Jésus est le Messie partie B

 

  IV

  INTERVIEW

DE L’AUTEUR

Réunissant plusieurs interviews effectuées dans plusieurs endroits du monde, nous avons choisi les  questions qui nous semblaient les plus intéressantes.   Nous les rapportons ici avec les réponses du père Emiliano Tardif.

 

 

1.- En quoi consiste précisément le don de guérison?

  Le don de  guérison est, comme tous les autres charismes, une manifestation de l' Esprit Saint. Saint Paul affirme: A chacun la manifestation de l’  Esprit est donnée en vue du bien commun. Ensuite il en énumère neuf : La parole de sagesse, la parole de   science, la foi, les dons de guérisons, la puissance d’opérer des miracles, la prophétie, le discernement des esprits, les diversités de langues, le don de les interpréter (1 Co 12, 8-11).

Père, mais on dit que ces charismes extraordinaires étaient uniquement pour les débuts de la vie de l’ Eglise... et que maintenant ils ne sont plus nécessaires... Mais qui a dit cela?  Alors la foi que saint Paul cite dans cette même liste n’était aussi que pour les débuts de la vie de l’Eglise? Le Concile Vatican 11 parle de ces dons extraordinaires qui font partie de la vie de l’Eglise aujourd’hui  (cf. Lumen Gentium 4 et 12).

Par ailleurs, le Cardinal Ratzinger dans son livre Entretiens sur la foi affirme :

“Dans le coeur d’un monde desséché par le scepticisme rationaliste est née une nouvelle expérience du Saint-Esprit, qui a pris l’ampleur d’un mouvement de renou­veau à l’échelle mondiale. Ce que dit le Nouveau Testament à propos des charismes qui apparurent comme des signes visibles de l’Esprit n’est plus seu­lement de l’histoire ancienne, à jamais révolue : cette histoire redevient aujourd’hui vibrante d’actualité.”

  2 - Pourquoi l’Eglise Catholique n’accorde-t-elle pas encore aux charismes droit de cité, alors que dans de nombreuses Eglises Evangéliques ils sont communément admis?

Je dois souligner différents aspects:

a) Il me semble que c’est parce que notre Eglise catéchise beaucoup et évangélise peu. Les signes accompagnent la proclamation que Jésus est vivant, mais pas dans la même proportion quand on enseigne des vérités ou la doctrine de la foi. Le jour où resurgira l’annonce explicite de Jésus comme Sauveur et Seigneur, nous verrons des prodiges dans le ciel et des signes sur la terre. Pour moi, le problème n’est pas l’absence de charismes. Ceci n’en est que la conséquence. La racine en est que nous avons cessé de proclamer l’annonce de la mort rédemptrice et la glorieuse résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ.

b) D’un autre côté, nous avons sombré dans la tentation du pélagianisme : utiliser seulement les moyens humains et compter uniquement sur les moyens naturels pour réaliser l’oeuvre de Dieu.

Quand on fait l’analyse de la réalité, on oublie qu’on compte avec la puissance de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. L’oeuvre de l’Eglise est une mission impossible qui surpasse les forces des hommes. Comment la réaliser sans la puissance de l’Esprit Saint?

Ni la science, ni la technique, ne peuvent suppléer à ’action de l’Esprit. N’oublions pas que si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs (Ps 127, 1).

c) Cela peut également être une réaction devant les exagérations qu’on rencontre parfois. Moi aussi, je suis contre les déformations, mais l’existence de l’ivraie ne jus­tifie jamais qu’on arrache le blé.

d) On voit resurgir quelque chose qu’on avait enterré, et maintenant que cela resurgit, on ne sait quoi en faire ni comment s’en servir. Mais d’ici peu, cela sera normal. J’espère que bientôt l’anormal sera qu’un jour il n’y avait pas de guérisons, et que les gens s’étonneront car à ce moment-là la puissance de Dieu ne pouvait se manifester.

e) Enfin, je puis dire qu’il y a déjà beaucoup d’évêques ouverts à ces manifestations d’ordre charismatique. Je ne vous citerai que trois cas :

Monseigneur Rafael Bello, Archevêque d’Acapulco, a écrit une belle lettre pastorale sur la “Nouvelle Evangélisa­tion 2000” à l’occasion des quinze ans du Renouveau dans son archidiocèse. La différence avec d’autres écrits épisco­paux est qu’on y parle et on y évalue le Renouveau, alors que dans sa lettre, l’archevêque a désiré communiquer le fruit qu’il en a personnellement retiré. Le paragraphe 54 dit ceci:

Ils sont nombreux les évangélisateurs qui agissent toujours sous l’action de l’Esprit Saint. Je suis heureux de citer parmi eux le père Tardif qui est mondialement connu comme tel, car il est venu très souvent évangé­liser à Mexico, et c’est un ami qui a prêché la retraite sacerdotale charismatique à Acapulco en 1984.

Le leitmotiv de sa prédication, de ses lettres person­nelles ou circulaires, comme de ses conversations est: Qu’il est facile et efficace d’évangéliser avec l’aide de la puissance de l’Esprit Saint ! Tous les pays l’ont entendu parler des merveilles du Seigneur et tous étaient remplis d’admiration (Ac 2, 11-12). Son extraordinaire charisme de guérison attire des milliers et des milliers d’auditeurs, et il en profite pour évangéliser inlassablement. Il pense comme Paul : Malheur à moi si je n’annonçais pas 1’ Evangile !

 (1 Co9, 16).

Je recommande fortement l’étude dans les groupes de son livre Jésus est vivant. Le père Emiliano nous persuade que le Renouveau est une force évangélisa­trice, parce qu’il conduit ses membres à s’ouvrir à la puissance de l’Esprit, à ses dons et à ses charismes.

Le Cardinal Renard confessait au père Tardif que le Renouveau aidait les prêtres et les Evêques à reconnaî­tre que l’incrédulité et le rationalisme font obstacle à un apostolat fécond. Le Cardinal ajoutait: “Nous mettons des rails à l’Esprit Saint pour qu’il s’y ajuste, et lui vole bien au-delà. L’Esprit Saint ne suit pas nos programmes pastoraux. Il est évident que nous avons besoin d’un programme pastoral, mais tout programme doit être perméable pour que l’Esprit Saint puisse s’en servir et même le transformer. L’Eglise est une Pentecôte permanente et non une rationalisation permanente.”

 Le Cardinal Ratzinger, dans  le livre précédemment cité déclare:

“Ce qui est un signe d’espoir dans l’étendue de toute l’Eglise - précisément aussi au milieu de la crise de l’Eglise dans le monde occidental, c’est l’éclosion de nouveaux mouvements que personne n’a planifiés, auxquels personne n’a fait appel, mais qui proviennent simplement de la vitalité intérieure même de la foi. En eux se dessine - bien que sans aucun bruit - ce qui ferait songer à une aurore de Pentecôte dans l’Eglise. Je pense par exemple au Mouvement charismatique, au Néocatécuménat, à Cursillo, Focolare, Communion et Libération, etc.”

- Pour terminer, les derniers Papes ont exprimé de très belles choses sur le Renouveau. La plus belle est celle de Paul VI, quand il fait référence au Renouveau comme à “une chance pour l’Eglise et le monde” (19 mai 1975).

  3 - Vous parlez d’exagérations dans les charismes. Quelles sont-elles?

Le problème principal est quand nous les sortons de leur contexte: Dans le récit de Marc, la phrase précédant l’invitation à imposer les mains aux malades pour qu’ils soient guéris, parle de proclamer la Parole: “Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création” (Mc 16, 15-18). C’est-à-dire que les signes prodigieux accompa­gnent l’annonce de l’Evangile. Ils n’existent pas seuls mais lorsque l’on proclame le salut en Jésus-Christ.

De son côté, Matthieu conclut son envoi en mission par: les baptisant au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint” (Mt 28, 18-19). C’est-à-dire qu’après la guérison doit suivre la vie sacramentelle. Il s’agit donc d’une chaîne à trois maillons : Parole-Guérison-Sacrement. S’il n’en est pas ainsi, cela s’affaiblit.

Au début de mon ministère, un prêtre vint me rendre visite au Canada pour que je participe au Congrès qu’il organisait. J’acceptai naïvement. Mais durant tout le Congrès, il dirigea la prière, les chants, donna tous les enseignements. Il présida l’ Eucharistie, prononça l’homélie et fit même les annonces. A la fin de la journée seulement, il me demanda de prier pour les malades. C’est là que j’ai appris à ne pas prier pour les malades quand je n’ai pu proclamer la victoire de Jésus sur la croix et le triomphe de sa résurrection.

 

4 - Comment vous êtes-vous rendu compte que vous aviez le don de guérison?

Après que j’aie eu prié pour les malades dans plusieurs groupes de prière. Le 18 novembre 1973, un malade qui souffrait d’arthrite et d’arthrose me demanda de prier pour lui. A la fin de la prière, il se mit à marcher, laissant sa canne. Il était totalement guéri. Plus tard, je constatai comment, de plus en plus fréquem­ment, Jésus guérissait les malades. Ainsi commença pour moi cette vie pleine de surprises : je n’aurais jamais imaginé jusqu’où Il pouvait me conduire. Je crois, d’autre part, que mon ministère est d’évangéliser. Quand on annonce Jésus, quand on proclame le kérygme, c’est alors qu’apparaissent ces signes.

