À FLEUR DE PEAU :
LE TEINT ET SON ÉVALUATION DANS LA PSYCHÉ HUMAINE1
Résumé
Des recherches antérieures suggèrent que la psyché humain comporte un mécanisme spécifique à l'évaluation des teints masculin et féminin. Pour mieux cerner le traitement de ces informations, on a fait enquête dans une communauté où la couleur de la peau varie surtout entre les sexes et les individus. Les informateurs associaient le teint clair des femmes à la faiblesse et le teint foncé des hommes à la force physique. De plus, ils semblaient projeter ces valeurs sur la variation interindividuelle de la couleur de la peau.
Mots-clefs : Couleur de la peau, Différences sexuelles, Dimorphisme sexuel, Préjugé de couleur, Adaptation
Summary
Previous research suggests the human psyche has a mechanism specific to evaluation of male and female complexions. To gain a clearer idea of how this information is processed, an investigation was conducted in a community where skin colour varies mainly between the sexes and among individuals. The informants associated women's lighter complexion with weakness and men's darker complexion with strength. They also appeared to project these values onto interindividual variation in skin colour.
Key words: Skin Colour, Sex Differences, Sexual Dimorphism, Colour Prejudice, Adaptation
Frost, P. 1992. "À fleur de peau : le teint et son évaluation dans la psyché humaine", Écologie, éthologie humaines 1: 7-17 (new series).
Les mécanismes de la psyché humaine visent des objectifs particuliers dans un domaine spécifique, plutôt que des objectifs généraux englôbant un domaine indifférencié (Buss 1991; Symons 1990; Tooby & Cosmides 1989). Il semble ainsi irréaliste de s'interroger sur le degré auquel la nature humaine, dans sa totalité, obéit à un déterminisme biologique. On ferait mieux de se demander s'il existe des contraintes biologiques qui structurent un domaine particulier d'évaluation ou de cognition. Une telle contrainte serait attendue là où les paramètres du domaine restaient assez stables, prévisibles et significatifs dans notre milieu ancestral, ce qui aurait favorisé une organisation permanente (hardwiring) des circuits mentaux en question.
Il s'agit dans le présent article d'appliquer cette perspective à l'évaluation humaine des teints masculin et féminin. Les hommes paraissent plus bruns et plus rouges dans toutes les populations humaines par rapport à la pâleur relative des femmes, conséquence des quantités différentes de mélanine et d'hémoglobine dans les couches supérieures de la peau (Edwards et Duntley 1939; Frost 1988; Harrison 1973). C'est à partir de la puberté que le teint humain se différencie entre les sexes, tout comme la texture de la peau, le système pileux, la distribution de la graisse et d'autres caractéristiques cutanées (Frost 1988; Kalla 1973; Mesa 1983).
Cette différence sexuelle peut sembler d'une pertinence douteuse. On se représente la couleur de la peau normalement en termes de race, surtout depuis l'expansion européenne de l'après-Moyen-Âge et la création des sociétés esclavagistes et coloniales dans le sillage de cette expansion (Jordan 1968). Mais, auparavant, on la concevait dans un milieu plus restreint, plus homogène, où elle variait principalement entre les sexes. Les locutions the fair sex et femineus pallor rappellent cette époque pas si lointaine où la pâleur définissait la féminité. En témoignent aussi les arts visuels de l'antiquité qui donnaient systématiquement aux femmes un teint clair et aux hommes un teint brun et rouge (Frost 1988, 1987).
Parallèlement, certaines données indiquent une autre différentiation sexuelle, celle de la psyché humaine et son évaluation du teint. Signalons d'abord l'étude de Wagatsuma (1967) au Japon. Alors que l'homme japonais voit dans la pâleur féminine « un symbole des femmes qui les distingue des hommes », la japonaise pour sa part manifeste une certaine ambivalence à l'égard du teint masculin. Elle fait une distinction entre un « bel homme » et un « homme attirant ». Le premier, de peau blanche et objet d'admiration esthétique, est vu néanmoins comme étant « trop féminin » pour permettre à une femme de compter sur lui. Le second, muni d'une peau brune, est réputé d'être viril, audacieux, dynamique et affirmé. On peut trouver des données comparables en Amérique du Nord mais elles sont trop souvent anecdotiques (ex. l'homme grand, foncé et élégant des films d'Hollywood) ou interprétés uniquement en termes de race.
