On m'avait pourtant prévenu
qu'elle viendrait. Puis, un bon matin, il y a
bien quelques années,
j'ai senti son souffle. Elle était là,
dans mon dos, m'enlaçait
tout doucement de ses grands
bras tout en m'enveloppant
dans son
manteau moelleux.
Seul, devant mon miroir,
j'ai levé les yeux et je l'ai enfin aperçue. Ses petits yeux
bleus, myopes, probablement charmeurs autrefois, étaient partiellement
cachés
par d'étranges
lunettes grises. Autour d'eux cherchait à se camoufler tant bien
que mal l'arnaque de
sa vie, ses rides. Une cicatrice à la lèvre supérieure
lui
rappelait sans nul doute
l'exubérance de sa jeunesse. Ses cheveux, blanchis
par un quelconque processus
biologique, qu'elle seule devait connaître, dégarnissaient
de plus en plus sa tête. Sur son front et dans son cou,
les plis se multipliaient,
signes évidents d'une grande sagesse.
Enfin, la peau striée
de ses mains meurtries, devenues
tremblantes, ne parvenaient
plus à dissimuler
le labeur de sa vie.
Malgré tout, elle
me fascinait. Son sourire moqueur et la naïveté de
son regard enfantin
l'embellissaient. Le temps ne semblait plus
pressé. Sa joie
de vivre se lisait sur ses traits comme si elle
goûtait à
chaque instant qui passait. Elle paraissait tellement
heureuse... J'ai penché
doucement la tête, baissé les yeux.
La vieillesse, timidement,
s'excusa de son intrusion dans
mon existence et, par
peur de me perdre,
me pressa tout contre
elle.
Claude
Duplessis
Hull-Outaouais
Source:
la revue de l'A.R.E.Q.