5 - Un charisme, ça s’apprend ? Il y a des techniques ?

Je ne dirais pas que cela s’apprend, mais que cela se fortifie. Et plus on le met au service des malades, plus il se développe. C’est un don gratuit qui, si on ne s’en sert pas, ne se développe pas. Mais si on le met au service des malades, il se fortifie et se manifeste davantage. Je vois aujourd’hui beaucoup plus de guérisons qu’il y a cinq ans, dans les mêmes circonstances. L’usage du charisme nous fait grandir dans la foi. Plus nous voyons de guérisons, plus nous sommes sûrs que d’autres aussi seront guéris.

6 - Quel est le principal obstacle aux charismes?

Je crois que c’est la peur de perdre notre réputation. Les charismes sont une croix, et beaucoup ne sont pas prêts à la porter. L’exercice de certains charismes nous fait passer pour des fous, d’autres se moquent de nous et nombreux sont ceux qui nous déprécient ou nous persécutent. Si nous n’étions pas disposés à mourir à nous-mêmes, jusqu’à abandonner nos privilèges et notre renommée, nous ne pourrions pas recevoir ces charismes. Je me rappelle très bien un curé voisin qui se moquait des charismatiques, et dans ses homé­lies dominicales assurait que si certains parlent en langues, c’est parce qu’ils manquent de vitamines...

Je vais vous raconter une anecdote que j’ai déjà racontée au cours de la première retraite mondiale des prêtres organi­sée par le Renouveau Charismatique en octobre 1984 à Rome il y avait là environ six mille cinq cents prêtres, plus de quatre-vingts évêques et plusieurs cardinaux.

Je leur dis: “Beaucoup de prêtres auraient des charismes très beaux s’ils n’avaient pas si peur de perdre leur réputation et n’étaient pas si préoccupés de leur image de marque. Le respect humain et la peur du ‘qu’en dira-t-on’ nous ferment à l’action de l’Esprit. Il nous faut mourir à nous-mêmes, pour que l’Esprit puisse passer à travers nous”. Je leur racontai ensuite:

Un jour, au cours d’une retraite, nous étions pleins de la joie du Seigneur. Tout s’était déroulé dans une grande joie, mais en même temps dans la paix qui vient du Seigneur. Pour clore la retraite, on avait programmé l’Eucharistie, présidée par le père évêque de ce dio­cèse. Cet évêque n’aimait pas les manifestations spontanées, ni les chants exultants, ni les charismes, il avait même interdit les applaudissements et que les gens lèvent les mains. A plusieurs reprises, il s’était élevé fortement contre toutes ces choses, ce qui faisait que les gens avaient un peu peur de lui. Quand il arriva, les guitares se turent et les chants de louange se firent muets, en même temps que les mains levées s’abaissèrent. Tout prit un ton très formel et sérieux. Au moment précis où il allait ouvrir l’Eucharistie, il y eut un problème de sonorisation. Tous étaient nerveux. Le sacristain vérifiait les fusibles, un autre allumait et éteignait le micro, pendant qu’un autre essayait de voir ce qui était arrivé à l’amplificateur. L’église, pleine de gens impatients, attendait dans un silence tendu le commencement de la messe. Pour calmer un peu les nerfs, l’Evêque dit à voix haute:  Il semble que nous ayons un petit problème avec les micros...!  “Et avec votre esprit”, répondit la foule. Tous croyaient que la messe avait commence. Beaucoup ont des problèmes avec leurs micros. Ils ne laissent pas à l’Esprit suffisamment d’espace pour qu’Il puisse se mouvoir librement. On veut l’emprisonner dans des moules préétablis et on ne le laisse pas évoluer avec la liberté du vent qui souffle où il veut. Ceux qui ont des problèmes avec leurs micros, c’est parce qu’ils sont trop soucieux de ce que les autres pensent. Si nous étions moins jaloux de notre réputation, nous serions plus ouverts à l’Esprit Saint. La peur du ridicule nous empêche de nous ouvrir aux charismes de l’Esprit. C’est sûr que les charismes sont humiliants. Ils nous conduisent à la croix. C’est pour cela que beaucoup en ont peur et que d’autres les refusent. Finis les horaires reposants, les heures de sommeil se raccourcissent. D’un autre côté, la réputation ne grandit pas, bien au contraire on se retrouve accablé de moqueries, critiques et sarcasmes... mais dans le fond tout peut se dépasser, toujours et quand on n’a pas de problème avec ses micros.

7 - Ce n’est pas dangereux un don comme celui-là?

 En premier lieu, c’est un don ; c’est-à-dire, un cadeau gratuit de Dieu. La guérison est l’ oeuvre exclusive de Dieu  qui passe par des instruments humains.

- Par ailleurs, c’est pour le bien commun, et pas pour celui qui possède le don. Il serait fort dangereux de s’accaparer la gloire de Dieu pour soi tout seul. On pourrait même aller jusqu’à condam­ner quelqu’un qui aurait le don de guérison: “Beaucoup me diront en ce jour-là: ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? en ton nom que nous avons chassé les démons ? en ton nom que nous avons fait bien des miracles ?‘ Alors je leur dirai en face ‘Jamais je ne vous ai connus ,~ écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité “(Mt 7, 22-23).

Si nous le mettons au service de la communauté, c’est un don précieux. Si nous reconnaissons que nous ne sommes que des instruments, nous serons édifiés. Cependant, le plus grand bénéfice que j’y vois est qu’il accroît la foi de la communauté, qu’il réveille ceux qui dorment et qu’il revitalise le ministère d’évangélisation, montrant Jésus vivant au milieu de nous.

 

8 - Père, si saint Paul dit que l’essentiel c’est l’amour, pourquoi accordez-vous tant d’importance aux cha­rismes?

 

Ce n’est  pas moi qui l’accorde. C’est Jésus (cf. Mt 4, 23). Saint Paul dit que “les signes” caractérisent le véritable apôtre (cf. 2 Co 12, 12). Je voudrais plutôt demander : Pourquoi certains minimisent-ils ce qui pour Jésus avait une grande signification?

Malheureusement nous opposons ce qui est complémen­taire. L’amour dans l’abstrait n’existe pas. L’exercice d’un charisme, quelqu’il soit, est un service pour la communauté et par conséquent c’est de l’amour

9 - Presque toujours on parle du père Tardif comme d’une étoile isolée. Vous travaillez seul?

Outre que je suis Missionnaire du Sacré Coeur, je suis membre d’une communauté appelée “Les serviteurs du Christ Vivant”, qui comprend quatre-vingt sept membres. Un ministère quelqu’il soit, et par-dessus tout celui-ci, est très dangereux s’il est accompli “en cavalier seul”. Mes frères dans la communauté m’aiment et me corrigent. J’apprends beaucoup d’eux. Ils ne m’admirent pas trop. Je suis simplement leur frère, et ils sont engagés vis-à-vis de lui pour qu’il arrive à la sainteté. J’aime beaucoup prêcher des retraites avec d’autres qui donnent des points de vue différents de l’évangélisation. Même avec des couples qui peuvent traiter des thèmes de la famille d’une façon bien plus complète que je ne le ferais. Je travaille actuellement avec une communauté de laïcs. Notre communauté est née en 1981-82. Avec l’aide de nombreux bienfaiteurs, nous avons pu obtenir une maison dans la capitale dominicaine, qui est notre centre de forma­tion pour les évangélistes. La maison a été inaugurée le 19 mars 1984 et le 25 mars nous commencions le ministère de l’adoration du Très Saint-Sacrement. C’est de là qu’est venue l’idée de l’appeler “Maison de l’Annonciation”. Chaque jour on expose le Saint-Sacrement de huit heures du matin à huit heures du soir. La communauté a différents ministères, mais le premier est l’adoration du Saint-Sacrement.  Il y a tous les après-midis un prêtre disponible à la maison pour accueillir les personnes qui souhaitent une direction spirituelle. Nous avons en plus la célébration de l’Eucharis­tie. La Maison est, d’abord, un centre de formation d’évan­gélisateurs avec la contemplation de Jésus dans l’Eucharistie. La Maison de l’Annonciation évangélise à travers des retraites charismatiques en ville et en dehors. Cela se fait à travers des programmes de télévision et de radio. Chacun vit dans sa propre maison, mais nous nous retrou­vons chaque semaine pour prier, partager et organiser notre apostolat. Nous avons deux retraites annuelles pour nourrir notre vie spirituelle d’une manière plus forte. Les membres de la communauté sont laïcs, ils ne font pas de voeux, mais prennent certains engagements de base.

10 - Etes-vous le seul, au sein de votre communauté évangélisatrice, à avoir le don de guérison?

Plusieurs d’entre nous ont le charisme de guérison physi­que, d’autres celui de guérison intérieure. Sur les 87, 11  ont reçu le charisme de parole de science, et plusieurs ont celui de prophétie ou de libération. Je vais vous raconter quelque chose qui est arrivé à un catéchiste de la Maison: Un jour arriva une personne avec ses béquilles, elle pouvait à peine marcher et cherchait le père Tardif pour qu’il prie pour sa guérison. Le catéchiste qui la reçut l’informa qu’il n’était pas là.