Une étude américaine fait remonter à l'enfance cette différence psychique entre les sexes. Asher et Allen (1969) ont demandé à des enfants âgés de 3 à 8 ans de choisir entre deux marionnettes, l'une au visage blanc l'autre au visage brun. Ils ont constaté que plus de petites filles que de garçons avaient choisi la marionnette brune. Gregor et McPherson (1966) ont obtenu des résultats similaires en Afrique du Sud avec des bantous âgés de trois à sept ans. Les filles bantoues, en présence de deux poupées dont le teint différait l'égèrement, ont préféré la plus foncée en réponse aux demandes de choisir la plus jolie, la plus aimable ou la mieux colorée. Cette différence sexuelle est pourtant absente dans les études de ce genre limitées aux sujets âgés de 6 ans ou moins (Renninger & Williams 1966; Williams & Roberson 1967; Williams & Rousseau 1971).
Il se peut que cette différentiation psychosexuelle s'effectue vers la fin de l'enfance en réponse à une divergence hormonale, soit celle qui se produit entre la production testiculaire d'androgènes et la production ovarienne d'oestrogènes. Ainsi, Frost et Lamontagne (1988) ont demandé à des enfants âgés de 2 à 5 ans de choisir la plus gentille de deux poupées, dont l'une était légèrement plus foncée que l'autre. Il n'en est ressorti aucun rapport entre le sexe de l'enfant et le teint de sa poupée préférée. Mais on a constaté chez les enfants choisissant la poupée foncée une plus grande quantité de graisse corporelle (cf. aussi Frost 1989). Ce choix pourrait traduire un niveau d'oestrogène plus élévé, car les tissus graisseux contiennent l'enzyme aromatase qui convertit une hormone mâle en oestrogène. En l'absence d'une sécrétion gonadique importante, comme c'est le cas pour les moins de 7 ans, le niveau d'oestrogène sanguin reflète la masse adipeuse du corps (Judd et al 1980).
Une deuxième étude avait pour objectif la recherche de cet effet oestrogène chez des adultes (Frost 1991). On a préparé six paires de photos montrant des visages d'homme et de femme. Les visages de chaque paire étaient identiques, sauf une légère différence de teint. On a ensuite demandé à 98 femmes de choisir la photo de chaque paire qui leur plaisait le mieux. Les non-consommatrices de contraceptifs oraux ont jugé les visages d'homme foncé plus favorablement pendant les deux premiers tiers du cycle menstruel (lorsque l'oestrogène est l'hormone dominante) que pendant le dernier tiers (lorsque la progestérone domine et fait contrepoids à l'oestrogène)2. Cet effet cyclique n'a pas caractérisé leurs évaluations des visages de femme. Les consommatrices de contraceptifs oraux, pour leur part, n'ont manifesté aucune tendance cyclique, ni à l'égard des visages d'homme, ni à l'égard des visages de femme.
Les résultats de ces deux études indiquent l'existence d'un mécanisme psychologique dont les entrées sont (1) l'état hormonal actuel et (2) la reconnaissance visuelle du teint propre à chaque sexe, et dont la sortie alimente l'évaluation des visages d'homme et de femme. La nature de cette sortie reste à préciser. On a interrogé quelques sujets là-dessus à la suite des deux études, mais aucun d'entre eux ne pouvait verbaliser les sentiments qui avaient pesé dans son choix.
