
DE
L’AUTEUR
Réunissant
plusieurs interviews effectuées dans plusieurs endroits du monde, nous avons
choisi les questions qui nous
semblaient les plus intéressantes.
Nous les rapportons ici avec les réponses
du père Emiliano Tardif.
1.-
En
quoi consiste précisément le don de guérison?
Père,
mais on dit que ces charismes extraordinaires étaient uniquement pour les débuts
de la vie de l’ Eglise... et que maintenant ils ne sont plus nécessaires...
Par
ailleurs, le Cardinal Ratzinger dans son livre Entretiens sur la foi affirme :
“Dans
le coeur d’un monde desséché par le scepticisme rationaliste est née une
nouvelle expérience du Saint-Esprit, qui a pris l’ampleur d’un mouvement de
renouveau à l’échelle mondiale. Ce que dit le Nouveau Testament à propos
des charismes qui apparurent comme des signes visibles de l’Esprit n’est
plus seulement de l’histoire ancienne, à jamais révolue : cette histoire
redevient aujourd’hui vibrante d’actualité.”
Je
dois souligner différents aspects:
a)
Il me semble que c’est parce que notre Eglise catéchise beaucoup et évangélise
peu. Les signes accompagnent la proclamation que Jésus est vivant, mais pas
dans la même proportion quand on enseigne des vérités ou la doctrine de la
foi. Le jour où resurgira l’annonce explicite de Jésus comme Sauveur et
Seigneur, nous verrons des prodiges dans le ciel
et des signes sur la terre. Pour moi, le problème n’est pas
b)
D’un autre côté, nous avons sombré dans la tentation du pélagianisme :
utiliser seulement les moyens humains et compter uniquement sur les moyens
naturels pour réaliser l’oeuvre de Dieu.
Quand
on fait l’analyse de la réalité, on oublie qu’on compte avec la puissance
de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. L’oeuvre de l’Eglise
est une mission impossible qui surpasse les forces des hommes. Comment la réaliser
sans la puissance de l’Esprit Saint?
Ni
la science, ni la technique, ne peuvent suppléer à ’action de l’Esprit.
N’oublions pas que si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs
(Ps 127, 1).
c)
Cela peut également être une réaction devant les exagérations qu’on
rencontre parfois. Moi aussi, je suis contre les déformations, mais
l’existence de l’ivraie ne justifie jamais qu’on arrache le blé.
d)
On voit resurgir quelque chose qu’on avait enterré, et maintenant que cela
resurgit, on ne sait quoi en faire ni comment s’en servir. Mais d’ici peu,
cela sera normal. J’espère que bientôt l’anormal sera qu’un jour il
n’y avait pas de guérisons, et que les gens s’étonneront car à ce
moment-là la puissance de Dieu ne pouvait se manifester.
e)
Enfin, je puis dire qu’il y a déjà beaucoup d’évêques ouverts à ces
manifestations d’ordre charismatique. Je ne vous citerai que trois cas
:
Monseigneur
Rafael Bello, Archevêque d’Acapulco, a écrit une belle lettre pastorale sur
la “Nouvelle Evangélisation 2000” à l’occasion des quinze ans du
Renouveau dans son archidiocèse. La différence avec d’autres écrits épiscopaux
est qu’on y parle et on y évalue le Renouveau, alors que dans sa lettre,
l’archevêque a désiré communiquer le fruit qu’il en a personnellement
retiré. Le paragraphe 54 dit
ceci:
Ils
sont nombreux les évangélisateurs qui agissent toujours sous l’action de
l’Esprit Saint. Je suis heureux de citer parmi eux le père Tardif qui est
mondialement connu comme tel, car il est venu très souvent évangéliser à
Mexico, et c’est un ami qui a prêché la retraite sacerdotale charismatique
à Acapulco en 1984.
Le
leitmotiv de sa prédication, de ses lettres personnelles ou circulaires,
comme de ses conversations est:
(1
Co9, 16).
Je
recommande fortement l’étude dans les groupes de son livre Jésus est vivant.
Le père Emiliano nous persuade que le Renouveau est une force évangélisatrice,
parce qu’il conduit ses membres à s’ouvrir à la puissance de l’Esprit,
à ses dons et à ses charismes.
Le
Cardinal Renard confessait au père Tardif que le Renouveau aidait les prêtres
et les Evêques à reconnaître que l’incrédulité et le rationalisme font
obstacle à un apostolat fécond. Le Cardinal ajoutait:
Le
Cardinal Ratzinger, dans le livre
précédemment cité déclare:
“Ce
qui est un signe d’espoir dans l’étendue de toute l’Eglise - précisément
aussi au milieu de la crise de l’Eglise dans le monde occidental, c’est l’éclosion
de nouveaux mouvements que personne n’a planifiés, auxquels personne n’a
fait appel, mais qui proviennent simplement de la vitalité intérieure même de
la foi. En eux se dessine - bien
que sans aucun bruit - ce qui ferait songer à une aurore de Pentecôte
dans l’Eglise. Je pense par exemple au Mouvement charismatique, au Néocatécuménat,
à Cursillo, Focolare, Communion et Libération, etc.”
-
Pour terminer, les derniers Papes ont exprimé
de très belles choses sur le Renouveau. La plus belle est celle de Paul VI,
quand il fait référence au Renouveau comme à “une chance pour l’Eglise et
le monde” (19 mai 1975).
Le
problème principal est quand nous les sortons de leur contexte:
De
son côté, Matthieu conclut son envoi en mission par: les baptisant au nom du Père,
du Fils et de l’Esprit Saint” (Mt 28,
18-19). C’est-à-dire qu’après la guérison doit suivre la vie
sacramentelle. Il s’agit donc d’une chaîne à trois maillons : Parole-Guérison-Sacrement.
S’il n’en est pas ainsi, cela s’affaiblit.
Au
début de mon ministère, un prêtre vint me rendre visite au Canada pour que je
participe au Congrès qu’il organisait. J’acceptai naïvement. Mais durant
tout le Congrès, il dirigea la prière, les chants, donna tous les
enseignements. Il présida l’ Eucharistie, prononça l’homélie et fit même
les annonces. A la fin de la journée seulement, il me demanda de prier pour les
malades. C’est là que j’ai appris à ne pas prier pour les malades quand je
n’ai pu proclamer la victoire de Jésus sur la croix et le triomphe de sa résurrection.
4
- Comment
vous êtes-vous rendu compte que vous aviez le don de guérison?
Après
que j’aie eu prié pour les malades dans plusieurs groupes de prière. Le 18
novembre 1973, un malade qui souffrait d’arthrite et d’arthrose me demanda
de prier pour lui. A la fin de la prière, il se mit à marcher, laissant sa
canne. Il était totalement guéri. Plus tard, je constatai comment, de plus en
plus fréquemment, Jésus guérissait les malades. Ainsi commença pour moi
cette vie pleine de surprises : je n’aurais jamais imaginé jusqu’où Il
pouvait me conduire. Je crois, d’autre part, que mon ministère est d’évangéliser.