Le malade en fut fort désolé, mais le frère lui dit:  Vois, je n’ai ni or, ni argent, mais ce que j’ai, je te le donne. Viens à la chapelle où se trouve exposé le Saint-Sacrement. C’est lui qui va te guérir. Le malade y alla. Après environ quinze minutes d’o­raison, il sortit de la chapelle, ferme sur ses jambes et marchant tout seul.

11. - Nombreux sont ceux qui tiennent le père Emiliano Tardif pour un saint. Qu’en pensez-vous?

Cela me fait toujours bien rire. Parfois, quand je suis seul et que je vais me coucher le soir, je me dis: “S’ils savaient qui je suis, ils resteraient plus tranquilles”. Je n’ai pas cessé d’être un curé de campagne dans une petite île perdue de la mer des Caraïbes. Je ne peux pas penser que je sois plus que l’âne qui a porté Jésus. Je sais bien que lorsqu’on me couvre de remercie­ments et qu’on met son vêtement sur le sol devant moi, c’est pour souhaiter la bienvenue à Jésus que je porte. Et quand je le leur ai eu porté, ils me renvoient à mon bercail ; sur le retour, point de manteaux de fleurs ni de reconnaissance : j’entre dans le sanctuaire de mon être et je dis: “Seigneur, que tu es grand !“ Ce  retour de l’âne à la maison est ce qui nous maintient humbles. La solitude et le face-à-face avec Jésus ne nous autorisent pas à nous méprendre. Quand je m’agenouille et que je proclame les merveilles de Dieu à travers les Psaumes, je pense que si les gens connaissaient mieux Dieu, ils se fixeraient moins sur nous. Ma communauté sait bien que je ne suis pas un saint, mais que je désire l’être. C’est la vocation de tout baptisé. Mais nous imaginons toujours un saint comme celui dont on peut mettre la photo sur l’autel ou qui réalise des miracles. Pour moi, être saint, c’est beaucoup plus que cela : c’est être comme Jésus. Qui n’a pas envie d’être saint?

De plus, depuis mon baptême, parce que j’ai été enraciné dans la mort et la résurrection du Christ Jésus, je porte en moi le germe de sainteté par le don de l’Esprit Saint qui m’a été accordé gratuitement, sans aucun mérite de ma part. Le don de guérison n’est pas un signe de sainteté, c’est un don gratuit. Si je le mets au service des malades avec patience et amour, cela peut aider à me sanctifier, parce que c’est simplement l’exercice de la charité, et parfois c’est pesant. Un jour quelqu’un m’a dit: “Emiliano, tu n’as pas peur que les gens te canonisent de ton vivant pour tant de mira­cles ?’ J’ai répondu: “Je préfère qu’ils me prennent pour un saint que pour un brigand”.

12- Père, quand vous prêchez aux foules, il y a des manifestations d’hystérie collective?

Il y a des manifestations que je ne qualifierais pas d’hys­térie, mais c’est un enthousiasme normal devant la présence salvifique de notre Dieu. Par exemple, les Psaumes sont pleins de ces expressions. Par ailleurs, les scribes et les pharisiens ont trouvé exagé­rés les cris de “Hosanna !“ au Fils de David. Je me pose la question, pourquoi est-ce que les gens crient et s’enthousias­ment devant le triomphe de leur équipe favorite sur le stade et qu’ils ne pourraient pas exprimer leur émotion devant le seul qui a vaincu la mort ? Pourquoi pourrait-on pleurer d’émotion devant un artiste et pas de joie devant le Seigneur des seigneurs? Bien que je ne doute pas que quelques personnes exagè­rent l’expression de leur émotion, je crois que d’autres manquent de liberté d’expression.

  Mais il y a bien parfois de l’exaltation et de l’émotivité...

Je préfère me trouver face à un exalté qu’à un mort. On peut corriger et éduquer l’exalté, mais que faire du mort?

  13 - Pourquoi certaines personnes sont-elles guéries et d’autres non ? Certaines qui apparemment ont une grande foi et même semblent mériter la guérison ne sont pas guéries ; et, au contraire, parfois sont guéries des personnes qu’on n’aurait jamais imaginé?

Il y a là deux choses à distinguer. La première est pourquoi les gens sont guéris, et l’autre, pourquoi ils ne le sont pas. En ce qui concerne la première, je vais vous raconter quelque chose qui nous est arrivé il y a déjà longtemps. Au cours d’une réunion, nous discutions justement de la raison de fond pour laquelle le Seigneur nous guérit. L’un donnait une argumentation biblique, l’autre s’ap­puyait sur le fait que c’était une promesse du Seigneur, etc. Il y avait là un jeune à l’air niais qui voulait donner son opinion, mais personne ne lui en laissait la possibilité. A la fin, quand nous eûmes tous achevé nos profondes réflexions sur le thème, le jeune homme dit d’une voix posée :“Je crois que Dieu nous guérit parce que nous sommes malades”. Après avoir tourné maintes fois la question dans ma tête, j’en suis arrivé à la même conclusion Dieu est un Père bon qui compatit à la douleur de ses enfants.

En ce qui concerne la raison pour laquelle d’autres ne sont pas guéris, je n’en ai pas la moindre idée. Mais quand j’arriverai au ciel, c’est la première chose que je demanderai à Dieu. Ce qui est certain est que même des païens qui n’ont pas la foi sont guéris... j’en ai vu en Afrique et en Inde. C’était au cours d’une campagne d’évangélisation à Mbandaka au Zaïre, une après-midi s’étaient réunies environ vingt-mille personnes dans le stade sportif pour la Messe de guérison. Un enfant païen qui passait par là entra par pure curiosité pour voir ce qui se passait. C’était le moment de la Communion. Ensuite eut lieu la prière de guérison. Cet enfant de douze ans souffrait de tachicardie depuis la naissance. Il sentit rapidement qu’une chaleur forte l’envahissait, comme si un courant électrique lui parcourait le corps. C’était l’Esprit de Dieu vivant qui ressuscita le corps de Jésus dans le sépulcre, qui le remplissait et le guérissait. Après la messe, l’enfant était totalement guéri de sa tachicardie; le médecin put vérifier que ce qui s’était passé n’était pas pur fruit de son imagination, mais bien une véritable guérison du coeur. Au cours de la clôture de la campagne d’évangélisa­tion, cet enfant de douze ans donna son témoignage avec une audace surprenante et termina en rendant grâce au Seigneur ainsi: “Je ne suis pas chrétien, mais maintenant je veux le devenir”.

Nous sommes face au mystère de l’amour de Dieu. S’il est vrai que le Seigneur n’en guérit que quelques-uns, Il nous offre à tous la guérison définitive: la vie éternelle où il n’y aura plus ni maladie, ni deuil, ni pleurs. Nous recevons gratuitement la guérison, mais qui sommes-nous pour de­mander à Dieu : pourquoi guéris-tu un tel et pas un tel? On n’est pas guéri parce qu’on le mérite, c’est un pur don de Dieu. Josefina Guzman de Zapotiltic, Jal. (Mexique) nous mon­tre que le Seigneur nous guérit parce que nous sommes malades et non parce que nous le méritons par nos bonnes oeuvres. C’est un acte de pur amour.

Depuis quelques années ,je souffrais d’une maladie qui me rendait faible tout au long du jour. La respiration me manquait et je ne pouvais pas accomplir les travaux domestiques. Mon mari se fâchait et disait que j’étais très molle. J’étais désespérée et triste. J’allai voir le docteur, qui diagnostiqua une hypoten­sion. Il me recommanda de boire un petit verre de cognac tous les matins. Comme je n’avais pas de quoi acheter du cognac, je pris une petite bière. C’est sûr que je me sentis mieux. Le lendemain, j’en pris une un peu plus grande et me sentis encore mieux. Peu après, j’en prenais une au lever et une autre dans l’après-midi. J’en ajoutai une ensuite pour m’endor­mir. Sans m’en rendre compte, je sombrais dans l’alcoolisme. Je ne voulais pas être alcoolique, mais en même temps, je ne pouvais m’arrêter de boire. D’un côté je me sentais très faible. De l’autre, je m’approchais de la tombe à cause de ce vice de l’al­coolisme. Je me rendis compte dans ma propre chair comment le péché agit sur notre corps. Infirme de l’âme, je tombai malade du corps. J’allai voir les “Alcooliques Anonymes” .

1. NDT A.A est une association d’hommes et de femmes qui partagent leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leur problème commun et d’en aider d’autres à se rétablir de l’alcoolisme.

