Il faut d'abord mentionner qu'Asimov, malgré le fait qu'il a publié près d'une quinzaine de romans à saveur policière, n'était pas un auteur spécialisé dans le polar. Oh! il se débrouille bien et même très bien en matière de suspense, on a qu'à lire sa série "des veufs noirs" pour le constater.

Dans ce roman, l'enquête du détective n'est en fait qu'un prétexte afin d'amener le lecteur à prendre conscience et à réfléchir au côté absurde de la vie à l'intérieur de Mégavilles (population de 20 millions et +).
L'auteur réussit très bien à nous tenir en haleine tout au long de l'histoire mais on sent bien que le but premier n'est pas celui-là.
Parallèlement à l'enquête de Baley, les personnages de ce roman évoluent dans un monde renfermé, autonome et coupé de tout contact direct avec la nature et l'air libre.

Asimov réussit à nous faire voir à quoi pourrait ressembler la vie humaine sur la Terre dans un contexte de surpopulation, de concentration d'individus dans une mégaCité le tout dans un contexte de rationalisation de la nourriture et d'économie de l'espace habitable.
Il nous emmène à une époque où les gens manifestent un profond malaise lorsqu'ils sortent, à de rares occasions, à l'extérieur de l'enveloppe protectrice de la ville et éprouvent même du dégoût simplement à sentir le vent effleurant leurs visages.
Les territoires "sauvages" à l'extérieur des murs de la ville n'étant seulement plus considéré que comme un grenier pour les levures servant de matière de base à la fabrication des aliments synthétiques, un réservoir d'eau et de charbon.

Le fait de faire intervenir un robot androïde (de forme humaine) dans l'histoire, permet à Asimov de jeter les bases d'une réflexion sur la spécificité de l'Homme, de décrire ou à tout le moins de tenter de décrire, le caractère unique qui fait d'un Homme un Homme, ou ce qui différencie fondamentalement l'Humain d'une simple machine, aussi technologiquement avancée qu'elle puisse être!

Asimov a réussi à anticiper et à nous communiquer la réaction d'une population face à la robotisation à outrance des tâches réservées jusque là aux humains. Il faut bien dire qu'aujourd'hui en 1997, nous sommes déjà confrontés à ce genre de problèmes sociaux amenés par l'automatisation du travail.
La fiction décrite par Asimov est maintenant presque devenue réalité et nous a rattrapé beaucoup plus rapidement que ne pouvait l'imaginer "le bon docteur" en 1953.

Asimov était d'abord et avant tout un auteur à contenu, il avait une vision bien arrêtée du futur de l'humanité et a tenté de la transmettre à ses lecteurs, une grande partie de son œuvre va dans ce sens. N'allez cependant pas croire qu'il était une espèce de prédicateur, au contraire: Asimov était un athée convaincu et a livré bataille à la montée du mouvement créationiste aux Etats-Unis. Il a écrit de la "science-fiction sociale" décrivant non plus les inventions de la science future mais bien leurs répercussions sur l'évolution de la société. Déjà dans ce roman datant de 1953, Asimov avait décrit les prémisses de ce que l'on connaîtra près de 40 ans plus tard comme le "World Wide Web" (la toile mondiale d'ordinateurs) et plus précisément les moteurs de recherches "search engines" dans les banques de données du Web.

La prolifération des robots constructeurs, notamment dans les usines de voitures, est également dû en grande partie à Asimov qui, sans le savoir, a influencé l'un des acteurs principaux de la robotisation, Joseph F. Engelberger, dont la compagnie produit présentement près du tiers de tous les robots du monde.
Engelberger raconte que quelques années avant de fonder sa compagnie "Unimation", il s'est passionné pour les histoires de robots positroniques d'un certain Isaac Asimov!

René Loignon

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