Quand on annonce Jésus, quand on proclame le kérygme, c’est alors
qu’apparaissent ces signes.
5
-
Un charisme, ça
s’apprend ? Il y a des techniques ?
Je
ne dirais pas que cela s’apprend, mais que cela se fortifie. Et plus on le met
au service des malades, plus il se développe. C’est un don gratuit qui, si on
ne s’en sert pas, ne se développe pas. Mais si on le met au service des
malades, il se fortifie et se manifeste davantage. Je vois aujourd’hui
beaucoup plus de guérisons qu’il y a cinq ans, dans les mêmes circonstances.
L’usage du charisme nous fait grandir dans la foi. Plus nous voyons de guérisons,
plus nous sommes sûrs que d’autres aussi seront guéris.
6
- Quel
est le principal obstacle aux charismes?
Je
crois que c’est la peur de perdre notre réputation. Les charismes sont une
croix, et beaucoup ne sont pas prêts à la porter. L’exercice de certains
charismes nous fait passer pour des fous, d’autres se moquent de nous et
nombreux sont ceux qui nous déprécient ou nous persécutent. Si nous n’étions
pas disposés à mourir à nous-mêmes, jusqu’à abandonner nos privilèges et
notre renommée, nous ne pourrions pas recevoir ces charismes. Je me rappelle très
bien un curé voisin qui se moquait des charismatiques, et dans ses homélies
dominicales assurait que si certains parlent en langues, c’est parce qu’ils
manquent de vitamines...
Je
vais vous raconter une anecdote que j’ai déjà
racontée au cours de la première retraite mondiale des prêtres organisée
par le Renouveau Charismatique en octobre 1984 à Rome il y avait là environ
six mille cinq cents prêtres, plus de quatre-vingts évêques et plusieurs
cardinaux.
Je
leur dis: “Beaucoup de prêtres auraient des charismes très beaux s’ils
n’avaient pas si peur de perdre leur réputation et n’étaient pas si préoccupés
de leur image de marque. Le respect humain et la peur du ‘qu’en dira-t-on’
nous ferment à l’action de l’Esprit. Il nous faut mourir à nous-mêmes,
pour que l’Esprit puisse passer à travers nous”. Je leur racontai ensuite:
Un
jour, au cours d’une retraite, nous étions pleins de la joie du Seigneur.
Tout s’était déroulé dans une grande joie, mais en même temps dans la paix
qui vient du Seigneur. Pour clore la retraite, on avait programmé l’Eucharistie,
présidée par le père évêque de ce diocèse. Cet évêque n’aimait pas
les manifestations spontanées, ni les chants exultants, ni les charismes, il
avait même interdit les applaudissements et que les gens lèvent les mains. A
plusieurs reprises, il s’était élevé fortement contre toutes ces choses, ce
qui faisait que les gens avaient un peu peur de lui. Quand il arriva, les
guitares se turent et les chants de louange
se firent muets, en même temps que les mains levées s’abaissèrent. Tout
prit un ton très formel et sérieux. Au moment précis où il allait ouvrir
l’Eucharistie, il y eut un problème de sonorisation. Tous étaient nerveux.
Le sacristain vérifiait les fusibles, un autre allumait et éteignait le micro,
pendant qu’un autre essayait de voir ce qui était arrivé à
l’amplificateur. L’église, pleine de gens impatients, attendait dans un
silence tendu le commencement de la messe. Pour calmer un peu les nerfs, l’Evêque
dit à voix haute: Il
semble que nous ayons un petit problème avec les micros...! “Et
avec votre esprit”, répondit la foule. Tous croyaient que la messe avait
commence. Beaucoup ont des problèmes avec leurs micros. Ils ne laissent pas à
l’Esprit suffisamment d’espace pour qu’Il puisse se mouvoir librement. On
veut l’emprisonner dans des moules préétablis et on ne le laisse pas évoluer
avec la liberté du vent qui souffle où il veut. Ceux qui ont des problèmes
avec leurs micros, c’est parce qu’ils sont trop soucieux de ce que les
autres pensent. Si nous étions moins jaloux de notre réputation, nous serions
plus ouverts à l’Esprit Saint. La peur du ridicule nous empêche de nous
ouvrir aux charismes de l’Esprit. C’est sûr que les charismes sont
humiliants. Ils nous conduisent à la croix. C’est pour cela que beaucoup en
ont peur et que d’autres les refusent. Finis les horaires reposants, les
heures de sommeil se raccourcissent. D’un autre côté, la réputation ne
grandit pas, bien au contraire on se retrouve accablé de moqueries, critiques
et sarcasmes... mais dans le fond tout peut se dépasser, toujours et quand on
n’a pas de problème avec ses micros.
7
- Ce
n’est pas dangereux un don comme celui-là?
En
premier lieu, c’est un don ; c’est-à-dire, un cadeau gratuit de Dieu. La guérison
est l’ oeuvre exclusive de Dieu qui
passe par des instruments humains.
-
Par ailleurs, c’est pour le bien commun,
et pas pour celui qui possède le don. Il serait fort dangereux de s’accaparer
la gloire de Dieu pour soi tout seul. On pourrait même aller jusqu’à condamner
quelqu’un qui aurait le don de guérison: “Beaucoup me diront en ce jour-là:
‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ?
en ton nom que nous avons chassé les démons ? en ton nom que nous avons fait
bien des miracles ?‘ Alors je leur dirai en face ‘Jamais je ne vous ai
connus ,~ écartez-vous
de moi, vous qui commettez l’iniquité “(Mt 7, 22-23).
Si
nous le mettons au service de la communauté, c’est un don précieux. Si nous
reconnaissons que nous ne sommes que des instruments, nous serons édifiés.
Cependant, le plus grand bénéfice que j’y vois est qu’il accroît la foi
de la communauté, qu’il réveille ceux qui dorment et qu’il revitalise le
ministère d’évangélisation, montrant Jésus vivant au milieu de nous.
8
- Père, si
saint Paul dit que l’essentiel c’est l’amour, pourquoi accordez-vous tant
d’importance aux charismes?
Ce
n’est pas moi qui l’accorde.
C’est Jésus (cf. Mt 4, 23). Saint Paul dit que “les signes” caractérisent
le véritable apôtre (cf. 2 Co 12, 12). Je voudrais plutôt demander :
Pourquoi certains minimisent-ils ce qui pour Jésus avait une grande
signification?