Là on me dit que ce qui me faisait le plus de mal était le premier verre. Je me trouvais dans une impasse: si je ne buvais pas, je ne pouvais pas travailler; mais si je ne travaillais pas, mon mari me battait. J’étais sûre que seul un miracle pouvait me faire sortir de ce trou si profond. Mais les miracles étaient pour d’autres temps et pour les bons, pas pour les ivrognes comme moi. Alors je commençai à assister aux rencontres d’un groupe de prière du Renouveau, où j’avais entendu dire que le Seigneur accomplissait encore des mira­cles. J’entendis là la Parole du Seigneur, qui nous dit que le péché est à l’origine de tous les maux et toutes les maladies. C’est alors que je me dis qu’il me man­quait une bonne confession et que je m’approchai du sacrement, profitant du jubilé de l’Année Sainte 1983. Peu à peu ma santé se détériora. Je rendis alors visite au docteur Ismael Espejo, qui me fit un test de Papa­nicolaou le 24 mai 1984. Les résultats montrèrent un cancer de la matrice. Il était tellement avancé, qu’on me condamna. La science médicale ne pouvait rien faire pour moi, mais pour moi le Seigneur était premier. Un jour, on nous dit que le père Emiliano Tardif venait à Guadalajara et qu’il allait célébrer une messe pour les malades dans l’Auditorium de la ville. Au cours de la prière pour les malades, je sentis une main douce se poser sur mon épaule gauche. En novembre de la même année, il y eut une nouvelle rencontre au stade Jalisco. Nous étions plus de soixante mille personnes à louer Dieu pour ses mer­veilles. Après la Communion, le père Emiliano commença la prière de guérison, assurant que Jésus allait guérir  beaucoup de malades, mais pas tous. Je me dis à moi-même: “Toi, tu fais partie de ceux qui ne vont pas guérir, parce que tu es ivrogne et que tu ne le mérites pas”. Je me mis ensuite entre les mains de la Vierge Marie, pour qu’elle me présente à son divin Fils. Le père Emiliano, dans une parole de connaissance, dit que cinq personnes étaient guéries de cancer, dont une femme atteinte d’un cancer du ventre. Je pris au sérieux la parole du Seigneur. Je me levai de mon siège et criai de toutes mes forces: “C’est moi!” Les gens se tournaient vers moi, les uns méfiants, les autres pleins d’allégresse, mais moi j’étais sûre que le Seigneur venait de me guérir. Le 4 janvier 85 on me refit des examens. Le résultat fut merveilleux. Le cancer n’était plus là! Le docteur ne s’expliquait pas ce qui s’était passé étant donné qu’il avait dépisté un cancer du cinquième degré éten­du à tout le bassin ; mais j’étais parfaitement guérie. Je lui répétai les paroles du père Tardif: “Jésus est le maître de l’impossible”. Il me reste encore ce dernier examen du 10 juillet 1986 pour que ce soit confirmé. Je n’ai plus eu besoin non plus d’alcool. Finies les petites bières. J’ai retrouvé maintenant les forces de ma jeunesse. Ma forteresse, c’est le Seigneur! C’est lui mon bouclier! Le Seigneur m’a guéri l’âme, et m’a guéri le corps ! J’offre mes examens médicaux à qui les veut. Moi je n’en ai plus besoin. Je préfère plutôt me préparer à l’examen final quand Jésus me deman­dera ce que j’ai fait pour les plus pauvres que moi.

14 - Que ressentez-vous intérieurement quand un aveugle se met à voir ou qu’un paralytique se lève de son brancard?

Cela me remplit d’allégresse, comme lorsque j’ai été moi-même guéri par le Seigneur. Je vais vous raconter seulement deux cas de guérison qui montrent l’amour miséricordieux de Dieu, vous me direz ensuite si ça ne vous remplit pas de joie. Je prêchais une retraite dans la province de Québec. Le premier soir, au cours de la prière de guérison, je reçus une parole du Seigneur disant qu’il guérissait une personne sourde de l’oreille gauche. Je demandai qui était concerné et un policier se leva très ému disant: “C’est moi, je n ‘entendais rien du côté gauche et maintenant j ‘entends parfaitement”  Le deuxième soir de la retraite, il y eut une autre prière de guérison. Une parole de connaissance disait qu’une personne qui avait eu un accident et souffrait beaucoup de la colonne vertébrale était guérie. Je demandai qui était cette personne qui sentait une grande chaleur dans le dos : “Lève-toi et tu vas te rendre compte que ta douleur a disparu”. Et le même policier que la veille se leva. Les larmes aux yeux, il dit: “C’est moi, je ne ressens plus aucune douleur”. Le troisième soir, une des paroles de science disait “Il y a quelqu’un ici qui souffre sous les ongles des orteils ; tu te sens les pieds chauds, très chauds, et le Seigneur te les guérit”. Je demandai de qui il s’agissait et le policier se leva une troisième fois disant : “C’est moi”. C’était sa troisième guérison. Il souffrait de la goutte, mais je ne savais pas que cette maladie s’appelait ainsi.

Après cela, les gens ne voulaient plus que le policier revienne le quatrième jour, craignant qu’il n’accapare toutes les guérisons de la semaine. Je leur dis: “Non, pour la guérison ce n’est pas ainsi. La puissance de Jésus touche chacun. Comme au cours des noces de Cana, il a transformé tant d’eau en vin qu’on aurait pu célébrer une autre noce, Dieu a fait spécialement mi­séricorde à notre frère pour que nous puissions nous confier à son amour. Notre Dieu a des bénédictions en réserve pour tous ses enfants”.

Quinze jours plus tard, nous prêchions une retraite à Montréal, et là le policier donna le témoignage de sa triple guérison : ouïe, colonne vertébrale et goutte. Cet homme qui était très éloigné de Dieu vécut un si grand changement que maintenant - je l’ai retrouvé lors d’une prédication récemment dans sa ville, Lasarre - il est l’un des leaders du Renouveau Diocésain où sa femme et lui sont très engagés. La triple guérison a touché toute la famille pour une transformation spirituelle. C’est le plus beau de tout le témoignage.

Dieu n’est pas mesquin. Parfois on souffre de plusieurs choses et on ne demande qu’une guérison au Seigneur, comme si c’était quelque chose qui coûterait beaucoup. Il faut avoir confiance et oser demander tout ; Dieu donne toujours au-delà de notre attente. Un autre témoignage très sympathique qui montre l’hu­mour de Dieu est ce qui s’est passé à Santiago del Estero en Argentine en 1984 dans un stade bondé de trente mille personnes au cours d’une mission d’évangélisation qui dura cinq soirs. Après la prédication, nous avions la célébration de l’Eucharistie. Une mère de famille avait amené avec elle son fils de cinq ans, paralysé depuis deux ans. Pendant la Communion, comme l’enfant ne pouvait pas bouger, sa maman le laissa assis sur son siège et partit communier. Il y avait tant de monde qu’elle mit un peu de temps à revenir auprès de son fils. Mais à la fin de la messe, elle s’approcha en pleurant du micro, demandant qui lui avait pris son enfant paralysé qui était assis sur son siège. Quelqu’un se rendit compte que le “petit perdu” était à l’arrière et jouait avec d’autres enfants. Le Seigneur l’avait guéri au cours de la prière de guéri­son : l’enfant était descendu de son siège et était parti jouer avec d’autres petits.

15 - Et que ressentez-vous quand les gens ne sont pas guéris?

Cela m’emplit de compassion, mais je ne sens pas qu’on leur ait pris quoi que ce soit. J’insiste en disant que Jésus n’a jamais dit que tous les malades seraient guéris, mais qu’Il nous donnerait des signes pour l’évangélisation. Les guéri­sons sont les signes qui accompagnent l’annonce de l’Evan­gile, mais il n’est pas nécessaire que tous soient guéris pour qu’on croie à la Parole de Dieu. Un journaliste me dit un jour : “Je crois qu’il faudrait suspendre toutes ces réunions, car beaucoup de gens viennent espérant être guéris et retournent malades chez eux. C’est encore pire d’être déçu que de n’avoir pas espéré”. Je lui répondis alors :“Il faudrait également fermer les hôpi­taux, parce que beaucoup de ceux qui y entrent en sortent entre quatre planches pour le cimetière”.

Ce n’est  pas ainsi que je le vois. Je crois que tous les malades qui viennent à ces rencontres, même s’ils ne sont pas guéris physiquement, peuvent recevoir des grâces. Le réveil de la foi est pour beaucoup une guérison importante. Même si le malade n’est pas guéri, il reçoit une bénédic­tion du Seigneur. Le reportage suivant intitulé “Revivre” est écrit de façon très belle par José M. Troche du journal El Diario d’Assomption au Paraguay, le 22 avril 1988: Il était là, fané comme une fleur en automne. Triste. Attendant la mort. Et les années passaient, et cette mort qu’il attendait comme une libération de ses souffrances n’arrivait pas. Il se sentait prisonnier et pourtant, pas de filet pour l’empêcher de s’évader; cependant il ne le pouvait même pas, l’eût-il désiré. Il n’est pas de prison plus triste que celle du fauteuil roulant, dont l’équipage transporte une impotence tragique. Il ne pouvait plus le supporter. A quarante ans, il était attaché à son fauteuil et était esclave de sa famille. Ils le conduisaient là où il ne voulait pas aller; ils l’em­menaient dans la rue alors qu’il aurait voulu se repo­ser; ils le couchaient alors qu’il voulait se promener. Personne n’avait de temps pour lui. Pensez qu’il avait travaillé comme un nègre pendant vingt ans, gagnant sou après sou, jusqu’à pouvoir monter un commerce dont ils auraient pu vivre sans souci, mais il ne pouvait plus s’en occuper.

