démocratie, de tolérance et de liberté.
Un facteur de solidarité, de progrès et de cohésion.
Un foyer à nouveau rayonnant de civilisation et d'humanisme. Un carrefour
des hommes et des cultures."