Malheureusement nous opposons ce qui est complémentaire. L’amour dans l’abstrait n’existe pas. L’exercice d’un charisme, quelqu’il soit, est un service pour la communauté et par conséquent c’est de l’amour
9
- Presque
toujours on parle du père Tardif comme d’une étoile isolée. Vous travaillez
seul?
Outre
que je suis Missionnaire du Sacré Coeur, je suis membre d’une communauté
appelée “Les serviteurs du Christ Vivant”, qui comprend quatre-vingt sept
membres. Un ministère quelqu’il soit, et par-dessus tout celui-ci, est très
dangereux s’il est accompli “en cavalier seul”.
10
- Etes-vous
le seul, au sein de votre communauté évangélisatrice, à avoir le don de guérison?
Plusieurs
d’entre nous ont le charisme de guérison physique, d’autres celui de guérison
intérieure. Sur les 87, 11 ont reçu
le charisme de parole de science, et plusieurs ont celui de prophétie ou de libération.
Je vais vous raconter quelque chose qui est arrivé à un catéchiste de la
Maison: Un jour arriva une personne avec ses béquilles, elle pouvait à peine
marcher et cherchait le père Tardif pour qu’il prie pour sa guérison. Le catéchiste
qui la reçut l’informa qu’il n’était pas là.
Le
malade en fut fort désolé, mais le frère lui dit: Vois,
je n’ai ni or, ni argent, mais ce que j’ai, je te le donne. Viens à la
chapelle où se trouve exposé le Saint-Sacrement. C’est lui qui va te guérir.
Le malade y alla. Après environ quinze minutes d’oraison, il sortit de la
chapelle, ferme sur ses jambes et marchant tout seul.
11.
- Nombreux
sont ceux qui tiennent le père Emiliano Tardif pour un saint. Qu’en
pensez-vous?
Cela
me fait toujours bien rire. Parfois, quand je suis seul et que je vais me
coucher le soir, je me dis: “S’ils savaient qui je suis, ils resteraient
plus tranquilles”. Je n’ai pas cessé d’être un curé de campagne dans
une petite île perdue de la mer des Caraïbes. Je ne peux pas penser que je
sois plus que l’âne qui a porté Jésus. Je sais bien que lorsqu’on me
couvre de remerciements et qu’on met son vêtement sur le sol devant moi,
c’est pour souhaiter la bienvenue à Jésus que je porte. Et quand je le leur
ai eu porté, ils me renvoient à mon bercail ; sur le retour, point de manteaux
de fleurs ni de reconnaissance : j’entre dans le sanctuaire de mon être et je
dis: “Seigneur, que tu es grand !“ Ce retour
de l’âne à la maison est ce qui nous maintient humbles. La solitude et le
face-à-face avec Jésus ne nous autorisent pas à nous méprendre. Quand je
m’agenouille et que je proclame les merveilles de Dieu à travers les Psaumes,
je pense que si les gens connaissaient mieux Dieu, ils se fixeraient moins sur
nous. Ma communauté sait bien que je ne suis pas un saint, mais que je désire
l’être. C’est la vocation de tout baptisé. Mais nous imaginons toujours un
saint comme celui dont on peut mettre la photo sur l’autel ou qui réalise des
miracles. Pour moi, être saint, c’est beaucoup plus que cela : c’est être
comme Jésus. Qui n’a pas envie d’être saint?
De
plus, depuis mon baptême, parce que j’ai été enraciné dans la mort et la résurrection
du Christ Jésus, je porte en moi le germe de sainteté par le don de l’Esprit
Saint qui m’a été accordé gratuitement, sans aucun mérite de ma part. Le
don de guérison n’est pas un signe de sainteté, c’est un don gratuit. Si
je le mets au service des malades avec patience et amour, cela peut aider à me
sanctifier, parce que c’est simplement l’exercice de la charité, et parfois
c’est pesant. Un jour quelqu’un m’a dit: “Emiliano, tu n’as pas peur
que les gens te canonisent de ton vivant pour tant de miracles ?’ J’ai répondu:
“Je préfère qu’ils me prennent pour un saint que pour un brigand”.
12-
Père, quand vous prêchez
aux foules, il y a des manifestations d’hystérie collective?
Il
y a des manifestations que je ne qualifierais pas d’hystérie, mais c’est
un enthousiasme normal devant la présence salvifique de notre Dieu. Par
exemple, les Psaumes sont pleins de ces expressions. Par ailleurs, les scribes
et les pharisiens ont trouvé exagérés les cris de “Hosanna !“
au Fils de David. Je me pose la question, pourquoi est-ce que les gens crient et
s’enthousiasment devant le triomphe de leur équipe favorite sur le stade et
qu’ils ne pourraient pas exprimer leur émotion devant le seul qui a vaincu la
mort ? Pourquoi pourrait-on pleurer d’émotion devant un artiste et pas de
joie devant le Seigneur des seigneurs? Bien que je ne doute pas que quelques
personnes exagèrent l’expression de leur émotion, je crois que d’autres
manquent de liberté d’expression.
Mais il y a bien parfois
de l’exaltation et de l’émotivité...
Je
préfère me trouver face à un exalté qu’à un mort. On peut corriger et éduquer
l’exalté, mais que faire du mort?
Il
y a là deux choses à distinguer. La première est pourquoi les gens sont guéris,
et l’autre, pourquoi ils ne le sont pas. En ce qui concerne la première,
je vais vous raconter quelque chose qui nous est arrivé il y a déjà
longtemps.
En
ce qui concerne la raison pour laquelle d’autres ne sont pas guéris, je
n’en ai pas la moindre idée. Mais quand j’arriverai
au ciel, c’est la première chose que je demanderai à Dieu. Ce qui est
certain est que même des païens qui n’ont pas la foi sont guéris... j’en
ai vu en Afrique et en Inde. C’était au cours d’une campagne d’évangélisation
à Mbandaka au Zaïre, une après-midi s’étaient réunies environ vingt-mille
personnes dans le stade sportif pour la Messe de guérison. Un enfant païen qui
passait par là entra par pure curiosité pour voir ce qui se passait. C’était
le moment de la Communion. Ensuite eut lieu la prière de guérison. Cet enfant
de douze ans souffrait de tachicardie depuis la naissance. Il sentit rapidement
qu’une chaleur forte l’envahissait, comme si un courant électrique lui
parcourait le corps. C’était l’Esprit de Dieu vivant qui ressuscita le
corps de Jésus dans le sépulcre, qui le remplissait et le guérissait. Après
la messe, l’enfant était totalement guéri de sa tachicardie; le médecin put
vérifier que ce qui s’était passé n’était pas pur fruit de son
imagination, mais bien une véritable guérison du coeur. Au cours de la clôture
de la campagne d’évangélisation, cet enfant de douze ans donna son témoignage
avec une audace surprenante et termina en rendant grâce au Seigneur ainsi:
“Je ne suis pas chrétien, mais maintenant je veux le devenir”.
