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Le lecteur n'est peut-être pas familier avec les taux renversants d'illettrisme et analphabétisme dans les principaux pays industrialisés, supposément les plus socialement avancés de la planète: 22% au Royaume-Uni, 30% en France, pour n'en nommer que quelques uns; et ici même au Québec, selon les chiffres de l'OCDE 1994, un taux à peine croyable de 38% de la population adulte du Québec (50% en 2003) était considéré analphabète ou illettrés à divers degrés, soit 900 000 personnes âgées de 16 à 65 ans sur une population totale de 7 millions, avec une proportion plus élevée dans le groupe âgé de 16 à 25 ans, ce qui indique que le problème va en s'aggravant.
Ce 38% se subdivisait ainsi: 7 % étaient considérés analphabètes profonds, car ils étaient incapables de lire la plupart des documents écrits courants; 9 % pouvaient décoder les mots, mais étaient incapables de comprendre le sens de la plupart des phrases, alors que les 22% restants pouvaient lire seulement dans un nombre limité de situations. Toutes ces personnes avaient pourtant fréquenté nos écoles jusqu'au secondaire, car la loi de l'instruction publique oblige notre gouvernement à scolariser tous les enfants jusqu'à l'âge de 16 ans.
En 2003 (9 ans plus tard), un taux de 50% de la même population agée de 16 ans ou plus, était maintenant considérés illettrés à divers degrés, soit une augmentation de 12%, selon une Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA).
Comment tant d'enfants (pratiquement 5 sur 10) ont-ils pu traverser tout le primaire depuis des décennies, et entrer au secondaire jusqu'au moment où ils abandonnent l'école par découragement, sans diplôme, sans avoir été détectés à temps pour être aidés efficacement par nos éducateurs, et surtout, sans que les méthodes d'enseignement soient remises en question?
Peut-être quelqu'un fera-t-il enfin un lien avec le fait que depuis des décennies, un nombre grandissant des candidats enseignants (jusqu'au taux renversant de 70% recalés au test de français en 2005, sans que personne ne se réveille enfin au Ministère) se sont montrés incapable de s'exprimer correctement dans leur propre langue et semblent eux-mêmes illettrés à divers degrés, une situation qui n'a fait que s'accentuer depuis les années 60. Comment tous ces enseignants éventuellement admis tout de même depuis les années 60 aurait-ils pu montrer à lire correctement à leurs élèves, et comment ces 70% vont-ils faire pour enseigner ce qu'eux-mêmes ne savent pas ?
Cette situation se dégrade depuis la réforme des années 60, au point qu'en 1998, on a fait passé de 3 ans à 4 ans la formation jusqu'au bac des enseignants dans les Facultés des sciences de l'éducation, face au manque devenu flagrant dans la formation des maîtres, mais sans régler le problème de leur propre connaissance de leur langue maternelle.
Comment 70% des nouveaux candidats, qui peinent à comprendre ce qu'ils lisent, vont-ils faire pour devenir des maîtres compétents? Ils sont eux-mêmes des victimes de l'état catastrophique de notre système d'éducation. La bonne volonté et les voeux pieux ne suffiront pas pour que la situation s'améliore.
Dans les années 50, les méthodes éducatives étaient telles que même si les parents ne s'impliquaient pas, les enseignants du primaire réussissaient à apprendre à lire jusqu'à l'autonomie à la grande majorité des enfants qui fréquentaient l'école, et ceci, dès la première année du primaire; qui coïncide, tel qu'expliqué dans Les fondements neurolinguistiques de l'intelligence, avec la dernière année de l'enfance où cet apprentissage demeure relativement facile, apprentissage dont la qualité détermine directement la capacité de compréhension ultime que cet individu atteindra éventuellement.
Mais pour des raisons qui n'ont pas été expliquées aux parents, même si l'efficacité de cette approche était bien connue à l'époque, et est encore reconnue mondialement par les neuroscientifiques qui sont bien au fait des conséquences débilitantes de tout retard dans l'apprentissage des habiletés verbales, les méthodes ont progressivement dérivé, particulièrement à l'occasion de la grande Réforme des années 60, vers un état qui exige que les parents apportent un support important à la maison pour que leurs enfants réussissent à maîtriser cette habileté vitale pour leur avenir intellectuel.
Curieusement, les parents n'ont jamais été directement informés de cette délégation de responsabilité, ou même qu'un support complet n'était plus fourni à l'école depuis la fin des années 60. Depuis ce moment de notre histoire, seulement la chance et la disponibilité fortuite de parents suffisamment instruits qui prenaient individuellement conscience de la situation a permis à leurs enfants de complètement maîtriser la lecture avant l'âge de 7 ans.