C'est pour mieux saisir ce complexe de sentiments que la présente étude a été entreprise. Il s'agissait de faire enquête dans un contexte où la différence de teint entre les sexes l'emporte sur d'autres sources de variation et où les culturgènes3 circulent surtout par des réseaux personnels. Ainsi, ces derniers auraient tendance à accumuler de l'information sur les petites différences de teint entre les sexes et parmi les individus. On espérait que l'examen de cette accumulation culturelle permettrait de mieux cerner le traitement cérébral des entrées provenant du domaine des teints masculin et féminin.
LIEU D'ENQUÊTE
L'enquête a consisté en 20 entrevues avec des personnes âges (15 femmes et 5 hommes) habitant l'île-aux-Coudres, sur la rive nord du Saint-Laurent, à mi-chemin entre Québec et le Saguenay. Les entrevues ont eu lieu entre la fin 1989 et le début 1991.
L'intérêt que présente l'île-aux-Coudres réside dans le caractère stable et homogène de sa population. Presque tous les habitants sont issus d'une vingtaine de familles françaises arrivées au XVIIIe siècle. L'immigration a été par la suite négligeable (Martin 1957). Jusqu'à l'après-guerre, l'autosubsistance régnait avec quelques activités reliées à l'économie de marché comme l'extraction de l'huile de marsouin, la pêche et le pilotage sur le fleuve. En général, les habitants subvenaient à leurs besoins sans passer par le marché. Les rares sorties de l'île avaient lieu principalement en automne lorsque les insulaires allaient acheter à Québec leurs provisions pour la saison froide. Un traversier d'hiver n'est entré en service qu'en 1958.
RÉSULTATS :
LA DIFFÉRENCE DE TEINT ENTRE FEMMES ET HOMMES
En général, les personnes interviewées décrivent la peau féminine comme plus blanche et la peau masculine comme plus brune :
Les femmes étaient toutes blanches, mais ça dépendait des familles; il y en a qui avaient les cheveux plus noirs, les yeux plus noirs, la peau plus noire, plus fonçée. Les hommes, il y en avait qui étaient blonds, mais la plus forte partie était foncée; ils avaient la peau foncée. (Femme #9 née en 1915)
La peau des hommes serait également plus rouge :
Nous autres (les filles), on n'était pas rougeaudes et les petits garçons (dans ma famille) étaient rougeauds. Nous autres, on était pâles. (Femme #18 née en 1918)
À peu près la moitié des interviewés considère cette différence sexuelle comme innée. Les hommes sont plus foncés « parce que c'est un homme. Ils sont nés de même ». Certaines personnes expliquent que la peau féminine est douce et se prête moins bien au bronzage. La peau masculine, épaisse et poilue, bronze avec moins de difficulté :
C'est plus foncé un peu. Je ne sais pas trop pourquoi. La peau d'un homme est plus épaisse. (...) Je croirais que c'est la différence de sexe homme-femme. L'homme a la peau un peu plus épaisse que la femme, c'est moins délicat, donc plus foncé. (Femme #5 née en 1924)
Parce qu'un homme, c'est toujours la peau plus épaisse un peu. On (les femmes) n'a pas de barbe. Puis, raser la barbe c'est une chose qui doit encore éclaircir la peau. (Femme #10 née en 1904)
L'autre moitié des personnes interviewées invoquent l'influence des pratiques sociales. Alors que les hommes travaillaient dehors et bronzaient davantage, les femmes passaient plus de temps à la maison et, de surcroît, tâchaient exprès de conserver la blancheur de leur peau. Même les tenants d'une différence innée soulignent l'importance de ces pratiques :
L'homme était plus à l'extérieur; c'est certain qu'il était plus foncé. Il prenait un petit peu plus de soleil que la femme dans la maison. Elle n'était pas toujours dehors comme l'homme. Bien entendu que si on parle de la femme dehors peut-être qu'elle se cachait (du soleil) plus que l'homme. (Femme #4 né en 1925)