Nous
sommes face au mystère de l’amour de Dieu. S’il est vrai que le Seigneur
n’en guérit que quelques-uns, Il nous offre à tous la guérison définitive:
la vie éternelle où il n’y aura plus ni maladie, ni deuil, ni pleurs. Nous
recevons gratuitement la guérison, mais qui sommes-nous pour demander à Dieu
: pourquoi guéris-tu un tel et pas un tel? On n’est pas guéri parce qu’on
le mérite, c’est un pur don de Dieu.
Depuis
quelques années ,je souffrais d’une maladie qui me rendait faible tout au
long du jour. La respiration me manquait et je ne pouvais pas accomplir les
travaux domestiques. Mon mari se fâchait et disait que j’étais très molle.
J’étais désespérée et triste. J’allai voir le docteur, qui diagnostiqua
une hypotension. Il me recommanda de boire un petit verre de cognac tous les
matins. Comme je n’avais pas de quoi acheter du cognac, je pris une petite bière.
C’est sûr que je me sentis mieux. Le lendemain, j’en pris une un peu plus
grande et me sentis encore mieux. Peu après, j’en prenais une au lever et une
autre dans l’après-midi. J’en ajoutai une ensuite pour m’endormir. Sans
m’en rendre compte, je sombrais dans l’alcoolisme. Je ne voulais pas être
alcoolique, mais en même temps, je ne pouvais m’arrêter de boire. D’un côté
je me sentais très faible. De l’autre, je m’approchais de la tombe à cause
de ce vice de l’alcoolisme. Je me rendis compte dans ma propre chair comment
le péché agit sur notre corps. Infirme de l’âme, je tombai malade du corps.
J’allai voir les “Alcooliques Anonymes” .
1.
NDT A.A est une association d’hommes et de femmes qui partagent leur
Là
on me dit que ce qui me faisait le plus de mal était le premier verre. Je me
trouvais dans une impasse: si je ne buvais pas, je ne pouvais pas travailler;
mais si je ne travaillais pas, mon mari me battait. J’étais sûre que seul un
miracle pouvait me faire sortir de ce trou si profond. Mais les miracles étaient
pour d’autres temps et pour les bons, pas pour les ivrognes comme moi. Alors
je commençai à assister aux rencontres d’un groupe de prière du Renouveau,
où j’avais entendu dire que le Seigneur accomplissait encore des miracles.
J’entendis là la Parole du Seigneur, qui nous dit que le péché est à
l’origine de tous les maux et toutes les maladies. C’est alors que je me dis
qu’il me manquait une bonne confession et que je m’approchai du sacrement,
profitant du jubilé de l’Année Sainte 1983. Peu à peu ma santé se détériora.
Je rendis alors visite au docteur Ismael Espejo, qui me fit un test de Papanicolaou
le 24 mai 1984. Les résultats montrèrent un cancer de la matrice. Il était
tellement avancé, qu’on me condamna. La science médicale ne pouvait rien
faire pour moi, mais pour moi le Seigneur était premier. Un jour, on nous dit
que le père Emiliano Tardif venait à Guadalajara et qu’il allait célébrer
une messe pour les malades dans l’Auditorium de la ville. Au cours de la prière
pour les malades, je sentis une main douce se poser sur mon épaule gauche. En
novembre de la même année, il y eut une nouvelle rencontre au stade Jalisco.
Nous étions plus de soixante mille personnes à louer Dieu pour ses merveilles.
Après la Communion, le père Emiliano commença la prière de guérison,
assurant que Jésus allait guérir beaucoup
de malades, mais pas tous. Je me dis à moi-même: “Toi, tu fais partie de
ceux qui ne vont pas guérir, parce que tu es ivrogne et que tu ne le mérites
pas”. Je me mis ensuite entre les mains de la Vierge Marie, pour qu’elle me
présente à son divin Fils. Le père Emiliano, dans une parole de connaissance,
dit que cinq personnes étaient guéries de cancer, dont une femme atteinte
d’un cancer du ventre. Je pris au sérieux la parole du Seigneur. Je me levai
de mon siège et criai de toutes mes forces: “C’est moi!” Les gens se
tournaient vers moi, les uns méfiants, les autres pleins d’allégresse, mais
moi j’étais sûre que le Seigneur venait de me guérir. Le 4 janvier 85 on me
refit des examens. Le résultat fut merveilleux. Le cancer n’était plus là!
Le docteur ne s’expliquait pas ce qui s’était passé étant donné qu’il
avait dépisté un cancer du cinquième degré étendu à tout le bassin ;
mais j’étais parfaitement guérie. Je lui répétai les paroles du père
Tardif: “Jésus est le maître de l’impossible”. Il me reste encore ce
dernier examen du 10 juillet 1986 pour que ce soit confirmé. Je n’ai plus eu
besoin non plus d’alcool. Finies les petites bières. J’ai retrouvé
maintenant les forces de ma jeunesse. Ma forteresse, c’est le Seigneur!
C’est lui mon bouclier! Le Seigneur m’a guéri l’âme, et m’a guéri le
corps ! J’offre mes examens médicaux à qui les veut. Moi je n’en ai plus
besoin. Je préfère plutôt me préparer à l’examen final quand Jésus me
demandera ce que j’ai fait pour les plus pauvres que moi.
14
- Que
ressentez-vous intérieurement quand un aveugle se met à voir ou qu’un
paralytique se lève de son brancard?
Cela
me remplit d’allégresse, comme lorsque j’ai été moi-même guéri par le
Seigneur. Je vais vous raconter seulement deux cas de guérison qui montrent
l’amour miséricordieux de Dieu, vous me direz ensuite si ça ne vous remplit
pas de joie.
Après
cela, les gens ne voulaient plus que le policier revienne
le quatrième jour, craignant qu’il n’accapare toutes les guérisons de la
semaine. Je leur dis: “Non, pour la guérison ce n’est pas ainsi. La
puissance de Jésus touche chacun. Comme au cours des noces de Cana, il a
transformé tant d’eau en vin qu’on aurait pu célébrer une autre noce,
Dieu a fait spécialement miséricorde à notre frère pour que nous puissions
nous confier à son amour. Notre Dieu a des bénédictions en réserve pour tous
ses enfants”.
Quinze
jours plus tard, nous prêchions une retraite à Montréal, et là le policier
donna le témoignage de sa triple guérison : ouïe, colonne vertébrale et
goutte. Cet homme qui était très éloigné de Dieu vécut un si grand
changement que maintenant -
je l’ai retrouvé lors d’une prédication
récemment dans sa ville, Lasarre -
il est l’un des leaders du
Renouveau Diocésain où sa femme et lui sont très engagés. La triple guérison
a touché toute la famille pour une transformation spirituelle. C’est le plus
beau de tout le témoignage.