Tous les jours - depuis ce dimanche après-midi, cinq ans auparavant - il se réveillait avec la même angoisse. Il faisait mentalement tout ce qu’il pouvait pour se lever de son lit, mais ses jambes ne lui obéissaient plus. Il s’accrochait aux poignées qu’on lui avait installées à la tête de son lit et arrivait ainsi à se lever. Il regardait ses jambes: énormes, musclées, d’athlète; mais elles étaient endormies. L’accident de voiture avait été terrible, mais il avait réussi à survivre. L’autre - un adolescent de dix-sept ans - était mort. “Pourquoi ne suis-je pas mort à sa place ?“ se lamentait-il ; il souffrait d’être comme un mort-vivant et il en avait assez. La dernière fois que je le vis, il était plus abattu que jamais. Il voulait mourir, mais n’avait même pas le courage de se suicider. Mais... quelque chose s’est passé, il n’y a pas long­temps. Comme tous les dimanches, son fils aîné pous­sait le fauteuil vers la messe dominicale. Je le rencontrai tout à fait par hasard. Je m’étais disposé à écouter sa litanie monotone de plaintes, mais c’était déjà un autre homme. Il souriait comme cela faisait des années qu’il n’avait plus souri. Il s’était mis une che­mise blanche, avait mis de côté sa triste veste grise. Il sentait même le parfum français, preuve évidente qu’il avait ressuscité à la vie quotidienne. “Pourquoi fais-tu cette tête-là ? “  me dit-il d’emblée. Qui sait quelle tête je faisais en le regardant. Ce n‘était pas ma tête de commisération de toujours, ni rien qui y ressemblât. C’était plutôt une tête perplexe, étonnée. Et mes yeux, pour sûr qu’ils demandaient ce qui s’était passé..

Il continuait à sourir. C’est un miracle ! pensai-je. “Oui, mon vieux, c’est un miracle”, me dit-il comme s’il lisait dans mes pensées. Et il me raconta toute l’histoire. En réalité, il se croyait mort, parce que son âme était morte. Sans espoir, sans assumer sa condition d’handicapé, oubliant que le corps a d’autres organes vitaux plus importants que les deux jambes. “Le miracle s’est produit une nuit. Mes enfants m’ont conduit au Stade, plus que jamais compatissants, pen­sant que je sortirais en jouant au football, comme avant. Tu vois que non. J’ai l’air comme avant, appa­remment. Mais tout a changé, depuis cette nuit-là”. A partir de cette nuit-là, il sentit qu’il était un homme utile, fort, bien qu’il ne puisse marcher, plein de vie. A partir de cette nuit-là, il se remit à vivre. Cette nuit-là, il comprit qu’il n’était pas seul, et que la paralysie de ses jambes n’était rien face au cancer de son âme. Et cette nuit-là, il guérit. Il guérit de l’âme, de son pessimisme, il n’a même plus besoin d’être guéri des jambes.

16 - Comment pouvez-vous être toujours heureux malgré tous ces malades qui vous recherchent, vivre chaque jour avec la douleur et être comme une éponge qui absorbe l’amertume de la misère humaine? Vous ne souffrez pas de la douleur de tous ces gens?

Je souffre de voir toute cette souffrance, mais cela ne me déprime pas. Le Seigneur nous donne la compassion, qui est un degré d’amour pour le malade... Par ailleurs, je suis témoin du grand amour de notre Dieu pour celui qui souffre. S’il est vrai que je suis chaque jour en contact avec la douleur de l’homme, il est tout aussi certain que chaque jour je puis palper la puissance miséricordieuse de Dieu. Alors je répète avec saint Paul Qui nous séparera de l’amour du Christ? Ni la maladie ni la mort ne pourront y arriver!

17 - Comment “ça marche”, cette parole de connais­sance à travers laquelle vous savez ce que Dieu fait?

Je ne vois ni ne sens rien. Cependant, j’ai la certitude intérieure qu’une personne est en train de guérir de quelque chose. La certitude se confirme quand je certifie que le malade a été réellement guéri. Il  s’agit d’une impulsion intérieure, une motion de l’Es­prit. C’est comme pour saint Pierre, se jeter à la mer pour marcher sur les eaux. Le Seigneur disait un jour à une religieuse contemplative: “Chaque fois que tu donnes une parole de connaissance, tu dois faire un acte de foi comme tu le fais quand tu reconnais que je suis présent dans la Sainte Hostie”. C’est comme lorsque l’on s’engage sur un chemin plein de brouillard: au début on ne voit que ce qui est devant soi, mais au fur et à mesure qu’on avance, on voit plus loin.

Par exemple, j’ai la certitude que quelqu’un est guéri de l’oreille. Au fur et à mesure que je le dis, il m’apparaît que c est une femme qui ressent une chaleur et même son âge... Si je n’étais pas sûr que cela vienne du Seigneur, je n’oserais jamais dire son âge à une femme... Voici le très beau témoignage que soeur Regina Catteeuw nous rapporte dans sa lettre du 10 octobre 1988 : Révérend père Tardif. C’est avec grande joie et reconnaissance que je vous écris pour vous annoncer une bonne nouvelle : Lucas est né. C’est le premier enfant de mon frère et de son épouse Maria Rosa, mariés depuis le 22 août 1975. Le 14 novembre, à Gand, l’avant-dernière parole de science que vous avez donnée était: “Il y a un couple marié depuis douze ans qui n’a pu avoir d’enfant. D’ici un an, ils tiendront un bébé dans leurs bras”. Le 22 août, exactement le treizième anniversaire de leur mariage, est né un bébé aux cheveux noirs qui pesait trois kilos six cent cinquante. Quand mon frère prit son fils dans les bras, il s’exclama avec tendres­se: “Tu as été si longtemps dans nos attentes et dans nos rêves. Chaque année le printemps et l’hiver revenaient, mais toi tu ne venais pas. Mais si tu n’es pas venu plus tôt, ça c’est un secret entre Dieu seul et toi”. La foi de toute la famille a grandi. Un grand salut de Maria Rosa, Lucas et le petit Lucas

Soeur Regina Catteeuw  

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L’exercice des charismes est un chemin de croissance dans la foi. Chaque fois que je donne une parole de connaissance, je me jette à l’eau, sûr que le Seigneur ne fait jamais défaut. C’est également un chemin d’amour, parce qu’il sert à la communauté. Tous les charismes sont pour le service et sont pour cette raison des manifestations du plus grand des charismes : l’amour. La parole de connaissance est un acte de foi, tant de la part de celui qui la donne que du malade qui l’entend; et Dieu, qui donne la foi, répond à cette foi.

18 - Vous faites des miracles?

Un jour, un journaliste colombien m’a posé exactement la même question. Je lui ai répondu: “Non, rien de tout ça. Tout est très simple : je prie et Jésus guérit”. Le lendemain, il publiait un article dans un quotidien qui s’intitulait: “Le père Tardif prie et Jésus guérit”. Quand je vis le journal, je m’exclamai: “Enfin, un journaliste qui a compris !“ Le don de guérison est pour les autres, pas pour soi. Il m’arrive d’être malade : si le don de guérison était pour moi, je m’imposerais les mains sur la tête, je prierais et serais guéri, mais ce n’est pas ainsi que cela se passe. Au cours d’une retraite de fin de semaine pour deux mille hispanisants à Tucson en Arizona, le Seigneur guérit beaucoup de malades, y compris de maladies très impor­tantes, surtout d’arthrite et de paralysie. A deux heures de l’après-midi le dimanche, j’avais une très forte fièvre. J’avais eu un refroidissement et j’eus du mal à donner mon dernier enseignement. A la fin de la retraite, il me fallut me coucher pendant un jour et demi. Je me disais: “Si le don de guérison était pour son bien propre, je m’imposerais les mains et me guérirais d’un coup pour sortir de mon lit.” Mais le Seigneur m’a montré de nouveau que ce n’est pas moi qui guérit, c’est Lui.

19 - Racontez-nous une guérison qui a attiré votre attention par quelque chose de particulier.

Je vais vous en raconter plusieurs qui montrent l’humour de notre Dieu. En 1984, je prêchais une retraite dans la ville de Monterrey. Au cours de l’Eucharistie, il était très difficile de distribuer la communion, car toutes les allées étaient bourrées de monde. Aidé de quelques gardiens, je m’acheminai vers la partie arrière. Comme je passais au milieu de la foule, certains vou­laient me toucher, d’autres allaient jusqu’à me deman­der de prier pour eux, je pensais : “Mais si Jésus lui-même peut les guérir, je ne sais pas pourquoi ils recherchent le père Emiliano.. Au milieu de toute cette foule, je vis une femme qui avait les larmes aux yeux. Elle portait un petit enfant dans ses bras. L’enfant me regardait avec tendresse. Je me souvins alors de ce paralytique de la piscine de Béthesda (Jn 5) qui ne pouvait entrer dans l’eau mira­culeuse parce qu’il n’avait personne pour l’aider. Je m’approchai alors de l’enfant et l’embrassai. Il sourit ; je continuai à distribuer la communion. Ordinairement, je n’embrasse pas quand je donne la communion, mais à ce moment précis, j’en avais senti le désir et je le fis... Le lendemain, la dame se mit au micro devant la foule et dit : “Hier, au moment de la communion, le père Emiliano passa près de nous. Rapidement, il se retour­na et donna un baiser à mon petit garçon, qui a deux ans et était complètement sourd. Je veux rendre grâce parce que depuis hier mon fils entend. Dieu l’a guéri. Gloire à son Nom !“

A partir de ce moment-là, ça m’a compliqué l’existence. Tout le monde voulait que je lui donne un baiser; mais je leur disais : “Non, les baisers ne sont que pour les enfants. Les femmes doivent recevoir des baisers de leurs époux.” Cependant, l’enseignement porta du fruit. Je n’ai guéri personne. Le baiser, bien qu’il fût un signe d’amour, ne pouvait même pas guérir un mal de tête. Ce qui s’était passé, c’est que je portais Jésus dans mes mains et c’est Jésus lui-même qui avait guéri le petit enfant sourd. Je ne suis que l’âne qui porte Jésus, et c’est pour cela qu’Il continue à guérir les malades. Le pire serait de se fixer sur l’âne et non pas sur celui qu’il porte sur son dos. Le jour où nous réaliserons que nous sommes tous porteurs de Jésus-Christ, ce jour-là, notre ministère sera transformé: nous ne parlerons plus tant de Jésus, nous le laisserons agir dans toute sa puissance.