La plupart des gens ignorent à quel moment de la vie le teint féminin se différencie du teint masculin. Ceux ayant une opinion situent ce moment à la puberté :
Deux bébés, la peau était de la même couleur. C'est en vieillissant. Je dirais vers 7 à 8 ans. (Femme #5 née en 1924)
Ça paraît assez jeune chez l'adolescent. L'homme va faire plus de maladies de la peau, par exemple des boutons, de l'acné que la femme. L'homme a le teint plus foncé que la femme. Puis, de même qu'en hiver une fille et un garçon qui ne vont pas dehors ni l'un ni l'autre, il n'y a pas de soleil, ça paraît déjà. (Femme #11 née en 1923)
Ça commence un peu dans l'âge de 14, 15 ans. C'est là qu'on s'aperçoit que ça change. (...) Alain, le petit garçon que j'ai élevé a été dix ans avec moi. Il est parti; il avait la peau d'un bébé blond, blond. Là, aujourd'hui, il est rendu à 15 ans, il vient pas me voir souvent et je trouve donc qu'il est changé. Il a le visage, le teint plus rouge-foncé. (Femme #18 née en 1918)
Pratiques culturelles visant le teint
Jusqu'aux années quarante, les femmes de l'île recherchaient un teint de lait. Ainsi, elles se servaient d'un nombre de pratiques culturelles, soit pour conserver leur pâleur en réduisant l'exposition au soleil, soit pour se blanchir artificiellement la peau au moyen de cosmétiques.
La pratique la plus élémentaire était de ne pas sortir au soleil. S'il existait un interdit à cet effet dans certaines familles, la plupart des femmes devaient travailler aux champs après leur première communion, vers 12-13 ans. Elles empêchaient le bronzage en se couvrant au maximum : un chapeau aux larges rebords sur la tête, un foulard au cou, de grandes manches aux bras, des mitaines aux mains et aux avant-bras, des jupes longues à moitié jambe avec des bas de laine en-dessous. Certains se souviennent aussi d'avoir vu des femmes, née au siècle dernier, qui s'habillaient en noir pour faire ressortir la blancheur de leur peau.
Les produits de beauté à cette même fin se limitaient en général à une poudre blanche. Leur utilisation se heurtait au pouvoir d'achat restreint des femmes et à l'opposition de l'église. Changer la couleur naturelle de la peau, c'était « forcer la nature ».
Si le sexe masculin se souciait moins de son teint, trois interviewés notent tout de même que certains hommes se relèvaient les manches pour bronzer les avant-bras. Un autre soutient que les hommes pâles prenaient de l'huile de foie de morue « pour donner bonne couleur ».
Qualités attribués aux teints masculin et féminin
Les interviewés assimilent la peau foncée des hommes à des qualificatifs comme « fort » et « solide ». Inversement, ils qualifient de « faible » et de « délicate » la peau claire des femmes :
Un homme est plus rougeaud, on dirait que c'est plus rouge, plus fort qu'une femme. (...) On dirait qu'il a le teint plus rougeaud, plus capable qu'une femme. Seulement sauf quand il a fait quelque chose il devient épuisé, il devient le teint mort, il change de peau. Tout le monde change de peau en vieillissant. (Femme #18 née en 1918)
Un teint rougeaud, on disait qu'il est solide.(Femme #8 née en 1914)
Certains commentaires évoquent des préjugés défavorables contre l'homme à la peau blanche; celui-ci, paraît-il, était la butte de ridicule. On le taquinait : « Il est blanc, il n'a pas une goutte de sang dans le visage ». Un autre insulaire abonde dans le même sens : « Il faisait pitié. Il est pâle, il a donc l'air malade ». En général, on considérait les hommes pâles comme faibles, maladifs, incapables ou lâches. Par contre, si la pâleur féminine aussi se faisait rapprochée de la faiblesse, on ne la croyait pas pour autant maladive.