En plus de cet état de fait qui handicape les enfants de bien des parents instruits à leur insu, il faut bien se rendre à l'évidence que ce groupe de 50% d'adultes analphabètes ou illettrés (5 parents sur 10, soyons-en conscients) sont fonctionnellement incapables d'apporter un tel support à leurs enfants, d'où le cercle vicieux dans lequel génération après génération de nos enfants se sont engouffrés depuis des décennies.
Dans cette optique, il est bien difficile de comprendre pourquoi la plus récente Réforme de l'éducation (2001), compte toujours sur une implication systématique des parents, et ne vise pas plus haut que de faire comprendre aux enfants à peine 500 mots à la fin de la 2e année du primaire, 1000 mots à la fin de la 4e année et 1500 mots à la fin de la 6e, ce qui est nettement insuffisant pour leur permettre d'affronter le secondaire avec succès.
Comment donc pouvons-nous aider les enfants des parents mal informés, analphabètes ou illettrés, enfants dont l'avenir intellectuel semble irrémédiablement compromis par ces objectifs minimalistes et cette attente irréaliste que leurs parents mal informés ou illettrés prendraient charge d'un complément substantiel d'enseignement qui ne peut être donné que par des enseignants qualifiés ou des parents suffisamment instruits et conscients; ou que des parents illettrés, généralement pauvres par la force des choses, pourraient payer à leurs enfants des cours particuliers hors du système public?
En ce qui concerne les enfants des parents mal informés, il semble n'y avoir aucune autre option que de considérer une campagne d'information soutenue auprès de ces derniers pour qu'ils réalisent que leurs enfants n'apprendront PAS à lire correctement s'ils n'interviennent pas eux-mêmes à temps pour palier aux insuffisances évidentes des méthodes éducatives qui ont cours présentement, et ceci, pendant que leurs enfants sont encore assez jeunes pour que cet enseignement soit totalement efficace.
Mais même si une telle campagne s'avérait totalement efficace, elle ne règlerait pas pour autant le problème des enfants dont les parents, tout en étant suffisamment instruits, ne disposent ni du temps pour s'impliquer personnellement, ni des moyens financiers pour payer des cours particuliers à leurs enfants, en raison des impératifs déshumanisés du rythme de vie effréné que leur impose de la société de consommation et les politiques familiales de nos gouvernements, qui sont particulièrement désolantes en ce qui concerne les familles monoparentales.
En ce qui concerne cette dernière catégorie d'enfants, ainsi que ceux des parents analphabètes ou illettrés, une seule solution pratique à ce catastrophique problème de société s'offre à nous en dernière analyse, soit une reprise en charge complète de la responsabilité de cet enseignement par la maternelle et la première année de l'école primaire publique, ce qui signifie adopter de nouveau des méthodes qui fonctionnent aussi bien que celles qui avaient cours il y a 50 ans.
En réalité, c'est un apprentissage qui pourrait même déjà commencer au niveau de la garderie ou même à la maison, à une époque où cette pratique se répand de plus en plus dans certains pays d'Europe, et avec succès, pour les enfants de 3-4 ans.
Pendant que le taux d'abandon scolaire diminuait de 25% à 15% en Suède, et de 28% à 2% au Japon entre 1986 et 1992 (Article de la revue l'Actualité du 15 mars 1992), il augmentait de 27,5% en 1986 à plus de 50% au Québec en 1999 (Rapport intitulé "Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles" de fin 1999 du Conseil supérieur de l'éducation.). En 2002, le pourcentage d'étudiants qui abandonnent l'école au Québec avant d'avoir obtenu un DEC (diplome d'étude collégiale) au cégep est de 54% pour les garçons, et de 39 % chez les filles. De toute évidence, les autorités de ces autres pays n'ont pas perdu de vue l'importance d'un apprentissage approprié de la lecture comme pré-requis absolu à toute éducation formelle des enfants.
Au moment où vous lisez ces lignes, au minimum 4 enfants sur dix qui fréquentent présentement la première année du primaire dans nos écoles n'apprendront pas à lire! Bien pire, le rapport de 1999 du Conseil supérieur de l'éducation nous révèle que si chez les filles, le taux avoisine 33%, chez les garçon, cette proportion approche les 70%, c'est-à-dire, près de 7 garçons sur 10 !
La dégradation des programmes d'enseignement au niveau du primaire qui abrutissent tant d'enfants
au point qu'ils deviennent incapables d'affronter le secondaire n'est pas du tout l'apanage exclusif
du Québec, loin de là! Pour plus d'information à ce sujet, voyez le texte de la pétition qui circule
en ce moment en France relativement à l'état des programmes d'éducation au primaire :
Ceux qui auront eu l'occasion de prendre connaissance de l'état de dégradation de la situation de l'éducation au Québec depuis les années 60, analysée dans l'ouvrage "Élite en faillite", ne manqueront pas de constater les similitudes dans l'évolution négative des programmes français et québécois.