La façon de guérir de Jésus est si étrange que nous ne pouvons omettre de raconter ce qui s’est passé à Monte Maria où chaque dimanche se trouvent réunies plus de cinquante mille personnes pour la célébration de l’Eucharistie au cours de laquelle le père Gilberto Gomez fait une prière pour les malades. Au cours d’une de ces célébrations, la hampe du drapeau du Vatican tomba et frappa une personne qui marchait courbée, la faisant tomber. Tous furent peinés de voir que ce tube si grand et si lourd était tombé précisément sur une personne ma­lade. A la surprise de tous, le malade se redressa de lui-même. Le tube lui avait redressé la colonne. Encore aujourd’hui, il marche normalement.

Les voies de Dieu sont pleines de bonnes surprises. Parfois Dieu nous guérit par un baiser, parfois par “un coup de tube”. Une autre guérison très curieuse qui au début me posa problème, mais qui après coup me fit beaucoup rire, eut lieu à Arequipa, au Pérou, en 1985. Au cours de la prière pour les malades, la première parole de science que je reçus et que je donnai était la suivante: “En ce moment, le Seigneur guérit un para­lytique”. Puis, d’une voix plus forte, j’ajoutai : “Au nom de Jésus, lève-toi”. Aucun de ceux qui étaient en siège roulant n’eut l’audace de faire le pas dans la foi.. Ensuite je précisai : “Le Seigneur guérit en ce moment un paralytique. Le signe qui t’identifie, et pour que tu saches que c’est toi que le Seigneur guérit, tu sens une légère chaleur dans tes jambes et tu trembles. Toi qui sens cette chaleur, mets-toi debout au nom du Sei­gneur”... Personne ne bougea. Un silence tendu enveloppait l’atmosphère. J’insistai de nouveau, à voix lente mais claire: “Le paralytique que le Seigneur guérit, mets-toi debout”. Personne ne se leva. Devant le regard dubitatif des sceptiques, il semblait que cette fois rien ne se passerait. Alors, je dis - et cela parut une bonne excuse a certains - ; “Bien, dans quelque temps, tu pourras donner ton témoignage”, et je continuai à donner d’autres paroles de science.

Bien qu’elles fussent toutes confirmées, cette première me restait comme “en travers de la gorge”. Pour terminer j’annonçai : “Le Seigneur est en train d’ouvrir les oreilles d’un sourd”. A ce moment-là, un sourd assis dans un fauteuil roulant se mit debout et commença à crier: “Père, j’entends, j’entends ! Avant, je n’entendais rien !“ Alors je déclarai: “Comme de raison : tu es le paraly­tique que le Seigneur a guéri, mais comme tu étais également sourd, tu ne t’es pas rendu compte que le Seigneur t’avait guéri de ta paralysie. Au nom du Seigneur, marche...” Et cet homme se mit à marcher au milieu des applau­dissements, des rires et de la joie de la foule... A la fin, je leur dis : “Tous les jours, on apprend quelque chose. A partir d’aujourd’hui, je vais deman­der au Seigneur de commencer par guérir les sourds pour nous éviter ces situations embarrassantes dans lesquelles Il nous met...”

20 - Père, quel effet cela vous fait-il d’être si près de la puissance de Dieu ? Ce ne doit pas être facile de s’habi­tuer à ce que le Seigneur se manifeste tous les jours?

Il y a le même danger que pour celui qui célèbre la messe chaque jour. De la même façon que nous courons le risque de nous refroidir en célébrant l’ Eucharistie, nous pourrions nous accoutumer à ce ministère. La foi doit être renouvelée chaque jour. Heureusement, les témoignages sont là pour nous édifier. Si nous ne pouvions voir la confirmation de ce que le Seigneur accomplit, je crois que nous aurions abandonné depuis longtemps. On peut parfois se décourager, mais les témoignages nous fortifient pour aller de l’avant. C’est en voyant la joie de ceux qui sont guéris que je retrouve le courage de prier pour les malades.

  21 - Les guérisons ne font-elles pas oublier le prix de la souffrance?

  Je vais vous répondre avec un fait de la vie courante: Un jour mon avion eut du retard et j’arrivai à une retraite en retard. L’évêque me reçut avec quelqu ‘im­patience parce qu’il devait partir et ne m’avait attendu que pour me donner quelques indications. Dès que j’arrivai, sans presque me dire bonjour, il me dit très sérieusement: “Père, la souffrance et la maladie entrent également dans le plan de Dieu. Nous ne devons pas perdre la valeur de la souffrance causée par la maladie. Je vous demande, s’il vous plaît, qu’il n’y ait pas de ministère de guérison au cours de la messe”. Puis, regardant sa montre, il ajouta: “Pardonnez-moi si je ne reste pas à votre conférence, mais le dentiste m’attend depuis déjà une demi-heure...” Je lui répondis simplement : “Mais, Monseigneur, votre mal de dents n’est-il pas une souffrance qui a du prix aux yeux de Dieu ? Pourquoi le médecin pourrait-il nous guérir et pas Jésus ?“

Pour finir, c’est moi qui demande: Est-ce que la douleur manque au monde? Dans ce monde qui souffre déjà trop, avons-nous encore besoin de plus de croix ou du pouvoir de la croix qui nous apporte tous les fruits de la Rédemption? Nous ne devons pas oublier la parole prophétique concernant Jésus :11 a pris nos faiblesses et s’ est chargé de nos maladies. Par ses plaies nous sommes guéris. Au cours du congrès de Lourdes, il y eut tant de guérisons qu’un prêtre s’approcha de moi et me dit: “Il me semble qu’il y a trop de guérisons”. Lui mon­trant la longue file de ceux qui venaient donner leur témoignage, je lui demandai : “Lequel d’entre eux supprimerais-tu ?“

22 - Vous avez déjà vu des merveilles de toute sorte?

Je crois que nous n’avons encore rien vu. Le Seigneur nous réserve des surprises plus grandes chaque jour. La Pentecôte est commencée. Nous allons voir des choses plus grandes encore. Une époque glorieuse approche, comme il n’en a jamais existé jusqu ‘à maintenant. Le monde, plus que jamais, a besoin de Jésus, et il va se manifester avec toute la puissance de son Saint-Esprit. Dans la Basilique Saint-Pierre de Rome, le 19 mai 1975, Ralph Martin donna une prophétie qui disait: “Vient une époque d’évangélisation comme on n’en a encore jamais vu dans mon Eglise”.

Le prophète Joêl annonce des signes dans le ciel et des prodiges sur la terre, et nous les voyons: En mars 1987, vers 5 heures de l’après-midi, je prêchais à Coatzacoalcos quand soudain le soleil se couvrit d’une nuée qui, en se déplaçant, donnait l’impression que le soleil dansait. Nous avons été quinze mille personnes à le voir. Dieu est grand!  En la fête du Christ-Roi en 1984 à Monte Maria au Mexique, les nuages formèrent une immense croix dans le ciel, bientôt suivie de deux autres de chaque côté. -Au Zaïre, je prêchais en français. Une femme qui ne parlait que le dialecte lingala me comprit parfaitement. Dieu veut nous donner des signes qu’Il est vivant et a le pouvoir de sauver le monde. Nous verrons des choses plus grandes encore.

23 - Et si un jour il n’y avait plus de guérisons?

S’il n’y avait plus aucune guérison, je serais très inquiet et je me demanderais ce qui ne va pas en moi, parce que le Seigneur ne peut cesser d’accomplir ses promesses. Il a promis que des signes et des prodiges accompagneraient la proclamation.

24 - Vous avez eu aussi à souffrir la persécution ou les rejets?

Qui. J’ai été critiqué, parfois avec ironie, même par des prêtres. En d’autres occasions, j’ai été ridiculisé.., mais cela fait partie de mon ministère. Il y a encore des Evêques qui n’autorisent pas le ministère de guérison. Ils disent que c’est du fanatisme. Cependant, c’est au coeur de l’Evangile, comme le signe qui accompagne la proclamation. Les critiques ne me bles­sent pas personnellement. Ce qui me fait mal, c’est de voir que les coeurs se ferment à l’amour miséricordieux de Jésus, qui veut se manifester à travers les signes et les prodiges.

  25 - Père, est-ce que tout cela pose problème à votre Congrégation?