Ils auraient dit : Lui (l'homme pâle) ils sont après faire la paille dans le hangar-là et puis « il voit pas autre chose que le matin »4. (...) Si la femme était pâle, elle, c'était parfait. (Homme #19 né en 1922)
DIFFÉRENCES DE TEINT ENTRE LES INDIVIDUS
Il existe chez les Canadiens français, comme dans d'autres populations, une certaine variation de teint d'un individu à l'autre. Le discours populaire la découpe en quatre catégories blanc (ou blond5), roux, brun et noir dont la répartition paraît dans une étude des combattants de la Guerre de 1812. Ainsi, les contrats d'engagement de la milice Les Voltigeurs révèlent 257 soldats de teint « brun », 159 de teint « blanc », 8 de teint « roux », 5 de teint « noir » et 2 de teint « brun-noir » (Guitard 1983:27)6.
La présente enquête semble confirmer ce schéma. Tous les interviewés font mention de trois teints : le blanc, le roux et le brun. Six personnes en signalent un quatrième : le noir. De toutes les catégories, le noir semble la plus problématique. Certains interviewés l'utilisent librement dans un sens relatif et personnel, plutôt qu'absolu et ethnique, pour désigner un « Canadien » à la peau assez foncée, mais la plupart d'eux affirment que le terme ne s'applique qu'à une personne de race noire7.
Qualités attribuées aux teints des individus
On collait aux individus foncés un nombre de qualificatifs assez stéréotypés : « dur », « prompt », « orgueilleux » et « malin ».
Ça se disait. « Il est foncé, lui il est malin ». Je ne sais pas s'ils avaient raison. Mais ça se voyait. Celui qui était plus orgueilleux, le foncé. (Femme #9 née en 1915)
Plusieurs interviewés soulignent que ce préjugé n'était qu'une perception sans fondement dans les faits.
Quelqu'un de très foncé, on dirait qu'il a le visage plus dur. Ça ne veux pas dire qu'il est dur, mais il a le visage plus dur, le sourire moins facile. (Femme #11 née en 1923)
À l'inverse, on attribuait aux individus pâles un esprit « facile » et « doux » :
Ceux qui avaient la peau pâle, on appelait ça des doux. Ils avaient un caractère facile. (Femme #9 née en 1915)
On dirait que les blonds (ceux au teint pâle) sont du monde plus facile (que ceux au teint foncé). (Femme #11 née en 1923)
Cependant, le tiers des personnes interviewées nient avoir entendu parler de tels propos. Deux autres personnes affirment que des préjugés avaient cours à une certaine époque mais ont par la suite disparu :
Si on voyait quelqu'un par exemple qui est noir, foncé, noir là, pas noir noir mais qui a le teint foncé et qui a les cheveux noirs, (on dirait) « Maudit maudit cayen8 ». Ça, c'est certain. (...) À une époque, on pouvait porter des jugements sévères qui n'étaient pas plaisants, car c'était du bon monde comme nous autres. (Homme #20 né en 1910)
C'était peut-être pire dans ce temps-là pour juger des gens comme cela. Aujourd'hui, ça juge bien moins. (Femme #4 née en 1925)
DISCUSSION
Ces préjugés de teint, faute d'un meilleur terme, ressemblent moins aux préjugés de couleur et davantage à certains éléments de stéréotypes sexuels : la pâleur s'assimile à des qualités dites féminines (la douceur, la complaisance) ; la noirceur, à des qualités dites masculines (la dureté et l'orgueil). Ce schéma semble confirmé par le discours sur les teints féminin et masculin : on associe l'aspect pâle des femmes à la faiblesse et l'aspect foncé des hommes à la force. Il existe ainsi un parallélisme de sorte que les valeurs associées à la différence de teint entre les sexes semblent se projeter sur les différences de teint parmi les individus :
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| Différence de teint entre les sexes : | |
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TEINT FONCÉ (hommes)
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| Différence de teint entre les individus : | |
TEINT PÂLE
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Cette projection de valeurs peut nous amener à revoir deux études antillaises qui ont attribué à la dynamique des relations raciales une valorisation du teint pâle plus marquée chez les femmes. Ainsi, Henriques (1953: 54) a noté qu'en Jamaïque : « Colour prejudice is directed much more against dark or black women than it is against similarly coloured men ». De même, Rogler (1944) a observé à Porto Rico un certain stigma attaché aux hommes avec un teint trop blanc (rubio).