Dieu
n’est pas mesquin. Parfois on souffre de plusieurs choses et on ne demande
qu’une guérison au Seigneur, comme si c’était quelque chose qui coûterait
beaucoup. Il faut avoir confiance et oser demander tout ; Dieu donne toujours
au-delà de notre attente.
15
- Et
que ressentez-vous quand les gens ne sont pas guéris?
Cela
m’emplit de compassion, mais je ne sens pas qu’on leur ait pris quoi que ce
soit. J’insiste en disant que Jésus n’a jamais dit que tous les malades
seraient guéris, mais qu’Il nous donnerait des signes pour l’évangélisation.
Les guérisons sont les signes qui accompagnent l’annonce de l’Evangile,
mais il n’est pas nécessaire que tous soient guéris pour qu’on croie à la
Parole de Dieu. Un journaliste me dit un jour : “Je crois qu’il faudrait
suspendre toutes ces réunions, car beaucoup de gens viennent espérant être guéris
et retournent malades chez eux. C’est encore pire d’être déçu que de
n’avoir pas espéré”. Je lui répondis alors :“Il faudrait également
fermer les hôpitaux, parce que beaucoup de ceux qui y entrent en sortent
entre quatre planches pour le cimetière”.
Ce
n’est pas ainsi que je le vois.
Je crois que tous les malades qui viennent à ces rencontres, même s’ils ne
sont pas guéris physiquement, peuvent recevoir des grâces. Le réveil de la
foi est pour beaucoup une guérison importante.
Tous
les jours - depuis
ce dimanche après-midi, cinq ans auparavant -
il se réveillait avec la même
angoisse. Il faisait mentalement tout ce qu’il pouvait pour se lever de son
lit, mais ses jambes ne lui obéissaient plus. Il s’accrochait aux poignées
qu’on lui avait installées à la tête de son lit et arrivait ainsi à se
lever. Il regardait ses jambes: énormes, musclées, d’athlète; mais elles étaient
endormies. L’accident de voiture avait été terrible, mais il avait réussi
à survivre. L’autre -
un adolescent de dix-sept ans
- était mort. “Pourquoi ne suis-je
pas mort à sa place ?“ se lamentait-il ; il souffrait
d’être comme un mort-vivant et il en avait assez. La dernière fois que je le
vis, il était plus abattu que jamais. Il voulait mourir, mais n’avait même
pas le courage de se suicider. Mais... quelque chose s’est passé, il n’y a
pas longtemps. Comme tous les dimanches, son fils aîné poussait le
fauteuil vers la messe dominicale. Je le rencontrai tout à fait par hasard. Je
m’étais disposé à écouter sa litanie monotone de plaintes, mais c’était
déjà un autre homme. Il souriait comme cela faisait des années qu’il
n’avait plus souri. Il s’était mis une chemise blanche, avait mis de côté
sa triste veste grise. Il sentait même le parfum français, preuve évidente
qu’il avait ressuscité à la vie quotidienne. “Pourquoi fais-tu cette tête-là
? “ me dit-il d’emblée. Qui
sait quelle tête je faisais en le regardant. Ce n‘était pas ma tête de
commisération de toujours, ni rien qui y ressemblât. C’était plutôt une tête
perplexe, étonnée. Et mes yeux, pour sûr qu’ils demandaient ce qui s’était
passé..
Il
continuait à sourir. C’est un miracle ! pensai-je. “Oui, mon vieux, c’est
un miracle”, me dit-il comme s’il lisait dans mes pensées. Et il me raconta
toute l’histoire. En réalité, il se croyait mort, parce que son âme était
morte. Sans espoir, sans assumer sa
16
- Comment
pouvez-vous être toujours heureux malgré tous ces malades qui vous
recherchent, vivre chaque jour avec la douleur et être comme une éponge qui
absorbe l’amertume de la misère humaine? Vous ne souffrez pas de la douleur
de tous ces gens?
Je
souffre de voir toute cette souffrance, mais cela ne me déprime pas. Le
Seigneur nous donne la compassion, qui est un degré d’amour pour le malade...
Par ailleurs, je suis témoin du grand amour de notre Dieu pour celui qui
souffre.
17
- Comment
“ça marche”, cette parole de connaissance à travers laquelle vous savez
ce que Dieu fait?
Je
ne vois ni ne sens rien. Cependant, j’ai la certitude intérieure qu’une
personne est en train de guérir de quelque chose. La certitude se confirme
quand je certifie que le malade a été réellement guéri. Il
s’agit d’une impulsion intérieure, une motion de l’Esprit.
C’est comme pour saint Pierre, se jeter à la mer pour marcher sur les eaux.
Le Seigneur disait un jour à une religieuse contemplative: “Chaque fois que
tu donnes une parole de connaissance, tu dois faire un acte de foi comme tu le
fais quand tu reconnais que je suis présent dans la Sainte Hostie”. C’est
comme lorsque l’on s’engage sur un chemin plein de brouillard: au début on
ne voit que ce qui est devant soi, mais au fur et à mesure qu’on avance, on
voit plus loin.
Par
exemple, j’ai la certitude que quelqu’un est guéri de l’oreille. Au fur
et à mesure que je le dis, il m’apparaît que c est une femme qui ressent une
chaleur et même son âge... Si je n’étais pas sûr que cela vienne du
Seigneur, je n’oserais jamais dire son âge à une femme... Voici le très
beau témoignage que soeur Regina Catteeuw nous rapporte dans sa lettre du 10
octobre 1988 :
Soeur
Regina Catteeuw
L’exercice
des charismes est un chemin de croissance dans la foi. Chaque fois que je donne
une parole de connaissance, je me jette à l’eau, sûr que le Seigneur ne fait
jamais défaut. C’est également un chemin d’amour, parce qu’il sert à la
communauté. Tous les charismes sont pour le service et sont pour cette raison
des manifestations du plus grand des charismes : l’amour. La parole de
connaissance est un acte de foi, tant de la part de celui qui la donne que du
malade qui l’entend; et Dieu, qui donne la foi, répond à cette foi.
18
- Vous
faites des miracles?
Un
jour, un journaliste colombien m’a posé exactement la même question. Je lui
ai répondu: “Non, rien de tout ça. Tout est très simple : je prie et Jésus
guérit”. Le lendemain, il publiait un article dans un quotidien qui
s’intitulait: “Le père Tardif prie et Jésus guérit”. Quand je vis le
journal, je m’exclamai: “Enfin, un journaliste qui a compris !“
Le don de guérison est pour les autres, pas pour soi. Il m’arrive d’être
malade : si le don de guérison était pour moi, je m’imposerais les mains sur
la tête, je prierais et serais guéri, mais ce n’est pas ainsi que cela se
passe. Au cours d’une retraite de fin de semaine pour deux mille hispanisants
à Tucson en Arizona, le Seigneur guérit beaucoup de malades, y compris de
maladies très importantes, surtout d’arthrite et de paralysie. A deux
heures de l’après-midi le dimanche, j’avais une très forte fièvre.
