
Introduction / Le
Prince / Citations / Jugements
_____________________.____________
_____________________.____________
Un grand lecteur et un grand politique : Machiavel
se dit
né pour lire les Anciens, selon l'idéal de la Renaissance,
se repaître de politique, "aliment qui par excellence
est le mien", revêtu "des habits de cour royale
et pontificale", et pour écrire Le
Prince
Confidence "calculée" de Machiavel, à propos de la rédaction du Princedans sa disgrâce :
J'ose donner des règles de conduite à
ceux qui gouvernent
Machiavel
Comment a-t-on pu souffrir dans le monde ce scélérat infâme?
Le poison de Machiavel est trop public, il fallait
que l'antidote le fût aussi
La place de l'opinion dans Le Prince :
Machiavel conseille de ne se reposer en rien sur l'opinion
(changeante, superficielle, de gens en général lâches et ingrats);
il conseille donc de compter essentiellement sur la force et la ruse.
Cependant, par ruse, pourquoi ne pas, en plus, manipuler l'opinion et
se faire aimer de la foule, sans oublier qu'il est "plus sûr d'être craint que
d'être aimé"? C'est tout l'art du bien paraître, avoir une bonne réputation, etc.
(attention au contresens: il ne faut pas être ce qu'on paraît - du moins quand on gouverne).
À K. Desbuquois - janvier 1998
Le Prince en résumé :
"L'auteur montre régulièrement le prince devant une alternative :
il y a toujours une bonne et une mauvaise solution.
Le malheur veut que la bonne solution sur le plan moral
soit souvent la mauvaise sur le plan politique et inversement.
Il s'agit là d'une nécessité, à
cause de la faiblesse et de la lâcheté du peuple."
Extrait d'un résumé par courrier électronique (1998)
"Ce passage de Machiavel jette un jour singulier
sur le comportement qui sera celui de
Catherine de Médicis pendant plusieurs années: 'Tu peux sembler doux, fidèle, humain, religieux, loyal,
et l'être même; mais il faut retenir ton âme en tel accord avec ton esprit qu'au besoin
tu saches changer en sens contraire. Un prince, et surtout un prince nouveau,
qui veut se maintenir, doit bien comprendre qu'il ne peut observer
en tout ce qui fait regarder les hommes comme vertueux;
puisque souvent, pour maintenir son état dans
l'ordre, il est dans la nécessité d'agir contre
sa foi, contre les vertus de charité
et même contre sa religion.
Son esprit doit être
disposé à se tourner
selon que les vents et
les variations de la fortune
l'exigent de lui.' Non point que je
veuille insinuer que Machiavel fut le maître à
penser de Catherine, mais elle était florentine comme lui
et Le Prince avait été dédié, en 1531, à Laurent II de Médicis."
Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Les Valois, tome 6, Henri III,
Éditions Pygmalion / Gérard Watelet, Paris, 1988, p.
45.
L'oeuvre de Machiavel dans La
Pleïade
_____________________.____________
"Il ne peut
y avoir de bonnes lois sans de bonnes troupes, et où il y a de bonnes
troupes, il y a de bonnes lois." Le Prince, XII.
"Il n'y a point
de valeur à massacrer ses concitoyens et à livrer ses amis,
à être sans foi, sans pitié, sans religion; tout cela
peut faire arriver à la souveraineté." Le Prince.
"Tous les prophètes
armés ont triomphé et les prophètes sans armes succombèrent."
Le
Prince, VI.
"Il y a si loin
de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre [...]
on se figure souvent des républiques et d'autres gouvernements qui
n'ont jamais existé [...] un homme qui veut être parfaitement
honnête au milieu de gens malhonnêtes ne peut manquer de périr
tôt ou tard." Le Prince.
La nature humaine
Je crois qu'il
est plus sûr d'être craint que d'être aimé [...]
les hommes sont généralement ingrats, changeants, dissimulés,
timides et âpres au gain." Le Prince, XVII.
"Le vulgaire
se prend toujours aux apparences et ne juge que par l'événement
[...] les hommes sont si simples et si faibles que celui qui veut tromper
trouve toujours des dupes [...] le caractère des peuples est mobile,
on les entraîne facilement vers une opinion, mais il est difficile
de les y maintenir." Le Prince.
Le goût de la liberté
À
propos des républiques conquises: "Le seul moyen de [les] conserver
est de [les] mettre en ruines [car le souvenir de leur ancienne liberté
ne leur laisse pas un unstant de repos]. Ce nom de liberté ne sort
jamais de leur coeur et de leur mémoire". Le Prince.
_____________________.____________
JUGEMENTS CONTRADICTOIRES SUR
MACHIAVEL
"Les uns en font un démocrate sincère qui décrit les abus du pouvoir tyrannique pour
mieux susciter la révolte (La Houssaye). D'autres un sadique suppôt des tyrans qui prend plaisir à
la violence, à la cruauté et à l'injustice (Frédéric II, Voltaire). Certains pensent que c'est un lâche qui,
pour sauver sa vie compromise avec la démocratie, se range du côté du futur Prince (Rousseau).
Gramsci, lui, pense que l'oeuvre de Machiavel est datée et correspond à l'effort de création
des États nationaux au XVIe siècle. Claude Lefort y voit posé le problème du pouvoir en
termes plus ou moins classistes. Seul, Merleau Ponty, dan ses Notes sur Machiavel,
reconnaît l'énigme: le machiavélisme peut-il être compris comme synonyme de
calcul secret et coupable pour le pouvoir alors qu'il vend la mèche?"
Pierre Cohen-Bacrie, "Machiavel et Spinoza",
Revue Philosopher No 3, 1987.
Voici le jugement porté en 1939 sur la soi-disant dépravation morale du machiavélisme
par Antonio Gramsci, lui-même alors croupissant dans les prisons mussoliniennes:
«Fourvoyés par le problème moral de ce qu'on appelle le machiavélisme,
ils [les critiques bien-pensants de Machiavel] n'ont pas vu qu"il était
le théoricien génial du pouvoir d'État érigé en absolu à son époque»
[Louis XI, Elisabeth
I, Yvan le Terrible,
Ferdinand
d'Aragon]
Une clé pour comprendre le machiavélisme
Pierre Bayle, dans son Dictionnaire historique et critique
conclut avec ces citations de Machiavel son article sur Louis VII, célèbre par sa piété,
mais qui n'hésita pas, malgré sa vertu, à encourager la rébellion des fils contre leur père :

Ce personnage de la pièce de Musset cherche aussi, mais sans illusion, à libérer Florence
de ses ducs et fait face, comme Brutus, à un échec somme toute prévisible.
Philippe n'est pas moins vertueux que Pier Paolo Soderini,
personnage réel de la vie de Machiavel,
ni plus porté à l'action.
voit dans l'alliance du sabre et du goupillon, au 19e siècle
une répétition de l'effort de tromper le peuple déjà dénoncé par Machiavel:
"Des sabres sont partout posés sur les provinces.
L'autel ment. [...]
Saint-Père, on voit du sang à tes sandales blanches !
Borgia te sourit, le pape empoisonneur."
Les Châtiments, Livre I, XII, Carte d'Europe.
_____________________.____________
Philosophie Éducation Culture (c) copyright Pierre Cohen-Bacrie, 1997-2008
modifié le 9 mars 2008