Au début, un frère de ma Congrégation est venu me voir en particulier et m’a conseillé “Essaie de te sortir de tout cela. Jusqu’à maintenant, nous avons toujours été considérés comme une Congrégation sérieuse et avec toutes tes folies, on va se moquer de nous”.Je lui répondis : “Je ne veux pas en sortir, parce que je vois des fruits dans le changement de tant de gens. Jamais auparavant mon sacerdoce n’avait été si fécond”. Le plus curieux est qu’il y a peu de temps mon Supérieur Provincial m’a fait appeler en me disant “Nous avons eu une réunion des Supérieurs Provinciaux d’Europe et ils se plaignent que tu prêches beaucoup dans ces pays sans jamais dire que tu es Missionnaire du Sacré Coeur”. Je lui objectai: “Je ne le dis pas parce qu’il y en a qui ne sont pas fiers que je sois charismatique, ils en sont même gênés. Ce que je confesse toujours est que j’appar­tiens au Coeur de Jésus.” Le Supérieur Général me conseilla un jour : “Emiliano, je ne voudrais pas que tu aies des problèmes avec les Evê­ques”. Ce à quoi je lui ai répondu “Père, je n’ai de problèmes avec personne. Je crois que ce sont les autres qui ont des problèmes avec moi”. Grâce à Dieu, on m’a maintenant donné toute liberté pour prêcher à temps complet dans le monde entier. Mon agenda est si rempli que je n’ai même pas le temps de tomber malade.

26- Quand les personnes sont guéries, que leur arrive-t-il après?

La personne qui a  été guérie a besoin d’accompagnement dans son processus d’évangélisation. Notre erreur serait de ne pas s’occuper d’elle après coup. Ce n’est pas la guérison qui donne la foi, mais elle nous dispose merveilleusement à recevoir la Parole du Seigneur qui engendre la foi. Si nous ne profitons pas de ce moment optimal pour présenter Jésus à la personne guérie, nous avons perdu la meilleure occasion de l’évangéliser. Il y a des gens qui vivent une grande guérison, mais après, personne ne les accompagne. Ils reçoivent la semence avec grande joie et bonheur, mais si elle n’est pas arrosée ni enrichie, on peut la perdre par manque de soins. La guérison ne remplace pas l’évangélisation, elle l’ac­compagne. Au mois d’octobre 1988, j’ai pu prêcher dans cinq pays d’Afrique avec le père Jo Heglin, M.S.C. L’un de ces pays était le Burkina Faso. Il y avait plus de quatre cents leaders du Renouveau réunis pendant une se­maine entière. Mais chaque soir de la retraite, nous allions tous devant la Cathédrale pour une messe à dix-huit heures, à laquelle assistaient de nombreux musulmans. Ceux-ci croient en Dieu (Allah), mais considèrent Jésus-Christ comme un prophète de plus. Une guérison qui me toucha beaucoup fut celle d’une femme musulmane de 45 ans qui souffrait de paralysie du côté droit. Une amie l’avait invitée à la messe de guérison, lui disant: “Ce soir, beaucoup de malades seront guéris, viens avec nous”. Cette femme vint à la messe de guérison et durant la prière, le Seigneur la guérit. Au cours de la messe de clôture, elle donna son témoi­gnage devant des milliers de personnes: “Ouvrez vos coeurs à Jésus, Jésus est vivant. J’en suis témoin. Je souffrais de paralysie du côté droit. Je suis allée dans de nombreux hôpitaux et on ne me guérissait pas, mais une amie m’a amenée à la messe de guérison mardi soir. Je suis musulmane, mais je suis venue et Jésus m’a sauvée. Je m’appelle Zenabo, mais à partir d’au­jourd’hui je veux être chrétienne et je m’appellerai Catherine”. L’Esprit Saint en quelques minutes l’avait convaincue que Jésus était le Messie Sauveur et qu’il n’y a pas d’autre Nom donné aux hommes par lequel nous puis­sions être sauvés.Ce qui arrive après une guérison est toujours merveilleux. La guérison généralement est comme une explosion qui génère une réaction en chaîne, pour transformer, non seule­ment la personne guérie, mais aussi tous ceux qui l’entou­rent. En voici la preuve dans le témoignage qui suit:

Guadalajara, Jal. 11 Octobre 1984.

Mon nom est Maria Guadalupe Lopez de Preciado. Mon mari, Armando Preciado, est reporter du journal El Occidental. Cela fait treize ans que nous sommes mariés et nous avons un fils et une fille. Nous voulons par ce témoignage louer, bénir et glorifier le Seigneur, car Il a fait des merveilles dans nos vies bien que nous l’eussions presqu’oublié. Le 3juillet1984, nous avons dû faire hospitaliser notre fille Claudia à la clinique quatorze de la Sécurité Sociale, pour être opérée de ce que l’on pensait être une hernie. Le lendemain, nous arrivons de bonne heure pour voir notre petite et savoir comment elle allait. Nous fûmes étonnés de voir au-dessus de son lit une demande d’examen radiographique, ce qui n’est pas courant, et encore moins quand les patients vien­nent d’être opérés. Le docteur, très pessimiste, nous dit qu’il semblait que Claudia avait un cancer. On lui avait fait une biopsie, on en aurait les résultats la semaine suivante. Si le résultat était positif, il faudrait la réopé­rer tout de suite.

Le 11, vers midi, nous attendions les résultats avec une grande angoisse. Le docteur Barragan nous confirma que notre fille avait effectivement un cancer inopéra­ble. Les résultats de la biopsie indiquaient un neuro­blastome abdominal stade III (inopérable): il s’agit de deux tumeurs qui envahissent l’abdomen presqu’en­tièrement. Seul un miracle pouvait sauver notre fille. Nous sommes allés à l’assemblée de prière pour de­mander sa guérison. Ensuite, la petite fut transportée au Service d’Oncologie d’un autre hôpital, chez le docteur Juan Arroyo, qui nous confirma la gravité de la maladie. Nous continuions à prier. Le Seigneur nous donna la joie d’assister à la sainte messe célébrée par le père Emiliano Tardif à l’Auditorium le 28juin à 17 heures. Malgré toutes nos difficultés à entrer, nous y sommes arrivés. C’était une véritable fête où le Seigneur offrait la guérison physique ou intérieure à plusieurs frères. Le père citait les personnes qui étaient guéries, et déses­pérés, nous n’entendions rien qui aurait pu concerner notre petite. A la fin de la messe, ma fille et moi nous nous approchons du père Tardif et en larmes, je lui dis:

“Père, ma fille a un cancer quasi incurable, et si elle meurt, moi aussi je veux mourir. C’est ma seule fille”. Le père, d’une voix calme et apaisante, me dit : “Ne pleurez pas madame. Au nom du Seigneur, votre fille va guérir”. Ayant dit cela, il mit la main sur la tête de Claudia et pria cinq secondes. Cela fait déjà trois mois. Les traitements de chimiothé­rapie et de radiothérapie sont terminés, sans aucune réaction négative chez ma fille. Nous vous envoyons des copies du dossier de notre fille, dans lequel une des feuilles datée du 12 novembre dit textuellement: “Les tumeurs ont disparu. La patiente peut rentrer chez elle”. A la suite de cette merveille du Seigneur, nos vies ont changé, notre unité s’est trouvée renforcée. Beaucoup de nos amis ont rejoint des groupes de prière. Nous suivons quant à nous le Séminaire de Vie dans l’Esprit. C’est pour la louange et la gloire du Seigneur que nous donnons ce témoignage, qui est la présence manifeste du Christ qui est vivant, qui nous aime et qui nous regarde les yeux pleins de compassion et de miséri­corde.

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27 - Est-ce que vous suivez une méthode ou une ligne?

Une méthode, non. J'annonce toujours d'abord Jésus et j'encourage la foi.  Ensuite je prie pour la guérison du péché au moyen de la conversion et enfin je prie pour les guérisons physiques. Il n’y a pas une retraite où je n’aie vu des guérisons sensibles. Mais cela ne veut pas dire que tous les malades doivent être guéris. Les miracles sont des signes de la puis­sance de Dieu, qui montrent que Jésus est vivant et qui servent pour l’accroissement de notre foi. Dieu ne nous veut pas seulement rétablis, mais entière­ment guéris : corps et âme, de même dans nos relations ave les autres.

28 -Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui exercent ce même ministère de guérison?

  Le conseil est de ne pas prier pour la guérison sans évangéliser. Nous ne devons pas commencer par prier pour la guérison physique d’un coup, sans nous préoccuper de la vie spirituelle du malade. Si les gens se sentent très loin de Dieu, il nous faut les aider pour qu’ils se repentent de leurs péchés. Le cas du paralytique à qui les péchés ont d’abord été remis avant qu’il soit guéri, est classique pour exercer ce ministère. Si nous prions uniquement pour la guérison physique et que nous ne nous préoccupons pas de la conversion de l’infirme, nous faisons un travail de vétérinaire : ce dernier s’occupe uniquement du corps. Il  faut se préoccuper du pardon et de la guérison inté­rieure. Si le ministère de guérison se réduit à la guérison physique, sans se préoccuper de la vie de foi, cela ne vaut pas la peine d’avoir ce charisme.

29 - On dit que vous connaissez des gens très importants dans tous les domaines: des Rois, des Présidents et des Cardinaux vous ont demandé la prière et vous ont invité à leur messe privée. Quelle est la personne la plus importante que vous connaissiez personnellement?