J’avais eu un refroidissement et j’eus du mal à donner mon dernier
enseignement. A la fin de la retraite, il me fallut me coucher pendant un jour
et demi. Je me disais: “Si le don de guérison était pour son bien propre, je
m’imposerais les mains et me guérirais d’un coup pour sortir de mon lit.”
Mais le Seigneur m’a montré de nouveau que ce n’est pas moi qui guérit,
c’est Lui.
19
- Racontez-nous
une guérison qui a attiré votre attention par quelque chose de particulier.
Je
vais vous en raconter plusieurs qui montrent l’humour de notre Dieu.
A
partir de ce moment-là, ça m’a compliqué l’existence. Tout le monde
voulait que je lui donne un baiser; mais je leur disais : “Non, les baisers ne
sont que pour les enfants. Les femmes doivent recevoir des baisers de leurs époux.”
Cependant, l’enseignement porta du fruit. Je n’ai guéri personne. Le
baiser, bien qu’il fût un signe d’amour, ne pouvait même pas guérir un
mal de tête. Ce qui s’était passé, c’est que je portais Jésus dans mes
mains et c’est Jésus lui-même qui avait guéri le petit enfant sourd. Je ne
suis que l’âne qui porte Jésus, et c’est pour cela qu’Il continue
à guérir les malades. Le pire serait de se fixer sur l’âne et non pas sur
celui qu’il porte sur son dos. Le jour où nous réaliserons que nous sommes
tous porteurs de Jésus-Christ, ce jour-là, notre ministère sera transformé:
nous ne parlerons plus tant de Jésus, nous le laisserons agir dans toute sa
puissance.
La
façon de guérir de Jésus est si étrange que nous ne pouvons omettre de
raconter ce qui s’est passé à Monte Maria où chaque dimanche se trouvent réunies
plus de cinquante mille personnes pour la célébration de l’Eucharistie au
cours de laquelle le père Gilberto Gomez fait une prière pour les malades. Au
cours d’une de ces célébrations, la hampe du drapeau du Vatican tomba et
frappa une personne qui marchait courbée, la faisant tomber. Tous furent peinés
de voir que ce tube si grand et si lourd était tombé précisément sur une
personne malade. A la surprise de tous, le malade se redressa de lui-même. Le
tube lui avait redressé la colonne. Encore aujourd’hui, il marche
normalement.
Les
voies de Dieu sont pleines de bonnes surprises. Parfois Dieu nous guérit par un
baiser, parfois par “un coup de tube”. Une autre guérison très curieuse
qui au début me posa problème, mais qui après coup me fit beaucoup rire, eut
lieu à Arequipa, au Pérou, en 1985.
Bien
qu’elles fussent toutes confirmées, cette première me restait comme “en
travers de la gorge”.
20
- Père,
quel effet cela vous fait-il d’être si près de la puissance de Dieu ? Ce ne
doit pas être facile de s’habituer à ce que le Seigneur se manifeste tous
les jours?
Il
y a le même danger que pour celui qui célèbre la messe chaque jour. De la même
façon que nous courons le risque de nous refroidir en célébrant l’
Eucharistie, nous pourrions nous accoutumer à ce ministère. La foi doit être
renouvelée chaque jour.
Pour
finir, c’est moi qui demande: Est-ce que la douleur manque au monde? Dans ce
monde qui souffre déjà trop, avons-nous encore besoin de plus de croix ou du
pouvoir de la
croix qui nous apporte tous les fruits de la Rédemption? Nous ne devons pas
oublier la parole prophétique concernant Jésus :11 a pris nos faiblesses et
s’ est chargé de nos maladies. Par ses plaies nous sommes guéris.
22
- Vous
avez déjà
vu des merveilles de toute sorte?
Je
crois que nous n’avons encore rien vu. Le Seigneur nous réserve des surprises
plus grandes chaque jour.
Le
prophète Joêl annonce des signes dans le ciel et des prodiges sur la terre, et
nous les voyons:
23
- Et
si un jour il n’y avait plus de guérisons?
S’il
n’y avait plus aucune guérison, je serais très inquiet et je me demanderais
ce qui ne va pas en moi, parce que le Seigneur ne peut cesser d’accomplir ses
promesses. Il a promis que des signes et des prodiges accompagneraient la
proclamation.
24
- Vous
avez eu aussi à souffrir la persécution ou les rejets?
Qui.
J’ai été critiqué, parfois avec ironie, même par des prêtres. En
d’autres occasions, j’ai été ridiculisé.., mais cela fait partie de mon
ministère. Il y a encore des Evêques qui n’autorisent pas le ministère de
guérison. Ils disent que c’est du fanatisme.
Au
début, un frère de ma Congrégation est venu me voir en particulier et m’a
conseillé “Essaie de te sortir de tout cela. Jusqu’à maintenant, nous
avons toujours été considérés comme une Congrégation sérieuse et avec
toutes tes folies, on va se moquer de nous”.Je lui répondis : “Je ne veux
pas en sortir, parce que je vois des fruits dans le changement de tant de gens.
Jamais auparavant mon sacerdoce n’avait été si fécond”. Le plus curieux
est qu’il y a peu de temps mon Supérieur Provincial m’a fait appeler en me
disant “Nous avons eu une réunion des Supérieurs Provinciaux d’Europe et
ils se plaignent que tu prêches beaucoup dans ces pays sans jamais dire que tu
es Missionnaire du Sacré Coeur”. Je lui objectai: “Je ne le dis pas parce
qu’il y en a qui ne sont pas fiers que je sois charismatique, ils en sont même
gênés. Ce que je confesse toujours est que j’appartiens au Coeur de Jésus.”
Le Supérieur Général me conseilla un jour : “Emiliano, je ne voudrais pas
que tu aies des problèmes avec les Evêques”. Ce à quoi je lui ai répondu
“Père, je n’ai de problèmes avec personne. Je crois que ce sont les autres
qui ont des
26-
Quand les personnes sont guéries, que leur arrive-t-il après?