Happy are those Puerto Rican parents who give birth to a "rubio" infant, as if it were an achievement of first rank. "Qué colorado!" ("How white; how pretty!") Some disappointment may come as the child ages and becomes darker. However, as the child becomes older and more self-conscious, he himself may be ashamed of his own too-conspicuously white appearance, especially if he be a boy.
Il y a lieu peut-être de revenir également sur un débat « de poule ou d'oeuf » qui perdure depuis trente ans. Tandis que certains historiens soutiennent que c'était l'esclavage des Noirs qui avait engendré le préjugé de couleur (Handlin 1957), d'autres répondent que le second avait existé bien avant le premier (Degler 1959; Jordan 1968). Ce dernier argument se heurte pourtant à une difficulté : avant le XVIe siècle et l'émergence de la traite des Noirs, beaucoup moins de contacts se produisaient entre des populations qui se démarquaient nettement l'une de l'autre par la couleur de leur peau. Alors, que signifiait celle-ci en l'absence d'une signification ethnique ?
Cette difficulté se résout si la couleur de la peau comportait une autre signification, qui relevait de la différence sexuelle de teint (Frost, 1987). Cet ancien système de représentation fournissait un cadre à l'intérieur duquel on évaluait également les différences de teint entre les individus. Puis, un nouveau espace de variation s'est ouvert avec la montée des sociétés esclavagistes ou coloniales ; l'association entre la peau foncée et certains stéréotypes masculins sous une forme exagérée (c'est-à-dire un tempérament dur, orgueilleux et prompt à s'emporter) aurait pu alors contribuer à la perception des noirs comme menaçants ou intimidants.
Le passage historique fait par la couleur de la peau d'un signe sexuel à un signe ethnique n'aurait pas été ainsi le simple remplacement d'un système de représentation par un autre, mais plutôt le réaménagement de ce vieux fond de valeurs sexuelles dans un nouveau cadre axé sur les relations blanc-noir. Cette interprétation a déjà paru sous la plume d'un historien américain :
Whiteness, moreover, carried a special significance for Elizabethan Englishmen: it was, particularly when complemented by red, the color of perfect human beauty, especially female beauty. (...) It was important, if incalculably so, that English discovery of Black Africans came at a time when the accepted standard of ideal beauty was a fair complexion of rose and white (Jordan, 1968).
NOTES
1. Cet article repose en partie sur une communication présentée au congrès annuel de la Société canadienne de psychologie (1992) (cf. Psychologie canadienne 22:2a, p. 363).
2. La progestérone agit comme une antioestrogène en réduisant le nombre de récepteurs des oestrogènes au niveau cellulaire (Linkie 1982).
3. Un culturgène est une unité de transmission culturelle (ex. une idée, une tradition, une pratique culturelle). Le terme est analogue à « gène » mais, à la différence de ce dernier, un culturgène se modifie plus facilement en cours de transmission et peut se combiner à d'autres culturgènes.
4. C'est-à-dire qu'il s'épuise tôt dans la journée.
5. Selon le Grand Robert, le mot « blond » peut s'employer pour décrire non seulement la couleur des cheveux mais aussi celle de la peau.
6. Neuf autres recrues sont qualifiées de race noire et, de ce fait, ne sont pas incluses dans les chiffres.
7. Selon le Grand Robert, le mot « noir » peut signifier une personne ou une chose « qui est d'une couleur (gris, brun, bleu ...) très foncée, très brunie ».
8. Les habitants de l'Île-aux-Coudres considèrent les Acadiens (ou Cayens) comme un peuple à la peau plus foncée.
BIBLIOGRAPHIE
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