Pour moi, la plus importante, c’est Jésus. Mais nous sommes tous importants puisque nous sommes fils de Dieu. Il n’y a pas de plus grand titre dans ce monde que celui de fils de Dieu. Chaque personne vaut autant, puisque Jésus a donné sa vie pour elle. Nous avons été rachetés au prix du sang précieux du Christ Jésus. Tous les gens que je rencontre sont importants, mais le plus important de tous, c’est Jésus, le Seigneur des seigneurs.

  Oui, père, mais nous faisions référence à une personne vivante.

Jésus est vivant! Depuis qu’Il est ressuscité le troisième jour du tombeau, Il est vivant pour ne plus jamais mourir. Et non seulement ça: Il a la vie pour la donner à tous ceux qui croient en son Nom. Vous pouvez le rencontrer également. Il est là et Il frappe à la porte de votre coeur. Si vous entendez sa voix et que vous lui ouvrez la porte, Il entrera chez vous et vous conviera au banquet du Royaume...

30 - Quel est le message du père Emiliano Tardif?

Je ne fais que prêcher que Jésus est l’unique Messie et que nous ne devons pas en attendre un autre. L’essence de ma prédication est de manifester que Jésus est vivant aujour­d’hui dans son Eglise. Je crois que j’ai moins à dire de jour en jour car je me rends compte que l’essentiel est d’être témoin de ce que nous avons vu et entendu. Chaque jour je réalise que l’important n’est pas de parler de Jésus, mais de le laisser agir avec toute la puissance de son Saint-Esprit.

31 - Finalement, étant donné l’importance grandis­sante du don de guérison et le nombre de personnes qui vont à des eucharisties où on prie pour les malades, qu’est-ce que Dieu veut nous dire à travers tous ces signes ?

A travers ces signes, le Seigneur vient nous manifester sa victoire totale. Jésus est venu libérer son peuple du péché, mais en plus il y a les conséquences de ce dernier comme la maladie et la mort. Jésus donne des signes de sa victoire sur le péché, guérissant des malades et ressuscitant des morts. Jésus ressuscite glorieux au sépulcre et c’est là que se trouve le signe définitif de sa victoire parce que la mort est entrée dans le monde à cause du péché, comme l’affirme saint Paul (Rm 5, 12). Je constate que chaque guérison est un signe évident de la victoire de Jésus. C’est également une manifestation de l’amour de Dieu. Il faut se rappeler ce que Jésus a dit au paralytique: “Tes péchés te sont pardonnés”. Puis il ajouta: “Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, je te l’ordonne, lève-toi, prends ton grabat et va-t-en chez toi” (Mc 2, 9-1 1). Pour moi c’est la phrase la plus claire pour expliquer le sens de la guérison : démontrer la victoire de Jésus sur le péché. Il a le pouvoir de pardonner les péchés, et par là-même d’en détruire les conséquences. Tous ces signes nous répètent une seule chose : Jésus est le Messie sauveur de ce monde et nous ne devons pas en attendre un autre. Ce Messie est vivant aujourd’hui, et Il donne la vie à ceux qui croient en son nom.

Conclusion

Je voudrais terminer ce chapitre intitulé “Interview de l’auteur” avec ce qui m’est arrivé un jour à propos d’une interview. Un journaliste de l’hebdomadaire français V.S.D. (Ven­dredi, Samedi, Dimanche) me demanda un jour une entrevue pour son journal, qui tire à quatre cent mille exemplaires. Il déclare que “pour répondre aux interrogations de tant de gens qui ne peuvent le rencontrer”, il s’est changé en “détective pour fouiller ciel, mer et terre pendant deux mois, avant de pouvoir localiser le père Tardif au téléphone et fixer l’entretien à Saint-Domingue”. Il raconte ensuite son voyage aux Caraïbes et la traversée de Sabaneta: “Une église blanche et une poignée de petites maisons roses et turquoise, au flanc de la montagne verte.., et préci­sément parce que cet habitat est deshérité de la terre, le père Tardif le visite pour qu’on ne se prive pas du ciel”. A la suite apparaît une photo du père Emiliano Tardif souriant sur un âne sur un chemin de l’île caraïbe, avec la légende suivante: “A dos de mulet, le père Tardif évangélise les paysans”.Peu après la publication de ce reportage, je suis allé àParis, et beaucoup de gens me dirent qu’ils avaient été extrêmement étonnés que je me sois laissé interviewé par une telle publication, qui n’est pas religieuse, mais bien plutôt traite de thèmes légers et superficiels. Ils étaient scandalisés de voir ma photo au milieu de gens du monde et d’articles peu chrétiens. Je ne répondis pas à leurs critiques, mais je pensai que si Jésus s’était assis à la table des publicains et qu’Il était suivi par des prostituées, il n’y avait pas à avoir peur de ce genre de situation. Un an plus tard, je prêchais à Strasbourg ; je devais aller ensuite à Dijon. Roger, membre de la communauté du “Puits de Jacob”, offrit de m’y conduire en voiture. En route, je lui demandai comment il avait rencontré le Seigneur, et il se mit à me raconter l’histoire de sa vie, comment il était resté de longues années loin de la foi et de tout contact avec l’Eglise. Il continua: “Mais il arriva qu’une fin de semaine j’ache­tai la revue V.S.D. où je trouvai un article d’un prêtre qui curieusement s’appelait comme vous, Tardif. Cela me parut intéressant car il parlait d’un Dieu merveilleux que je ne connaissais pas. Cela attira tant mon attention que je me renseignai où je pouvais trouver un groupe du Renouveau. Je suivis ensuite un séminaire de la vie dans l’Esprit où j’eus une rencontre personnelle avec Jésus qui me changea la vie. C’est là que je rencontrai ce Dieu qui m’aimait et qui voulait me montrer tout son pardon. Je me repentis et lui ouvris les portes de mon coeur pour qu’Il vienne sauver tout ce qui était perdu. Je me suis confessé, et depuis, je suis un autre homme.” 

Je lui dis: - Mais ce père Tardif de la revue V.SD., c’est moi... -Comment? Vous êtes de Saint-Domingue?- De coeur oui, mais je suis né au Canada. Nous avons alors rendu grâce à Dieu qui se sert de tous les moyens, jusqu’à ce genre de revues, pour rapprocher ses enfants qui expérimentent le véritable amour et ne s’abreuvent pas en route aux citernes percées, mais à la véritable source d’eau vive. Si j’avais publié mon témoignage dans les “Annales de la Propagation de la foi”, Roger n’aurait jamais rencontré le Seigneur, vu que ce n’est pas le genre de revues qu’il achetait pour se divertir. Que le Seigneur est grand! Ses voies ne sont pas nos voies et ses critères ne sont pas les nôtres.  

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    LA NOUVELLE

EVANGELISATION

  Aujourd’hui, le Saint Père parle inlassablement de la Nouvelle Evangélisation. A partir de sa visite en Haïti en 1983, où il  employa  pour la première fois  ce terme, il n’a cessé de faire allusion а ce thème. Il n’y a quasiment pas d’occasion où il ne s’y réfère.  Le Pape signale  les trois aspects dans lesquels l'Evangélisation doit être nouvelle: Nouvelle dans son ardeur. Nouvelle dans ses méthodes . Nouvelle dans son expression. Notons bien qu’elle n’est pas nouvelle dans son contenu. Il est clair que la nouveauté ne peut pas porter là-dessus.      Il n’existe pas d’autre Evangile que celui qui a été annoncé par Jésus lui-même et répété par les apôtres : Jésus est l’unique Sauveur. Il n’y a pas d’autre médiateur entre Dieu et les hommes. L’Evangile, c’est la personne de Jésus-Christ. La Bonne Nouvelle est que Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils Unique, non pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jn 3, 17). La Bonne Nouvelle, ce n’est pas quelque chose, mais quelqu’un : Jésus, qui a donné sa vie pour nous, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts et est vivant pour ne plus jamais mourir. Ainsi donc, sa personne même est le message du grand amour de Dieu pour nous : bien que nous soyons pécheurs, Il a livré son Fils а la mort, pour que tous ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. La Bonne Nouvelle qui donne l’espérance quelle que soit la situation ou la circonstance, est que la mort a été vaincue par la résurrection de Jésus.  Quand bien même Jésus n’aurait prononcé aucun discours, ou les évangélistes n’auraient rapporté aucun de ses enseignements, le message central ne se serait pas dévalué: il est la Parole et son style de vie est le message le plus grand et le plus fondamental.

L’Evangile est toujours le même et le restera toujours. Même si un ange venu du ciel annonçait un Evangile différent de celui-ci, il serait faux et anathème, selon la vigoureuse expression de saint Paul (Ga 1, 7-9). Nous n’avons donc pas besoin d’un nouvel Evangile, mais d’une Nouvelle Evangélisation. Voyons ensemble ce que signifie la nouveauté de l’évangélisation.

1 - Nouvelle dans son ardeur

Personne ne peut sentir une ardeur pour l’évangélisation s’il n’a pas eu auparavant une rencontre personnelle avec Jésus ressuscité. La raison en est toute simple : le mot ardeur vient de “être ardent”, et nous ne pouvons être ardents que si nous sommes devant le feu de