La
personne qui a été guérie a
besoin d’accompagnement dans son processus d’évangélisation. Notre erreur
serait de ne pas s’occuper d’elle après coup. Ce n’est pas la guérison
qui donne la foi, mais elle nous dispose merveilleusement à recevoir la Parole
du Seigneur qui engendre la foi. Si nous ne profitons pas de ce moment optimal
pour présenter Jésus à la personne guérie, nous avons perdu la meilleure
occasion de l’évangéliser. Il y a des gens qui vivent une grande guérison,
mais après, personne ne les accompagne. Ils reçoivent la semence avec grande
joie et bonheur, mais si elle n’est pas arrosée ni enrichie, on peut la
perdre par manque de soins. La guérison ne remplace pas l’évangélisation,
elle l’accompagne. Au mois d’octobre 1988, j’ai pu prêcher dans cinq
pays d’Afrique avec le père Jo Heglin, M.S.C. L’un de ces pays était le
Burkina Faso. Il y avait plus de quatre cents leaders du Renouveau réunis
pendant une semaine entière. Mais chaque soir de la retraite, nous allions
tous devant la Cathédrale pour une messe à dix-huit heures, à laquelle
assistaient de nombreux musulmans. Ceux-ci croient en Dieu (Allah), mais considèrent
Jésus-Christ comme un prophète de plus. Une guérison qui me toucha beaucoup
fut celle d’une femme musulmane de 45 ans qui souffrait de paralysie du côté
droit. Une amie l’avait invitée à la messe de guérison, lui disant: “Ce
soir, beaucoup de malades seront guéris, viens avec nous”. Cette femme vint
à la messe de guérison et durant la prière, le Seigneur la guérit. Au
cours de la messe de clôture, elle donna son témoignage devant des milliers
de personnes: “Ouvrez vos coeurs à Jésus, Jésus est vivant. J’en suis témoin.
Je souffrais de paralysie du côté droit. Je suis allée dans de nombreux hôpitaux
et on ne me guérissait pas, mais une amie m’a amenée à la messe de guérison
mardi soir. Je suis musulmane, mais je suis venue et Jésus m’a sauvée. Je
m’appelle Zenabo, mais à partir d’aujourd’hui je veux être chrétienne
et je m’appellerai Catherine”. L’Esprit Saint en quelques minutes
l’avait convaincue que Jésus était le Messie Sauveur et qu’il n’y a pas
d’autre Nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés.Ce qui
arrive après une guérison est toujours merveilleux. La guérison généralement
est comme une explosion qui génère une réaction en chaîne, pour transformer,
non seulement la personne guérie, mais aussi tous ceux qui l’entourent.
En voici la preuve dans le témoignage qui suit:
Guadalajara,
Jal. 11 Octobre 1984.
Mon
nom est Maria Guadalupe Lopez de Preciado. Mon mari, Armando Preciado, est
reporter du journal El Occidental. Cela fait
treize ans que nous sommes mariés et nous avons un fils et une fille. Nous
voulons par ce témoignage louer, bénir et glorifier le Seigneur, car Il a fait
des merveilles dans nos vies bien que nous l’eussions presqu’oublié. Le
3juillet1984, nous avons dû faire hospitaliser notre fille Claudia à la
clinique quatorze de la Sécurité Sociale, pour être opérée de ce que l’on
pensait être une hernie. Le lendemain, nous arrivons de bonne heure pour voir
notre petite et savoir comment elle allait. Nous fûmes étonnés de voir
au-dessus de son lit une demande d’examen radiographique, ce qui n’est pas
courant, et encore moins quand les patients viennent d’être opérés. Le
docteur, très pessimiste, nous dit qu’il semblait que Claudia avait un
cancer. On lui avait fait une biopsie, on en aurait les résultats la semaine
suivante. Si le résultat était positif, il faudrait la réopérer tout de
suite.
Le
11, vers midi, nous attendions les résultats avec une grande angoisse. Le
docteur Barragan nous confirma que notre fille avait effectivement un cancer
inopérable. Les résultats de la biopsie indiquaient un neuroblastome
abdominal stade III (inopérable): il s’agit de deux tumeurs qui envahissent
l’abdomen presqu’entièrement. Seul un miracle pouvait sauver notre fille.
Nous sommes allés à l’assemblée de prière pour demander sa guérison.
Ensuite, la petite fut transportée au Service d’Oncologie d’un autre hôpital,
chez le docteur Juan Arroyo, qui nous confirma la gravité de la maladie. Nous
continuions à prier. Le Seigneur nous donna la joie d’assister à la sainte
messe célébrée par le père Emiliano Tardif à l’Auditorium le 28juin à 17
heures. Malgré toutes nos difficultés à entrer, nous y sommes arrivés. C’était
une véritable fête où le Seigneur offrait la guérison physique ou intérieure
à plusieurs frères. Le père citait les personnes qui étaient guéries, et désespérés,
nous n’entendions rien qui aurait pu concerner notre petite. A la fin de la
messe, ma fille et moi nous nous approchons du père Tardif et en larmes, je lui
dis:
“Père, ma fille a un cancer quasi incurable, et si elle meurt, moi aussi je veux mourir. C’est ma seule fille”. Le père, d’une voix calme et apaisante, me dit : “Ne pleurez pas madame. Au nom du Seigneur, votre fille va guérir”. Ayant dit cela, il mit la main sur la tête de Claudia et pria cinq secondes. Cela fait déjà trois mois. Les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie sont terminés, sans aucune réaction négative chez ma fille. Nous vous envoyons des copies du dossier de notre fille, dans lequel une des feuilles datée du 12 novembre dit textuellement: “Les tumeurs ont disparu. La patiente peut rentrer chez elle”. A la suite de cette merveille du Seigneur, nos vies ont changé, notre unité s’est trouvée renforcée. Beaucoup de nos amis ont rejoint des groupes de prière. Nous suivons quant à nous le Séminaire de Vie dans l’Esprit. C’est pour la louange et la gloire du Seigneur que nous donnons ce témoignage, qui est la présence manifeste du Christ qui est vivant, qui nous aime et qui nous regarde les yeux pleins de compassion et de miséricorde.
27
- Est-ce que vous suivez une méthode ou une ligne?
Une
méthode, non. J'annonce toujours d'abord Jésus et j'encourage la foi.
Ensuite je prie pour la guérison du péché au moyen de la conversion et
enfin je prie pour les guérisons physiques. Il n’y a pas une retraite où je
n’aie vu des guérisons sensibles. Mais cela ne veut pas dire que tous les
malades doivent être guéris. Les miracles sont des signes de la puissance de
Dieu, qui montrent que Jésus est vivant et qui servent pour l’accroissement
de notre foi. Dieu ne nous veut pas seulement rétablis, mais entièrement guéris
: corps et âme, de même dans nos relations ave les autres.
28
-Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui exercent ce même ministère de
guérison?
29
- On dit que vous
connaissez des gens très importants dans tous les domaines: des Rois, des Présidents
et des Cardinaux vous ont demandé la prière et vous ont invité à leur messe
privée. Quelle est la personne la plus importante que vous connaissiez
personnellement?
Pour
moi, la plus importante, c’est Jésus. Mais nous sommes tous importants
puisque nous sommes fils de Dieu. Il n’y a pas de plus grand titre dans ce
monde que celui de fils de Dieu. Chaque personne vaut autant, puisque Jésus a
donné sa vie pour elle. Nous avons été rachetés au prix du sang précieux du
Christ Jésus. Tous les gens que je rencontre sont importants, mais le plus
important de tous, c’est Jésus, le Seigneur des seigneurs.
Oui, père, mais nous
faisions référence à une personne vivante.
Jésus
est vivant! Depuis qu’Il est ressuscité le troisième jour du tombeau, Il est
vivant pour ne plus jamais mourir. Et non seulement ça: Il a la vie pour la
donner à tous ceux qui croient en son Nom. Vous pouvez le rencontrer également.
Il est là et Il frappe à la porte de votre coeur. Si vous entendez sa voix et
que vous lui ouvrez la porte, Il entrera chez vous et vous conviera au banquet
du Royaume...
30
- Quel
est le message du père Emiliano Tardif?
Je
ne fais que prêcher que Jésus est l’unique Messie et que nous ne devons pas
en attendre un autre. L’essence de ma prédication est de manifester que Jésus
est vivant aujourd’hui dans son Eglise. Je crois que j’ai moins à dire de
jour en jour car je me rends compte que l’essentiel est d’être témoin de
ce que nous avons vu et entendu. Chaque jour je réalise que l’important
n’est pas de parler de Jésus, mais de le laisser agir avec toute la puissance
de son Saint-Esprit.
31
- Finalement,
étant donné l’importance grandissante du don de guérison et le nombre de
personnes qui vont à des eucharisties où on prie pour les malades, qu’est-ce
que Dieu veut nous dire à travers tous ces signes ?
A
travers ces signes, le Seigneur vient nous manifester sa victoire totale. Jésus
est venu libérer son peuple du péché, mais en plus il y a les conséquences
de ce dernier comme la maladie et la mort. Jésus donne des signes de sa
victoire sur le péché, guérissant des malades et ressuscitant des morts. Jésus
ressuscite glorieux au sépulcre et c’est là que se trouve le signe définitif
de sa victoire parce que la mort est entrée dans le monde à cause du péché,
comme l’affirme saint Paul (Rm 5, 12). Je constate que chaque guérison est un
signe évident de la victoire de Jésus. C’est également une manifestation de
l’amour de Dieu. Il faut se rappeler ce que Jésus a dit au paralytique:
“Tes péchés te sont pardonnés”. Puis il ajouta: “Pour que vous sachiez
que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, je
te l’ordonne, lève-toi, prends ton grabat et va-t-en chez toi” (Mc 2, 9-1
1). Pour moi c’est la phrase la plus claire pour expliquer le sens de la guérison
: démontrer la victoire de Jésus sur le péché. Il a le pouvoir de pardonner
les péchés, et par là-même d’en détruire les conséquences. Tous ces
signes nous répètent une seule chose : Jésus est le Messie sauveur de ce
monde et nous ne devons pas en attendre un autre. Ce Messie est vivant
aujourd’hui, et Il donne la vie à ceux qui croient en son nom.
Conclusion
Je voudrais terminer ce chapitre intitulé “Interview de l’auteur” avec ce qui m’est arrivé un jour à propos d’une interview. Un journaliste de l’hebdomadaire français V.S.D. (Vendredi, Samedi, Dimanche) me demanda un jour une entrevue pour son journal, qui tire à quatre cent mille exemplaires. Il déclare que “pour répondre aux interrogations de tant de gens qui ne peuvent le rencontrer”, il s’est changé en “détective pour fouiller ciel, mer et terre pendant deux mois, avant de pouvoir localiser le père Tardif au téléphone et fixer l’entretien à Saint-Domingue”. Il raconte ensuite son voyage aux Caraïbes et la traversée de Sabaneta: “Une église blanche et une poignée de petites maisons roses et turquoise, au flanc de la montagne verte.., et précisément parce que cet habitat est deshérité de la terre, le père Tardif le visite pour qu’on ne se prive pas du ciel”. A la suite apparaît une photo du père Emiliano Tardif souriant sur un âne sur un chemin de l’île caraïbe, avec la légende suivante: “A dos de mulet, le père Tardif évangélise les paysans”.Peu après la publication de ce reportage, je suis allé àParis, et beaucoup de gens me dirent qu’ils avaient été extrêmement étonnés que je me sois laissé interviewé par une telle publication, qui n’est pas religieuse, mais bien plutôt traite de thèmes légers et superficiels. Ils étaient scandalisés de voir ma photo au milieu de gens du monde et d’articles peu chrétiens. Je ne répondis pas à leurs critiques, mais je pensai que si Jésus s’était assis à la table des publicains et qu’Il était suivi par des prostituées, il n’y avait pas à avoir peur de ce genre de situation. Un an plus tard, je prêchais à Strasbourg ; je devais aller ensuite à Dijon. Roger, membre de la communauté du “Puits de Jacob”, offrit de m’y conduire en voiture. En route, je lui demandai comment il avait rencontré le Seigneur, et il se mit à me raconter l’histoire de sa vie, comment il était resté de longues années loin de la foi et de tout contact avec l’Eglise. Il continua: “Mais il arriva qu’une fin de semaine j’achetai la revue V.S.D. où je trouvai un article d’un prêtre qui curieusement s’appelait comme vous, Tardif. Cela me parut intéressant car il parlait d’un Dieu merveilleux que je ne connaissais pas. Cela attira tant mon attention que je me renseignai où je pouvais trouver un groupe du Renouveau. Je suivis ensuite un séminaire de la vie dans l’Esprit où j’eus une rencontre personnelle avec Jésus qui me changea la vie. C’est là que je rencontrai ce Dieu qui m’aimait et qui voulait me montrer tout son pardon. Je me repentis et lui ouvris les portes de mon coeur pour qu’Il vienne sauver tout ce qui était perdu. Je me suis confessé, et depuis, je suis un autre homme.”
Je
lui dis:
EVANGELISATION
L’Evangile
est toujours le même et le restera toujours. Même si un ange venu du ciel
annonçait un Evangile différent de celui-ci, il serait faux et anathème,
selon la vigoureuse expression de saint Paul (Ga 1, 7-9). Nous n’avons donc
pas besoin d’un nouvel Evangile, mais d’une Nouvelle Evangélisation.
Voyons ensemble ce que signifie la nouveauté de l’évangélisation.
1
-
Nouvelle
dans son ardeur
Personne ne peut sentir une ardeur pour l’évangélisation s’il n’a pas eu auparavant une rencontre personnelle avec Jésus ressuscité. La raison en est toute simple : le mot ardeur vient de “être ardent”, et nous ne pouvons être ardents que si nous sommes devant le feu de